n°1196 janvier 2008
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Actualité Edito Vous avez dit low cost ?
Il est parfois des rapports qui vous tombent du ciel, sans avoir été annoncés, et qui prétendent régler en quelques lignes le sort d’une profession sans même avoir eu le bon goût d’en avoir consulté les représentants. Je m’en voudrais de mettre en doute les puissantes capacités d’analyse de Charles Beigbeder, mais puisque ce dernier entend aujourd’hui mettre à bas deux des piliers fondamentaux de notre exercice – le monopole de dispensation et l’indépendance du pharmacien – qu’il me permette au moins de formuler quelques remarques. Commençons par une constatation de forme. Si une quelconque autorité publique m’avait chargé de réfléchir aux moyens d’améliorer le marché de la production et de la fourniture d’électricité, j’aurais sans doute eu le réflexe d’auditionner M. Beigbeder. Or, je constate que parmi les nombreux experts remerciés par l’auteur dans son rapport sur le « low cost », ne figure aucun économiste de la santé, aucun professionnel de santé, pas le moindre acteur du secteur du médicament. Un « oubli » qui se passe de commentaires. Passons maintenant au fond du rapport. Le low cost repose sur la stimulation des ventes par la fixation de prix bas. Peut-on sérieusement soutenir que le médicament relève de cette logique, dans un pays réputé, à tort ou à raison, pour la consommation médicamenteuse excessive de ses habitants ? Au-delà de ce constat d’évidence, les solutions proposées – pour ne pas dire assénées – dans ce rapport ne reposent sur rien d’autre que sur des approximations qu’il nous sera aisé de réfuter. Plus généralement, on assiste depuis quelques mois à un phénomène dont ce rapport n’est que le dernier avatar. En France, des intérêts conjuguent aujourd’hui leurs forces pour tenter d’imposer une certaine conception du médicament. Une conception selon laquelle ce dernier ne devait plus dépendre de règles spécifiques, liées à son essence tout autant qu’à des impératifs de santé publique. Est-ce vraiment ce que l’on veut ? Et de la même manière, veut-on, en ouvrant le capital de nos officines, mettre des professionnels formés et responsables sous la coupe de l’économique et de la rentabilité ? Veut-on enfin, en s’attaquant à notre monopole de compétence, mettre à bas la sécurité de la dispensation ? Le médicament doit être délivré en pharmacie, par un pharmacien responsable de son officine. Nous aurions été heureux d’expliquer à M. Beigbeder la logique de cette affirmation s’il avait bien voulu nous inviter à le faire. Je pense également que notre ministre de la Santé, elle aussi consciente des spécificités de notre tâche, lui aurait tenu le même langage. Elle n’a pas non plus, que je sache, été consultée. Si Monsieur Chatel, secrétaire d’Etat à la Consommation et commanditaire de la mission Beigbeder, lit ces lignes, je veux croire qu’il aura la sagesse de bien peser les limites de ce rapport. Ce qui vaut pour le transport aérien ne vaut pas forcément pour la santé publique.

Philippe Gaertner
Président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France

Photo Miguel Medina
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