n°1186 janvier 2007
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Actualité Salaires Faites vos comptes !

Dans la jungle des salaires à l’officine, l’enquête de la FSPF vient apporter de nombreux éclaircissements. En attendant l’évolution de la classification des métiers.
Donne-moi ton coefficient et je te dirai qui tu es… Pas si simple, d’après l’enquête qu’a mené la Fédération auprès de plusieurs centaines d’officines sur l’exercice 2005. Si pour les adjoints et les préparateurs, la tâche est aisée, les autres métiers de l’officine (personnels administratifs, les vendeurs spécialisés et le personnel « logistique ») sont plus difficilement classifiables. Un indice tout de même, les titulaires tendent à attribuer à ces postes des coefficients calqués sur ceux des préparateurs. Toutes ces catégories de personnel se voient décerner des coefficients compris entre 100 et 300. Ce dernier correspondant au « top » en matière de responsabilités : le passage du salarié au statut d’« assimilé cadre », le coefficient maximal auquel les préparateurs peuvent prétendre au bout de quatorze années de carrière. A noter, toutes ces professions « hors médicament » ne sont pas égaux vis-à-vis du « coeff » 300 : les « administratifs » sont près de 10 % à y accéder, ce qui semble dénoter une plus grande reconnaissance de leur fonction par les titulaires. Une très petite minorité (0,6 %) sont même côtés au coefficient 800, normalement réservé à la crème des adjoints ! Une chose est sure : la classification des métiers officinaux a besoin d’un petit lifting (voir l’interview de Jean-Etienne Martineau). Première du nom, et donc manquant de recul, l’étude de la FSPF permet néanmoins d’affirmer que les coefficients sont attribués de manière plutôt cohérente à la grille de classification et que les rémunérations des personnels de l’officine sont conformes aux minimas conventionnels dans la majorité des cas, même si des titulaires accordent parfois des « extras » à leur personnel.

Homogène en majorité

Les quelques coefficients un peu fantaisistes récoltés durant l’enquête sont le résultat de systèmes de promotion propres à chaque officine, de la « cuisine interne », pour récompenser les bons éléments, mais sans adéquation avec la grille. Cette dernière comporte le détail de 42 professions : à chacune, un coefficient associé. L’enquête de la Fédération en a compté 46… La classification des métiers officinaux a besoin d’un petit “lifting”qui ne correspondaient pas toutes à un métier référencé. Elle a ainsi permis de « découvrir » des réviseurs comptables ou autres réceptionnistes, fort heureusement en proportion minime. Par ailleurs, souvent annoncée, l’apparition de nouveaux métiers est considérée comme « timide ». Si la classification est bien comprise et la grille respectée pour les préparateurs et les adjoints, on ne peut donc pas en dire autant des autres métiers de l’officine, aux contours plus flous. Les choses sont en effet plus simples pour les premiers, même si quelques ambiguïtés subsistent, en particulier la relation coefficient/ rémunération. La multiplication de la valeur du point par le coefficient du salarié ne fait qu’établir un minima salarial, la négociation entre titulaire et salarié est ensuite ouverte quant au montant de sa rémunération. Situation bien illustrée dans le cas des préparateurs.

Rappelons que, conventionnellement, le « 300 » correspond à un préparateur «6ème échelon, qui possède des qualités techniques et commerciales exceptionnelles et qui exécute des travaux comportant une large initiative » : un cador, quoi. Cette distinction relève de la seule décision du titulaire. Ils sont près de 14% à avoir atteint ce coefficient, une infime minorité ayant même décroché un improbable coefficient 400, normalement réservé aux pharmaciens débutants. Arrivé à 300, le coefficient des préparateurs ne peut plus évoluer, ce qui n’est pas le cas de son salaire, apprécié sur des critères de qualité professionnelle et d’ancienneté. Le « 300 » ne fait que déterminer un niveau de responsabilité dans l’équipe officinale.

Minimas, et au-delà

Concernant les mœurs des titulaires en matière d’adéquation entre coefficients et rémunération effective de leurs adjoints ou préparateurs, l’étude de la FSPF nous apprend que pour ces derniers, au « coeff » 290, ils sont 12 % à être payés au-delà du minimum requis. De la même façon, à 280, ils sont 7,7 % et pour le coefficient 260, 4,5 %. Pour les adjoints, 10,6 % des salariés au « coeff » 500 sont payés au-delà du minima imposé, ils ne sont que 2,4 % en revanche pour les coefficients 550 et 600. L’enquête révèle par ailleurs que les adjoints sont payés en moyenne 1,66 fois plus que leurs collègues préparateurs et que ces derniers perçoivent des salaires 1,33 fois plus élevés que les autres catégories de personnel « hors médicament ». Logique. Cette étude manque néanmoins de recul pour apprécier complètement ce décrochage entre rémunérations et coefficients et donc estimer la propension des titulaires à payer au-delà du barème. Mais force est de constater qu’une partie non négligeable des salariés sont payés au-delà des minimas conventionnels. C’est ce que l’enquête de l’année prochaine explorera plus avant.

Laurent Simon
Photos Miguel Medina
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INTERVIEW
« La réactualisation est plus que nécessaire »
Entretien avec Jean-Etienne Martineau, président de la commission Affaires sociales à la FSPF

Cette enquête est-elle le prélude à une modification de la classification des métiers en officine ?
Notre mission consiste à réactualiser la classification des métiers, ce qui, bien entendu, impactera la grille des salaires. Cette dernière comporte une tranche, du coefficient 230 à 800, qui dépend directement du point de salaire, dont la valeur est renégociée chaque année entre les partenaires sociaux. Une autre partie, du coefficient 100 au 230 exclu, est artificiellement « raccordée » à la valeur du point. C’est la fameuse courbe de raccordement qui subit de plein fouet chaque augmentation du Smic.

Quelles sont les solutions envisageables ?
Dans la révision de la classification de la grille des salaires, deux options sont possibles : soit supprimer la courbe de raccordement et bâtir une classification avec une grille unique intégrant les quelques nouveaux métiers qui apparaissent, en créant éventuellement de nouveaux coefficients. Soit conserver la classification actuelle, en l’adaptant par incorporation de ces nouveaux métiers et, surtout, en supprimant les métiers obsolètes. Il s’agit là d’une réactualisation mais plus que nécessaire. Qui a encore recours aux services d’un mécanographe comptable ?

Quelles seraient les conséquences pour un pharmacien titulaire en termes de charges salariales, d’une évolution de cette classification ?
Il est évident que toute modification de la classification des métiers en officine et, par voie de conséquence, de la grille des salaires, ne sera pas sans effet sur l’économie de l’officine. C’est pour cette raison que la FSPF est plus favorable à la deuxième option que j’évoquais et propose un simple toilettage de la classification. Les salaires en officine représentent le plus gros poste de charges : les résultats économiques de l’année 2006 ne semblent pas propices à grands bouleversements. Le chiffre d’affaires de l’officine est administré à 80 % par l’Etat : tout peut donc changer selon la volonté du ministre en exercice ; il ne faut pas le perdre de vue. A nous de trouver un accord « gagnant-gagnant ».


L’enquête en chiffres
- 824 officines analysées
- 4222 salariés passés au crible
- 90,8 % des salariés officinaux sont des femmes
- Taux d’emploi à temps partiel : 46,3 %
- 72 % des salariés sont adjoints ou préparateurs
- En moyenne : 2 préparateurs et 2 pharmaciens par officine