n°1217
Février 2010
Santé
DOSSIER
Sein ou biberon ? Les bons conseils
Pour certaines mères, allaiter son enfant au sein relève d’une évidence. D’autres ne le souhaitent pas ou ne le peuvent pas. Dans les deux cas, leur décision sera la bonne, sachant que chaque mode d’alimentation a ses spécificités.
Toujours prêt, toujours chaud, digeste et gorgé d’anticorps, le lait maternel est l’aliment idéal pour l’enfant. En France, 53% des femmes allaitent leur bébé à la naissance, pour 85% dans des pays comme la Suède, l’Italie, le Danemark, l’Allemagne. Mais partout, le taux d’allaitement baisse au fil des mois. Le rythme de vie, mais aussi le manque d’accompagnement dans la conduite de la lactation peuvent expliquer ce recul.
ALLAITEMENT : PRENDRE CONFIANCE
L’allaitement est une aventure unique et différente pour chaque femme mais, attention aux clichés ! « Dans les magazines ou à la télé, les bébés joufflus qui tètent une maman aux anges, sont âgés au moins d’un mois, indique une sage-femme chevronnée de la maternité de Grasse. Dans la réalité, il faut dix jours pour que l’allaitement fonctionne bien, alors que les femmes ne passent plus que trois jours à la clinique. » Les premières mises au sein se révèlent à la fois délicates et décisives : « Notre objectif est de les rendre autonomes, dans ce court espace de temps. De les sécuriser, de leur donner confiance en elles, quitte à les garder une journée de plus si elles ne sont pas prêtes. » La clef de voûte du succès ? « Une bonne position d’allaitement, qui évite crevasses et engorgement. » S’installer confortablement, le dos bien droit, les pieds sur un tabouret, le bébé à portée de sein. « Il doit avoir la bouche grande ouverte et prendre assez de sein dans sa bouche pour que le mamelon touche son palais à la jonction palais dur-palais mou, sinon il tétera le mamelon seul et l’irritera. » A contrario, il suffit d’une tétée mal conduite pour provoquer des gerçures et crevasses, et dissuader la mère de poursuivre.
Allaitement au sein ou biberon ? Tout est affaire de choix et de possibilités. Mais chaque mode d’alimentation a ses spécificités.
■ Les seins douloureux
• Les crevasses : en attendant de rectifier la position, il existe des crèmes pour soulager les douleurs et aider à la cicatrisation. Interdite, l’huile d’amande douce avec ses risques d’allergies. Préférer des crèmes comme Osmogel (Merck médication familiale), Madécassol (Bayer santé familiale) ou une crème homéopathique à base de Castor Equi (Boiron). La Leche League, association pro-allaitement, recommande la lanoline purifiée de Lansinoh. Enfin, il existe un traitement local 100% naturel et gratuit : le lait maternel. Il suffit de s’en masser le bout des seins à la fin de chaque tétée.
• Les mycoses, dues à Candida albicans, provoquent des douleurs irradiantes. Il convient de traiter la mère et l’enfant. En première intention : la nystatine et les dérivés azolés ; en seconde intention : le fluconazole.
• L’engorgement passera avec un massage aréolaire sous une douche chaude ou la technique du « verre tahitien » : remplir un verre d’eau tiède, immerger le sein, au-dessus d’un lavabo, bien maintenir le verre contre le sein, se relever : le lait sourd et se mélange à l’eau. Le tire-lait peut être d’un bon secours. En cas de fièvre, prendre du paracétamol, mais ne pas cesser l’allaitement.
• Entretien des seins : une douche par jour suffit. Utiliser un savon liquide un peu anesthésiant (huile d’arbre à thé) ou un savon surgras. Changer régulièrement les coussinets d’allaitement pour éviter la macération.
■ Des aides et accessoires en officine
Medela, Ameda et Avent proposent toute une gamme d’accessoires pour aider à la tétée : des coussins d’allaitement aux coquilles protège-seins, en passant par les bouts de seins en silicone (ne pas en abuser : risque de diminution du lait). Concernant les tire-lait, conseiller un modèle récent qui permet de prélever le lait des deux seins en même temps, en stimulant la production de prolactine. Pour les mamans qui travaillent, Medela tire-lait Electric Mini est idéal car peu encombrant. Pour exprimer son lait à la main, il existe une coupeentonnoir à adapter sur un biberon. Enfin, il faut savoir que le lait de femme se conserve mieux que le lait de vache : huit jours au réfrigérateur (0° à 4 °C), trois à quatre mois dans un congélateur situé audessus du réfrigérateur et six mois ou plus dans un congélateur séparé.
NOURRIR AU BIBERON : LE VERTIGE DU CHOIX
Nourrir son bébé au biberon a des avantages : la maman connaît exactement la quantité bue et l’enfant adopte plus rapidement un rythme régulier. De plus, le père peut s’impliquer dans l’aventure. Inconvénient : une offre pléthorique.
■ Mimer le lait maternel
Il existe plus de 160 « préparations pour nourrissons » et « préparations de suite » sur le marché! Toutes soumises à une réglementation sévère tant sur le plan qualitatif que quantitatif. Toutes tendant à reproduire la composition complexe du lait maternel. Par exemple, on sait que ce dernier contient des acides gras polyinsaturés à longue chaîne. Les laits infantiles supplémentés avec de l’acide arachidonique et docosahexaénoïque ont les faveurs de l’Académie de médecine qui, dans son rapport de février 2009, précise qu’ils paraissent bénéfiques « sur la vision, le développement sensoriel et psychomoteur » À titre d’exemple, Enfamil (Mead Johnson) propose un lait enrichi d’acides gras de la famille des Oméga-3 et 6. De même, pour rectifier le manque de digestibilité du lait de vache par rapport au lait maternel, l’Académie préconise l’utilisation de probiotiques (Lactobacillus ou Bifidus) et prébiotiques pour diminuer l’incidence des diarrhées. Exemple : Gallia Digest Premium 1er âge. Il existe également des laits dits AR ou anti-régurgitations, épaissis par des amidons de céréales ou des farines de caroube (Gallia, Guigoz, Modilac, Nidal). Quant à la constipation, elle se traite avec des laits « spécial transit », à teneur élevée en lactose, comme Novalac Transit. On pourra aussi conseiller de remplacer l’eau du biberon par de l’eau Hépar. Mais peut-être bébé est-il déshydraté ? Dans ce cas, ne pas oublier de lui donner un biberon d’eau, le lait ne couvrant pas nécessairement tous les besoins hydriques du corps, surtout en saison chaude
Nourrir son bébé au biberon a des avantages : la maman connaît exactement la quantité bue et l’enfant adopte plus rapidement un rythme régulier. ■ Allergie au lait de vache : vigilance !
Les préparations hypoallergéniques ont-elles un effet préventif ? Les laits de vache ayant subi une hydrolyse partielle de la caséine ou des protéines solubles, s’avèrent efficaces, selon les études cliniques, chez les nourrissons nés d’une famille à risque allergique (parent du 1er degré ou fratrie souffrant d’allergie documentée). Différentes marques en proposent : Alfaré, (hydrolysats de protéines du lactosérum) Galliagène progress, Nutramigen (hydrolysats de caséine)… L’Académie de médecine ainsi que la Société française des pédiatres rappellent aussi qu’en cas d’allergie au lait de vache, il est recommandé de ne pas utiliser les préparations à base de soja, de lait de chèvre ou de laits végétaux, qui ne couvrent pas les besoins de l’enfant et peuvent provoquer d’autres allergies à un enfant prédisposé. À noter : l’allergie aux protéines lactées est souvent la première manifestation d’une maladie atopique. Un suivi médical s’impose alors.
■ Biberons en polycarbonate : danger?
Un sujet fait actuellement rage, celui du bisphénol A (Bpa) qui, en 2008 encore, entrait dans la composition de 90% des biberons en polycarbonate. Accusé d’être un perturbateur endocrinien, il serait impliqué dans les problèmes de reproduction, l’obésité, les cancers du sein et de la prostate… En effet, le Bpa, conçu à l’origine comme oestrogène de synthèse, puis utilisé pour ses propriétés plastifiantes, a la fâcheuse propriété de « relarguer » ses composés oestrogéniques dans les contenus, quand il est chauffé. Si l’Afssa n’a pas interdit le Bpa, elle a néanmoins fixé, en 2008, une dose journalière acceptable de 0,05 mg/kg de poids corporel (Djal). Mais, en décembre 2009, des chercheurs de Toulouse, ont démontré l’effet délétère du Bpa sur l’intestin de rates, à une dose dix fois inférieure à la dite Djal. L’Afssa vient de rouvrir le dossier. En attendant, les biberons au Bpa sont déjà proscrits dans les crèches de Paris, Toulouse, Nantes et Besançon. Et dès 2009, les fabricants ont mis sur le marché des produits « Bpa free ».
• Éviter le chauffage au four micro-ondes des biberons en polycarbonate.
• Éviter les produits en polycarbonate désigné par le sigle « PC » sur l’emballage ou portant le chiffre « 7 » sur le symbole de récupération situé au fond de la bouteille.
• Éviter le lave-vaisselle : plus un produit est usé, plus il dégagera de Bpa.
• Biberons sans bisphénol A : chez Bébé Confort, Dodie, Avent, Nuk… Le biberon de verre reste sans risque; on trouve même un protège-biberon qui évite la casse (Protect’Bib, www.actualbib.com ), lauréat du concours Lépine !
Jacqueline Machu
Photo Miguel Medina
POUR EN SAVOIR PLUS
• www.lllfrance.org (Leche Ligue)
• www.mamancherie.ca
• www.santeallaitementmaternel.com
• www.sfpediatrie.com
• www.academie-medecine.fr

Les 10 règles d’or du biberon
1 On peut utiliser l’eau du robinet avec quelques précautions : faites couler l’eau (froide) pendant quelques secondes et veiller au bon entretien du robinet (nettoyage, détartrage). Attention aux teneurs en plomb (constructions anciennes). En cas de doute, adopter une eau embouteillée avec la mention « convient pour l’alimentation du nourrisson ».
2 Ne pas utiliser de l’eau ayant subi une filtration ou un adoucissement, ou provenant d’une bouteille ouverte depuis plus de 24 heures.
3 Il est préférable de préparer les biberons de manière extemporanée. Exceptionnellement, le biberon peut être préparé à l’avance et conservé dans la partie la plus froide du réfrigérateur, à une température inférieure ou égale à 4°C (pas dans la porte du réfrigérateur).
4 Ne pas dépasser un délai d’une heure lorsque le biberon est sorti du réfrigérateur. De même, ne pas dépasser un délai de 30 minutes une fois le biberon réchauffé.
5 Il n’est pas indispensable de réchauffer la préparation lactée avant de la donner à l’enfant.
6 Réchauffer au bain-marie ou au chauffe-biberon plutôt qu’au four à micro-ondes ! Pour plusieurs raisons : libération de Bpa si le biberon est en polycarbonates, hétérogénéité de températures au sein de la bouteille, donc risque de brûlures…
7 La stérilisation des biberons n’est pas indispensable, un lavage au lave-vaisselle (sauf pour les biberons en polycarbonates) ou à la main, au goupillon, dans de l’eau chaude additionnée de liquide vaisselle est suffisant s’il est consciencieux.
8 En l’absence de lave-vaisselle, le biberon et ses annexes doivent être mis à sécher, sans utiliser de torchon. Les tétines en caoutchouc ne peuvent pas être mises au lave-vaisselle : la chaleur les détériore.
9 Après utilisation, vider le biberon de son contenu résiduel et rincer à l’eau froide; bien refermer aussi la boîte de lait après usage.
10 Quand l’enfant termine intégralement tous ses biberons pendant deux à trois jours de suite ou lorsqu’il réduit le délai entre deux biberons, la dose de lait peut être augmentée par paliers de 30 ml, soit une cuillère-mesure. Il n’est pas recommandé de faire des demi-doses, difficiles à mesurer précisément.