n°1206
janvier 2009
Actualité
Informatique
Le DP en ordre de marche
Concert de louanges pour le dossier pharmaceutique. Au moment où son grand cousin le DMP accumule les retards, le DP est officiellement généralisé.
Les astres accompagnent le dossier pharmaceutique. Non contents d’avoir obtenu le feu vert de la Cnil(1), les promoteurs ordinaux du projet ont eu la bonne surprise de voir le décret autorisant sa généralisation publié dans la foulée, le 17 décembre. Avec plus de 1,2 million de dossiers ouverts à ce jour et près de 5 000 officines en disposant, le DP est sur de bons rails. Pour à peine 8 millions d’euros – une broutille comparée au Titanic du DMP – le projet a des effets très bénéfiques pour la profession. « Jamais un tel déploiement informatique n’a été fait aussi rapidement. Jamais », savoure Isabelle Adenot, la responsable de son déploiement au sein de l’Ordre. A tel point que, selon ses promoteurs, rendre publique l’information selon laquelle chaque patient pourrait avoir un DP risque de dépasser les capacités de l’hébergeur à en créer ! Il faut dire que l’excellent niveau d’informatisation des pharmaciens et leur capacité à évoluer rapidement dans les nouvelles technologies (Vitale, Duo…) a grandement facilité la tâche des ordinaux.
Bon pour tout le monde
C’est toute la profession qui va tirer les marrons du feu : grâce à la fonction « messagerie », les autorités sanitaires auront une possibilité de communication directe avec les potards. Une alerte sanitaire ? La DGS(2) n’aura qu’à envoyer un message aux officines qui pourront en accuser réception dans la minute. Jean-Yves Robin, actuellement directeur général du GIP-DMP(3), tire son chapeau aux pharmaciens : « C’est une magnifique réconciliation des intérêts du malade et des professionnels de santé dans les systèmes d’information. » Reste que quelques points sont encore à éclaircir. Les associations de patients réclamaient par exemple que l’historique des délivrances soit fixé à six mois : la durée de quatre mois finalement choisie sera-t-elle suffisante pour éviter les interactions médicamenteuses dues aux reliquats des armoires à pharmacie ? Autre écueil : le DP est pour l’instant strictement « Ville ». Et vu que l’informatique des établissements de santé est un grand corps malade, on voit mal le DP intégrer les médicaments hospitaliers, même à moyen terme. Enfin, l’historique des remboursements que la Cnam a déjà mis en place chez certains médecins phagocyte un peu le projet des pharmaciens…
Laurent Simon
Photo Miguel Medina
(1) Commission nationale de l’informatique et des libertés
(2) Direction générale de la santé
(3) Groupement d’intérêt public – Dossier médical personnel

Mode d’emploi
■ Le patient doit donner son consentement exprès pour l’ouverture de son DP. Il peut refuser d’ouvrir un DP et même refuser de l’alimenter une fois ouvert.
■ Son coût est variable : gratuit pour les pharmacies dont le parc informatique est récent (téléchargement nocturne), il peut en revanche accélérer une évolution matérielle inéluctable à cause de la nouvelle codification des médicaments dès le début 2009.
■ Les données sont consultables quatre mois et conservées trois ans chez l’hébergeur.
■ Les pharmaciens sont « tenus » de proposer le DP à leurs patients. Autrement dit : obligés, même si aucune sanction n’est pour l’instant prévue pour les récalcitrants.
■ Il faut deux clefs indispensables pour ouvrir le DP : la carte CPS et la carte Vitale du patient.
■ Le DP recense aussi les médicaments OTC et le conseil pharmaceutique. In fine, il faudra donc réclamer la carte Vitale au patient même pour des produits sans ordonnances.