n°1196
janvier 2008
Actualité
Vétérinaire
Les vétos cumulent les monopoles
Six mois après la parution du décret Prescription délivrance, les pharmaciens attendent encore des actes.
«C ’est un décret qui a été voulu par tout le monde, et ce qui est applicable pour les pharmaciens doit l’être pour tous ». A l’instar des élus syndicaux, Jean-Charles Tellier, président de la section A du Cnop, apprécie peu les mauvaises manières de certains vétérinaires. Les pharmaciens sont aujourd'hui directement concernés par la mise en oeuvre des nouvelles règles de prescription et de délivrance des médicaments vétérinaires destinés aux animaux de rente prévues par le décret du 24 avril 2007. Avec ce texte, les différents acteurs du marché – pharmaciens, vétos, mais aussi éleveurs – devraient être en mesure d'exercer leurs prérogatives respectives dans un cadre clarifié et sécurisé. Ainsi, les vétérinaires peuvent désormais prescrire sans examen clinique préalable les médicaments dans le cadre de protocoles prédéfinis, après la réalisation d'un « bilan sanitaire d'élevage » annuel. De leur côté, les pharmaciens sont habilités à renouveler la délivrance des ordonnances de médicaments utilisés à titre préventif.
Un libre choix… relatif
Pour que ce décret « fonctionne », encore faut-il que le libre choix du dispensateur par l'éleveur soit respecté. Voilà qui permettrait aux ayants droit de la dispensation des médicaments vétérinaires (pharmaciens et vétérinaires) de jouer leur rôle dans le cadre d'un équilibre nécessaire, voulu par le législateur. Le monopole de prescription des vétérinaires entraîne de facto un quasi monopole de dispensation Mais dans les faits, ce libre choix est tout sauf respecté. La commission mixte Ordre/syndicats/APR chargée de la pharmacie vétérinaire a ainsi décidé de suivre au plus près du terrain l'évolution des pratiques professionnelles. La FSPF et L’Uspo se sont donc associés pour commanditer en octobre dernier la réalisation d'un sondage auprès d'un échantillon représentatif de 1 000 éleveurs. Les résultats sont éloquents : ils montrent que le monopole de prescription des vétérinaires entraîne de facto un quasi monopole de dispensation. 96,7 % des éleveurs déclarent « ressortir du cabinet vétérinaire le plus souvent avec une ordonnance et les médicaments qui vont avec ». En outre, 80,2 % des éleveurs interrogés pensent que leur praticien n'accepterait pas de leur remettre une ordonnance en vue de la faire dispenser dans une pharmacie. Les membres de la commission, qui s'expriment au nom de toute la profession, « déplorent vivement cette situation et appellent à la responsabilisation de chacun et au changement effectif des comportements ». La loi existe, il serait temps qu’elle soit appliquée.
Laurent Gainza
Photo Miguel Medina
