n°1206 janvier 2009
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Santé Polémique Très cher sang placentaire
Le modèle français de collecte du sang de cordon est en échec. Pour combler le retard, une ouverture vers un fonctionnement privé est à l’étude.
Pionnière il y a vingt ans, la France a accumulé un grand retard en matière de sang de cordon. En 1988, le Pr Eliane Gluckman réalisait la première greffe de sang de cordon pour traiter un enfant atteint d’anémie de Fanconi. Depuis, cette technique s’est révélée efficace dans plus de 80 indications thérapeutiques, dont de nombreuses pathologies hématologiques et des maladies rares, avec des résultats comparables à ceux des greffes de moelle osseuse. Des travaux internationaux ont également ouvert des perspectives d’avenir prometteuses en montrant la possibilité de produire à partir des cellules de sang de cordon divers types de tissus. Dans un futur proche, ces cellules pluripotentes pourraient être utilisées pour réaliser des greffes de peau chez les grands brûlés, ou encore pour traiter certains types de maladies cardiovasculaires ou neurodégénératives, des cancers ou l’ostéoporose.

Atteindre l’autosuffisance

Si ces champs d’application restent encore potentiels, ils suscitent bien entendu de grands espoirs mais aussi l'intérêt d'entreprises privées. A travers le monde, la conservation du sang de cordon est assurée soit par des banques publiques mettant les greffons à disposition de la collectivité, soit par des banques payantes, pour un usage personnel le plus souvent intra-familial. On a vu aussi apparaître, en Grande-Bretagne notamment, des banqu La France doit parvenir à l’autosuffisance d’ici 2020  es « mixtes » qui répartissent leur stock entre les besoins publics et privés. En France, seules trois banques publiques sont opérationnelles et à peine une dizaine de maternités sont habilitées à prélever. Leur stock s’élève à 6 000 ou 7 000 greffons alors que 50 000 unités seraient nécessaires. Pour pallier ce manque, l’importation est aujourd’hui indispensable. Mais à raison de 20 000 euros l’unité, c’est un colossal effort financier auquel la collectivité doit faire face. Un récent rapport sénatorial( 1) suggère dix propositions pour combler le retard français et parvenir à l’autosuffisance à l’horizon 2020. Outre un renforcement du réseau de collecte par un « maillage » de maternités habilitées et des campagnes d'information auprès du grand public, l’implantation de banques privées « respectant les principes de solidarité » et « le développement d’une activité privée des banques publiques » est envisagé pour, notamment, « consolider le financement ». Le fonctionnement français, exclusivement public, a montré ses failles et ces orientations permettraient de répondre aux besoins de façon encadrée. Pour l’heure, les oppositions des sociétés savantes ou des autorités de santé persistent ; la prochaine révision des lois de bioéthique pourrait changer la donne.

Nathalie Le Goff Photo
Miguel Medina

(1) Rapport de la sénatrice Marie-Thérèse Hermange 
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