n°1196 janvier 2008
Retour|Imprimer| envoyer à un ami
Actualité Politique Dans l’œil du cyclone
Les pharmaciens domiens n’ont rien vu venir, mais ils vont le sentir passer. A moins d’un retournement de situation, le prix des médicaments doit baisser dans les Dom. La mobilisation est sans précédent.
Quand le sénateur réunionnais Jean-Paul Virapoullé prend sa plume le 13 novembre dernier pour dénoncer le prix des médicaments dans les Dom, de 30 % à 43 % supérieur à ceux de la métropole, et s’effrayer de l’instauration des franchises médicales, il croyait bien faire. Le bon docteur s’inquiétait du pouvoir d’achat de ses ouailles. L’argument fait mouche : le 20, le président de la République décide par retour de courrier que le prix des médicaments baissera de manière « significative », et fissa : dès le 1er janvier, apprend-on de Mme Bachelot et de M. Estrosi, ministre de l’Outre-mer qui passait par là. En revanche, pas touche aux franchises. La belle affaire : le sénateur Virapoullé aura donc obtenu le maintien des franchises – une vraie ponction sur le pouvoir d’achat pour le coup – et des baisses de prix sur des médicaments que le Domien lambda, comme tout assuré social, ne paie de toutes façons pas directement. En plus, « une diminution des prix du remboursable aura un effet pervers sur le pouvoir d’achat : les pharmaciens seront obligés de se rattraper sur le non-remboursable », analyse Jean-Marc Yzerman, conseiller économique à la Fédération. Voire, in fine, de licencier. Pas génial pour le pouvoir d’achat et la croissance. Privilégiés, les officinaux domiens ? Ce prix plus élevé qu’en métropole induit un effet « trompe-l’oeil », selon Claude Marodon de l’intersyndicale des Dom : « Le CA moyen des officines est certes identique entre la métropole et l’Outre-mer mais il faut tenir compte de ces fameux coefficients (voir encadré) : proportionnellement, le CA moyen de nos officines est en fait inférieur d’un tiers. L’impact des franchises, des baisses de prix et des déremboursements des veinotoniques au 1er janvier sera donc démultiplié. »

Des négos pour rien


Reçus à l’Elysée et au ministère de la Santé, les pharmaciens domiens ont plaidé leur cause auprès de conseillers techniques compréhensifs mais impuissants. Même sans étude médico-économique à l’appui, la baisse a déjà été actée par la présidence. « Le fait du prince », commente Jean-Marc Yzerman. Les négociations ont donc été étouffées dans l’oeuf. Les grossistes ont pourtant accepté un remodelage de leur marge équivalent à 1,5% de baisse, mais pas question pour les pharmaciens domiens de céder un pouce : c’est 0% ou rien. L’ampleur de leur mobilisation en témoigne (voir encadré). Le calendrier est de toutes façons déjà calé : 3 % au 1er janvier puis une vague d’inspection de l’Igas pour en juger des effets et éventuellement, 2% de plus courant 2008 pour arriver aux 5% promis. Seule la Guyane pourrait y échapper : le territoire est grand, couvert de jungle et les « frais d’approche » très élevés. A titre d’anecdote, la location d’une pirogue pour la livraison de matériel médical s’élève à 3 000 € ! A cette exception près, il va donc être difficile de sortir « par le haut » de ce conflit sans se mettre à dos la population. Même si « tous les arguments sont pour nous, commente, amer, Claude Marodon, la décision finale ne sera que politique ».

Laurent Simon
Photo Miguel Medina
Image

Mobilisés
Une intersyndicale unie et solidaire a permis de lancer un mot d’ordre massivement suivi parmi les pharmaciens domiens : fermeture des officines, grèves des gardes… Avant les fêtes, on ne comptait que quatre pharmacies ouvertes à la Réunion sur les 253 du département. Du jamais vu.

Très chers Dom
Frais généraux pratiquement doublés, salaires élevés à cause de la pénurie de personnel : la distribution de médicament a un surcoût dans les Dom, se défendent les pharmaciens pour justifier les fameux coefficients multiplicateurs au coeur de l’actuel débat. De 1,30 à 1,43 selon les Dom… à titre de comparaison le salaire des fonctionnaires est multiplié par 1,50.