n°1217
Février 2010
Actualité
EDITO
Retour aux fondamentaux
Alors que la grippe A continue à refluer partout en France, les acteurs de santé de ville sont à présent autorisés à participer à la campagne de vaccination. Il aura fallu attendre trois longs mois pour que les pouvoirs publics reconnaissent enfin la capacité du circuit libéral à s’adapter à une crise sanitaire d’une telle ampleur. Dès les premiers jours de la mise en place de la vaccination, nous avions bien vu, pourtant, l’importance d’associer les acteurs de soins libéraux à la stratégie prophylactique qui se mettait en place. Coupés de leur circuit habituel de soins, les Français ne se sont pas approprié la nouvelle organisation qui leur était proposée. La mise en place de centres de vaccination, les contraintes géographiques et horaires inhérentes à cette solution, expliquent pour beaucoup les réticences initiales de la population à l’égard de la campagne de vaccination. En s’appuyant d’entrée sur le réseau de proximité que constituent les pharmaciens, médecins, infirmières libérales, nul doute que l’on aurait dilué l’effort demandé à chacun, patients comme soignants. Sage dans son objet, généreuse dans ses ambitions, cette campagne aurait sans doute suscité moins de critiques.
Pour ce qui nous concerne, cette période aura été marquée, en fin d’année, par une négociation biaisée avec l’Établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (Eprus) quant aux modalités de dispensation des antiviraux du stock de l’État par les pharmaciens d’officine. Biaisée parce qu’elle renvoyait à un texte réglementaire la définition de la contrepartie financière qui nous serait allouée.
« Il aura fallu attendre trois mois pour que les pouvoirs publics reconnaissent enfin la capacité du circuit libéral à s’adapter à une crise sanitaire d’une telle ampleur. »C’est ainsi que l’on s’est retrouvé, de manière totalement arbitraire, avec une indemnité proprement insultante pour l’engagement professionnel des pharmaciens dans la dispensation du Tamiflu. Cette « aumône », ainsi que nous l’avons alors qualifiée, augurait mal de la rémunération des nouvelles missions que la loi HPST sera susceptible de promouvoir.
On peut en revanche se féliciter que les modalités de délivrance des vaccins dans les officines aient été étudiées – de bout en bout – dans la concertation, et que cette négociation ait abouti à une estimation raisonnable de notre rémunération. Dès lors que nous sortons du schéma traditionnel de rétribution sous forme de marge commerciale, dès lors que nous entrons dans une logique de rémunération à l’acte, les choses doivent être claires, et elles l’ont été.
La forfaitisation de la délivrance des vaccins a pris en compte tous les paramètres requis : la proportionnalité du forfait par rapport à la valeur des spécialités dispensées, l’investissement des professionnels de santé que nous sommes dans cet acte, mais aussi nos contraintes logistiques et la logique d’entreprise attachée au fonctionnement de nos officines. Alors que certains représentants syndicaux réclamaient une contrepartie largement inférieure au montant obtenu, la Fédération ne peut que se satisfaire d’avoir été entendue par les pouvoirs publics.
Ce résultat démontre la viabilité d’un système mixte de rémunération, alliant tout à la fois une marge commerciale et la possibilité, ponctuellement, de paiements à l’acte. Un système adaptable qui permettra aux pharmaciens d’entrer de plain-pied dans l’univers de leurs nouvelles missions – ainsi que nous l’avons toujours prôné – sans qu’ils aient, pour ce faire, à brader leurs compétences et leur disponibilité. C’est tout le sens de notre combat.
Philippe Gaertner, Président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France
Photo : Miguel Medina