n°1216
Janvier 2010
Actualité
ÉDITO
Et notre économie ?!
L’année s’achève sans que nous sachions bien si elle a véritablement fait avancer notre profession. Bien sûr, nous avons enregistré quelques belles victoires pour la conception de l’officine à laquelle nous croyons, et que nous défendons. Mais la dégradation persistante de notre économie, en dépit de nos cris d’alarme répétés, en dépit de nos propositions et de nos demandes, jette une ombre inquiétante sur notre avenir. Une ombre d’autant plus préoccupante – non exclusivement pour nous-mêmes, mais pour nos concitoyens dans leur ensemble – qu’il n’est jamais apparu si urgent de maintenir sur le territoire un réseau dense et qualifié d’officines de pharmacie.
Deux événements positifs méritent toutefois d’être cités. D’abord, en mai dernier, le verdict de la Cour de justice des Communautés européennes a sonné la victoire de nos idées et de nos efforts : oui, le médicament est bel et bien un produit à statut particulier devant faire l’objet d’une distribution sécurisée ; oui, il existe un lien étroit entre l’indépendance du pharmacien et la sécurisation du circuit de dispensation du médicament.
Puis, en juillet, la promulgation de la loi « Hôpital, patients, santé et territoires » a ouvert pour notre profession des possibilités de développement professionnel jusqu’alors hors d’atteinte. Pour une profession comme la nôtre, résolument engagée dans l’accroissement de la qualité de ses actes, dans le développement de ses missions auprès des patients, cette loi HPST a ouvert des horizons nouveaux. En décidant de nous associer activement aux travaux entrepris sous la coordination de Michel Rioli, en décidant d’apporter notre signature au rapport qui vient d’être remis à la ministre de la Santé, en poursuivant pour notre part nos efforts de prospectives et de propositions pour l’avenir, nous avons montré la voie : celle d’un pharmacien reconnu pour ses compétences et davantage intégré au système de soins.
« La dégradation persistante de notre économie jette une ombre inquiétante sur notre avenir. »
D’où notre inquiétude de constater que ces ambitions, bien que partagées par le gouvernement et par la représentation nationale, n’aient pas suffi à convaincre de la nécessité de mettre fin à la lente érosion de nos économies. La FSPF demande depuis deux ans la revalorisation de notre première tranche de marge. Depuis deux ans, on nous objecte la crise financière et le déficit des comptes sociaux. Mais si l’on veut donner au réseau officinal la possibilité de faire son travail, on ne pourra pas longtemps se contenter de lui confier de nouvelles missions si ces dernières sont purement honorifiques ! On ne peut pas avancer sans carburant, et parmi les carburants qui alimentent notre moteur – outre la compétence et le dynamisme de nos confrères –, il y a aussi la rémunération de nos officines. Dans une économie appelée, de plus en plus, à s’émanciper de la seule rémunération de la dispensation de médicaments remboursables, il faudra que l’État et les organismes de prise en charge s’engagent à financer par d’autres moyens les éminents services qu’ils veulent nous voir assumer. Cela ne relève pas de l’incantation syndicale ou corporatiste, mais de la nécessité économique la plus évidente. Il est temps que cette nécessité se traduise en actes. En cette nouvelle année, formons l’espoir, pour nos équipes, nos officines et nos patients, que la mutation qu’il nous est permis d’espérer puisse trouver sa pleine et entière concrétisation.
Philippe Gaertner, Président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France
Photo : Miguel Medina