n°1206 janvier 2009
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Actualité Automédication Le libre accès sans peine
Quelques mois après son lancement, le libre accès alimente nombre de catalogues de formations, pour une mise en place irréprochable par l’équipe officinale.
Lentement mais sûrement, l’espace « libre accès » s’installe dans les officines. Pas dans toutes, loin s'en faut, mais le mouvement s’amorce. Une récente étude(1) indique que fin octobre, 29 % d’entre elles appliquaient déjà la mesure. Ce chiffre atteindra 40 % fin 2008. Mais dans trois quarts des cas, cet espace dédié contenait d’autres produits que ceux autorisés. Ce qui pouvait sembler évident à la lecture du décret l’est en fait beaucoup moins sur le terrain. « Il est dangereux d’outrepasser la liste établie par l’Afssaps, car les rares pharmaciens concernés risquent de faire le lit de la dérégulation », souligne Thierry Barthelmé, président de l’Utip. « La formation que nous proposons(2) présente d’abord les tenants et aboutissants sociologiques, économiques et politiques que le pharmacien doit connaître pour répondre aux attentes du patient et des pouvoirs publics, dans le respect de la loi et en évitant toute dérive. Elle s’appuie ensuite sur des arbres décisionnels par classe thérapeutique permettant au pharmacien d’acquérir une méthodologie adéquate pour parfaitement gérer le libre accès avec son équipe. »

Valider le choix


L’offre de formation couvre tous les aspects de la mise en place du libre accès. « Pour appliquer ce nouveau cadre législatif, il faut d’abord décrypter le sens de la loi. L’équipe officinale doit ensuite acquérir un formatage nouveau », explique Christine Caminade, responsable du cabinet Christine Caminade Conseil(3). Il s’agit d’une démarche réfléchie dès les premières étapes de sa mise en place : « Une analyse en amont du marché et du potentiel de développement des médicaments en libre accès, de la rotation, de la marge dégagée et des performances des différents linéaires est un préalable essentiel pour définir le nombre de linéaires nécessaires et suffisants, l’implantation de l’espace et sa localisation. En outre, modifier quelques linéaires à proximité du comptoir peut amener à déplacer ce dernier, il faut en tenir compte ». Ensuite, il faut suivre l'évolution des ventes dans le temps et réajuster les choix –
Fin décembre, 40 % des officines disposent d’un espace « libre accès » sans oublier la saisonnalité de certains produits. Côté merchandising, les solutions « clé en main » peuvent sembler tentantes, mais il faut en évaluer la rentabilité, l’adéquation avec la patientèle et ses besoins… donc de ne pas céder trop vite à la facilité. Une personnalisation pourra s’avérer être un bien meilleur choix. Le décret réclame le contrôle effectif du pharmacien, « ce qui va plus loin qu’un simple conseil sur la posologie, commente Christine Caminade. Il s'agit d'une démarche d’automédication validée par l’équipe officinale qui doit vérifier les besoins du patient et savoir y répondre en tant que professionnel de santé ». Autrement dit : le dialogue à engager avec le patient évolue et fait appel aux compétences de l’officinal en matière d’éducation à la santé. « Nous insistons sur cet aspect nouveau de validation du choix du patient, car c’est la valeur ajoutée du système. Mais dans certains cas, le pharmacien devra invalider ce choix, proposer un autre produit plus adapté et qui ne se trouve pas forcément en libre accès, ou encore orienter vers une nécessaire consultation médicale », précise Thierry Barthelmé. Autre aspect positif, le pharmacien se positionne comme interlocuteur et éducateur privilégié pour certaines pathologies ne nécessitant pas une consultation médicale. Pour le président de l’Utip : « Il est clair que, à terme, le pharmacien va développer chez le patient une compétence sur les médicaments en libre accès ». Utilisés comme support, l'ensemble des documents d'information mis à sa disposition( 4) facilitent les explications et le conseil. « Le dialogue doit s’instaurer en posant des questions ouvertes, qui permettent de récupérer un maximum d’informations en un minimum de temps. Le pharmacien doit faire preuve d’empathie et les patients prennent alors le temps de répondre à ses questions », affirme Christine Caminade.

Le DP, un point d’ancrage


Le dossier pharmaceutique (DP) est un autre avantage dont le pharmacien doit user dans le cadre du libre accès. Il doit se sensibiliser à l'importance d'y inscrire tous les médicaments, y compris ceux non soumis à prescription médicale. « Le DP constitue un point d'ancrage pour le pharmacien, et lui apportera aussi les arguments décisifs pour valider ou non le choix du patient », explique Thierry Barthelmé. « C’est un excellent moyen de verrouiller le système, de renforcer le pharmacien dans son rôle de santé publique, d’éducation thérapeutique et de prévention au quotidien, pas seulement pour les pathologies chroniques… et de le montrer aux pouvoirs publics ! » assure Christine Caminade. Le libre accès bouleverse les habitudes des pharmaciens et des patients « auxquels l’équipe officinale doit apporter des explications claires et qui demandent à être rassurés sur la qualité des médicaments placés devant le comptoir », ajoute-t-elle. « Au final, il faut redynamiser l’approche relationnelle, valoriser le rôle de l’officinal et exploiter ses compétences au comptoir ». Pour l’Utip, la formation vise aussi à aider le pharmacien à déterminer son choix en toute connaissance de cause. « L’économie actuelle de l’officine peut ne pas inciter les pharmaciens à investir pour la mise en place du libre accès. Mais il y a une volonté politique à augmenter le périmètre du libre accès avec un renforcement du rôle du pharmacien dans la prise en charge des problèmes de santé des citoyens. Fidèle à notre vocation, la formation accompagne le pharmacien dans l'évolution de son métier », conclut Thierry Barthelmé. Sceptiques ou convaincus, l’heure est venue de passer à l’étape formation.

Nathalie Le Goff
Photo Miguel Medina

(1) Suivi de la mise en place du libre accès de l’OTC en officine : étude auprès de 350 pharmacies au CA supérieur à un million d’euros – Médian Conseil.
(2) Stage Utip de deux jours intitulé « Libre accès : rupture ou évolution ? » – version raccourcie sur une journée en préparation.
(3) CCC propose un séminaire d’une journée intitulé « La délivrance active de l’automédication : l’OTC et le libre-accès ».
(4) disponibles auprès du Cespharm et téléchargeables sur le site de l’Afssaps (http://afssaps.sante.fr)  Trois fois sur quatre, l’espace dédié contient d’autres produits que ceux autorisés
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CENTRALES D’ACHAT : le décret en bonne voie
La troisième version du projet vient d’être examinée par la FSPF, « qui est globalement favorable à ce texte qui offre aux pharmaciens de nouvelles possibilités d’approvisionnement », commente Philippe Besset, président de la commission Economie. « Les centrales d’achat seront des établissements pharmaceutiques au même titre que les grossistes répartiteurs et seront soumises aux mêmes règles. Ce champ du texte concerne finalement toutes les formes de regroupement à l’achat, les centrales d’achat n’en représentant qu’une des formes possibles. Le texte devrait être applicable dès le début de l’année 2009. » La FSPF a cependant émis quelques remarques n’entachant pas l’esprit du texte mais lui assurant une cohérence avec la législation, et qui devraient donc être prises en compte.