n°1217 Février 2010
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Actualité VACCINATION Grippe A : les libéraux dans la course
Exit les centres de vaccination. C’est aux professionnels de santé de ville – médecins et pharmaciens en tête – qu’il revient désormais de prendre en charge la vaccination contre la grippe A/H1N1.  

Partout en France, le virus de la grippe A perd du terrain, et la perspective d’une pandémie se trouve – pour le moment – écartée. C’est le moment qu’a choisi le gouvernement pour renoncer à une stratégie de vaccination de plus en plus décriée. Une stratégie qui aura mis à genoux les personnels réquisitionnés, désorienté bon nombre de Français et contribué à alimenter les critiques contre une campagne qui, sur le fond, n’en méritait sans doute pas tant. Longtemps relégués sur le banc de touche, les acteurs de soins du circuit libéral prennent enfin le relais. Un « retour à la raison » qui satisfait les médecins, par ailleurs très remontés contre leur tutelle : « Après plusieurs semaines d’insupportables tergiversations et de mauvais esprit de la part du ministère de la Santé, tonne Michel Chassang, président de la Confédération des syndicats médicaux français, finalement, l’approvisionnement des médecins généralistes et pédiatres en vaccins, avec les pharmacies d’officines, est débloqué. » Le premier syndicat de médecins se félicite que les pouvoirs publics reviennent « à un schéma de vaccination classique, comparable à celui de la grippe saisonnière qui permet, chaque année en deux mois, la vaccination de plusieurs millions de personnes ».

Juste rémunération

Roselyne Bachelot a donc passé tout le mois de janvier à négocier le virage de la stratégie gouvernementale. La menace d’une pandémie s’éloignant, les maires et les associations sportives désespérant de récupérer leurs gymnases et leurs salles des fêtes réquisitionnés, la ministre de la Santé a décidé de tourner la page des centres de vaccination. Sans baisser la garde toutefois : « Nous ne savons pas ce qui va se passer, estime-t-elle. La grippe A peut repartir, et ça peut évoluer vers plusieurs pics épidémiques. Le vaccin n’est pas un traitement : ça n’est pas pendant la grippe qu’il faut se vacciner, c’est avant. » Mais avec l’autorisation accordée aux médecins de procéder à la vaccination dans leur cabinet, encore fallait-il régler le problème de leur approvisionnement. "Nous ne savons pas ce qui va se passer. La grippe A peut repartir. " Roselyne Bachelot
Dans un courrier adressé le 7 janvier à la ministre, le président de la FSPF décidait d’évoquer une nouvelle fois « les fortes réactions d’incompréhension et d’indignation » qu’ont soulevé chez les pharmaciens l’arrêté relatif à la distribution des kits anti-grippe et l’indemnité attribuée, sans concertation, pour cette délivrance. Et Philippe Gaertner de poursuivre : « Les déclarations que vous avez récemment faites quant à la possibilité pour les médecins généralistes de procéder, dans leur cabinet, à la vaccination des patients et aux négociations en cours sur la rémunération due en contrepartie de leur intervention, soulèvent des interrogations accrues. » Pour la FSPF, le précédent des kits à 1 euro, décision unilatérale qui aura mis hors d’eux les pharmaciens, ne devait évidemment pas se reproduire. « L’ensemble du réseau officinal est prêt à contribuer à la prévention de la grippe de type A, dès lors qu’aucune officine n’est écartée du dispositif et qu’il peut espérer, à ce titre, une juste rémunération. » Une semaine après, une réunion était donc organisée au ministère de la Santé afin de définir, avec l’ensemble des organisations professionnelles représentatives de la profession, les modalités de la participation des pharmaciens d’officine à cette campagne de vaccination.

Vingt-trois mille officines dans la boucle
Le ministère de la Santé avait, dans un premier temps, proposé de limiter à deux mille le nombre d’officines pouvant approvisionner les médecins. Fermement opposée à une telle restriction, la Fédération a obtenu que l’ensemble des pharmacies d’officine puissent mettre à disposition le vaccin contre la grippe A aux médecins qui en font la commande. Lors de cette même réunion, les pharmaciens ont également obtenu que la délivrance des vaccins ne soit pas réservée aux seuls médecins et qu’elle soit étendue aux patients munis d’une prescription médicale.
 Les discussions relatives aux conditions de rémunération des pharmaciens participant à la campagne de prévention ont fait l’objet d’une nouvelle réunion, le 21 janvier. Il en est ressorti que le pharmacien pourrait délivrer à ses patients, sur prescription médicale, des doses unitaires de vaccin (Focetria). Conformément aux souhaits de la FSPF, cette délivrance donnera lieu à une rémunération de l’acte de délivrance d’un montant de 2,60 euros hors taxes (soit 3,11 euros TTC). En cas de commande à usage professionnel d’un médecin, les pharmaciens d’officine mettront à disposition un stock d’amorce constitué de : • 2 boîtes contenant chacune 10 doses de vaccin sous forme de seringues préremplies (Focetria) ;
• 2 flacons contenant chacun 10 doses de vaccin (Panenza) ;
• 200 seringues ;
• notices d’utilisation.
Ce stock d’amorce devra faire l’objet d’une commande à la pharmacie, qui disposera d’un délai de 48 heures pour le mettre à disposition. Il pourra faire ensuite l’objet d’un renouvellement, dans des conditions qui restaient à définir au moment où nous mettions sous presse. La mise à disposition du stock d’amorce et le renouvellement de celui-ci donneront lieu à une rémunération de la prestation d’un montant de 14 euros hors taxes (soit 16,74 euros toutes taxes comprises). Les conditions pratiques de facturation de la délivrance aux patients et aux médecins, de même que les codes de tarification pour chacune d’entre elles, devaient être annoncées fin janvier. Enfin, notons que l’approvisionnement des pharmaciens en kits multidoses se fera à flux tendu, pour éviter le surstockage dans les officines, ce qui signifie que les médecins devront passer commande pour obtenir les kits, qui seront disponibles en 24 heures. Maintenant que sont posées les bases d’une prise en charge en ville de la vaccination contre la grippe A/H1N1, il demeure une grande inconnue : largement partagés sur l’utilité de la vaccination, les Français continueront- ils de se sentir concernés, alors que la menace épidémique s’est pour le moment éteinte ? Les oracles sont muets.   
Laurent Gainza
Photos : Miguel Medina
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Roselyne Bachelot a passé tout le mois de janvier à négocier le virage de la stratégie gouvernementale.  

Ce qu’il faut retenir
1.    Depuis le 12 janvier 2010, la vaccination est possible chez les médecins libéraux, généralistes ou spécialistes. Depuis le 1er février, ces derniers peuvent se fournir en vaccins dans les 23000 pharmacies d’officine. Les pharmaciens d’officine peuvent également délivrer le vaccin contre la grippe A aux patients sur prescription médicale. Cette délivrance donnera lieu à une rémunération : • 2,60 euros hors taxes (3,11 euros TTC) en cas de délivrance à un patient ;
• 14 euros hors taxes (16,74 euros TTC) en cas de délivrance à un médecin.
2.    Les pharmaciens d’officine peuvent, depuis le 22 janvier, commander auprès des grossistes-répartiteurs les vaccins pour répondre aux demandes des médecins libéraux. Ils leur fourniront un lot de 20 doses de vaccin en seringue préremplie de Focetria et deux flacons multidoses de Panenza, soit 20 doses, ainsi que les seringues nécessaires à l’injection chez l’adulte et chez l’enfant. Les médecins libéraux pourront renouveler ce stock en cas de besoin en contactant leur pharmacien.
3.     L’émission des bons de vaccinations pour la totalité de la population et leur envoi se sont achevés le 22 janvier. En cas de perte du bon, chacun peut en obtenir un nouveau soit à la CPAM, comme depuis le début de la campagne, soit chez son médecin si celui-ci dispose d’un compte professionnel à l’Assurance maladie, ou bien auprès de son pharmacien.
4.    Parallèlement, des centres de vaccination intégrés aux établissements de santé vont être ouverts dans les 100 établissements hospitaliers sièges de Samu jusqu’au mois de septembre 2010.