n°1207
fevrier 2009
Santé
Tabagisme
Le sevrage tabagique au féminin
L'arrêt du tabac chez les femmes est un axe aujourd’hui essentiel de lutte contre le tabagisme et qui doit en respecter les spécificités.
Alors que la mortalité par cancer bronchique diminue chez l’homme depuis les années 2000, elle a à l’inverse plus que doublé chez les femmes au cours de la dernière décennie. Cette tendance s’explique par l’évolution de leur consommation tabagique, principal facteur de risque du cancer bronchique.
Des obstacles
Si les risques du tabac sont bien connus, il n’en reste pas moins que le sevrage tabagique se heurte à des obstacles spécifiques chez les femmes qui envisagent souvent moins sereinement que les hommes d'arrêter de fumer. Comme le souligne le professeur Henri-Jean Aubin, psychiatre et chef de service du centre de traitement des addictions du Groupe hospitalier Paul Brousse (Villejuif), deux facteurs essentiels doivent être pris en compte chez les femmes : « d’une part la peur de la prise de poids consécutive à l’arrêt du tabac et d’autre part leur vulnérabilité dépressive ». Il faut s’attacher à renforcer la confiance en soi des femmes
D’abord accepter la prise de poids
La prise de poids à l’arrêt du tabac concerne la très grande majorité des fumeuses, atteignant en moyenne 5 kilos en un an. « La prise de poids sera d’autant plus importante que l’indice de masse corporelle est faible, que le tabagisme est important et que la peur de la prise de poids est marquée ; cette peur est plus fréquente chez les femmes ne présentant pas de surpoids, suivant un régime de façon chronique ou dont la dépendance au tabac est forte », précise Henri-Jean Aubin. Il est conseillé de ne pas associer un contrôle du poids au sevrage tabagique mais plutôt d’attendre d’avoir atteint une réelle abstinence pour engager un régime qui pourra alors être efficace. Les femmes doivent accepter le risque de prise de poids dans l’intervalle, tout en respectant de bonnes habitudes alimentaires.
Prendre en charge la dépression
Pour favoriser la réussite du sevrage tabagique chez les femmes, la prise en charge doit s’accompagner d’un soutien adapté On sait que la prévalence des épisodes dépressifs majeurs est supérieure chez les femmes par rapport aux hommes. Cette vulnérabilité spécifique constitue un facteur prédictif d’échec du sevrage tabagique. « Il faut s’attacher à renforcer la confiance en soi des femmes et instaurer, si besoin, une prise en charge pharmacologique de la dépression », explique le professeur Aubin. Pour favoriser la réussite du sevrage tabagique chez les femmes, la prise en charge doit s’accompagner d’un soutien adapté les amenant à accepter une prise de poids, qui sera finalement moindre que si leurs craintes subsistent, et limitant par là-même la survenue d'épisodes dépressifs.
Nathalie Le Goff
Photo Miguel Medina

Des mesures pour réduire le tabagisme en 2009
Les faits sont têtus, au grand dam de Roselyne Bachelot : la prévalence du tabagisme en 2008 est d’environ 30 % et n’atteint donc pas l’objectif fixé par l’OMS à 20 %. Si la mesure d’interdiction de fumer dans les lieux publics est globalement bien ressentie après un an d’existence, selon une récente enquête, elle reste insuffisante pour lutter contre le tabagisme actif. Pour aller plus loin, la ministre de la Santé a annoncé trois mesures pour 2009 : la rénovation de Tabac info service avec, à partir de mars prochain, un numéro de téléphone à 4 chiffres et une amélioration de l'aide personnalisée via son site Internet, l’apposition d’images choc sur les paquets de cigarette, et enfin l’interdiction des cigarettes « bonbon » aromatisées ciblant principalement les adolescents. Par ailleurs, les axes de communication s’inscrivent dans une stratégie de « dénormalisation » du tabac et d'aide au sevrage. Ainsi, un volet ciblera spécifiquement les femmes en opposant l’image « positive » de la cigarette aux risques encourus, un autre proposera des actions de prévention et des outils de communications destinés aux femmes enceintes via les professionnels de santé – dont les pharmaciens. Enfin, les résultats de 3 études de l’impact sanitaire, en particulier sur le plan cardiovasculaire, de l’interdiction de fumer seront divulgués en 2009.