n°1216 Janvier 2010
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Santé DOSSIER SOS mamans en détresse
Fini, le cocooning de la maternité. Maman rentre à la maison avec son bébé. Et plus rien ne sera pareil pour elle, physiologiquement et psychologiquement. Heureusement, il y a une croix verte au coin de la rue!
Seins à vif, douleurs lombaires, périnéales et abdominales, cicatrices, vergetures, hémorroïdes, muscles mous, kilos en trop… le tableau fait peur ! « Est-ce le prix à payer pour la naissance d’un enfant ? », s’interrogeait, épuisée, une femme quelques jours après la naissance de son bébé. Comment gérer les conséquences d’un accouchement, comment se retrouver à la fois dans sa tête et son corps? Il y a dans chaque officine, une foule de produits et de conseils bienfaisants pour maman et bébé. Voici quelques secrets à transmettre aux mères en devenir.

Le périnée mis à mal
Le périnée a souffert pendant l’accouchement. Certaines femmes vivront une période d’incontinence, qui peut durer plusieurs semaines. Même sans cela, toutes les femmes ressortent de la maternité avec une prescription d’une dizaine de séances de rééducation périnéale, à effectuer deux mois après la naissance. Cette rééducation se pratique depuis une vingtaine d’années. En général, il suffit de retonifier le muscle en poursuivant, chez soi, les exercices de contraction recommandés. Mais quand le périnée a été très abîmé, les techniques font appel à la rééducation manuelle par toucher vaginal, au biofeedback avec sonde endovaginale (pour visualiser son travail musculaire) et enfin, à l’électrostimulation passive. Le but est d’apprendre – ou réapprendre – à contracter les muscles entourant le vagin et le muscle releveur de l’anus. Jusqu’à 30 à 40 séances, étalées sur un an, peuvent être prescrites. En revanche, en l’absence d’épisiotomie, « on commence la rééducation périnéale deux jours après l’accouchement, avec essentiellement la technique de la fausse respiration », précise Marie, sage-femme à la maternité de Grasse.
Attention : la rééducation du périnée doit précéder les autres exercices de gymnastique prévus pour retrouver sa forme physique, au risque sinon d’aggraver le relâchement du muscle périnéal.  

Rappel
Aujourd’hui, la moitié des accouchements s’accompagne d’une épisiotomie, une petite incision du périnée pour faciliter le passage de l’enfant lors de l’accouchement. Les sutures peuvent être source de réels désagréments.
• Conseiller une lotion antiseptique ou un savon au pH neutre, rincer soigneusement et sécher, à l’air libre ou – avec prudence – au sèche-cheveux.
• En cas de vives douleurs pour s’asseoir, recommander un coussin d’assise ou une bouée.  


Le retour de couche
L’utérus, qui pesait environ 1,5 kilo à la fin de la grossesse va devoir retrouver son poids normal de 50 à 60 grammes. Et ce, grâce à des contractions plus ou moins fortes, et plus ou moins douloureuses, appelées parfois « tranchées », dès les premières heures après l’accouchement. Elles sont plus intenses chez les femmes qui allaitent et à partir du deuxième enfant. Le Spasfon est ici d’un grand secours. Ces contractions sont accompagnées d’écoulement de muqueuses, les lochies, au début très rouges et très abondantes. Cet écoulement dure en général trois semaines, parfois même jusqu’au retour de couches. Les premières menstruations après l’accouchement surviennent généralement, pour les femmes qui n’allaitent pas, entre trente et quarante jours après la naissance de l’enfant. Pour les femmes qui allaitent, elles apparaissent dans les jours qui suivent l’arrêt de l’allaitement. Attention : l’absence de menstruations ne signifie pas absence de fécondité ! C’est pourquoi, dans les maternités, il est souvent proposé aux femmes une pilule faiblement dosée à base de progestérone, compatible avec l’allaitement.
• Pour éviter toute complication infectieuse, l’utilisation de tampons hygiéniques est fortement déconseillée : proposer plutôt les serviettes.

Traiter les hémorroïdes occasionnelles
L’accouchement s’accompagne parfois de poussées hémorroïdaires. Sensations de gêne, voire vraies douleurs, rendent alors la position assise malaisée. La douleur sera traitée par le paracétamol, les AINS per os, mais en cas d’allaitement, éviter le kétoprofène. Les topiques hémorroïdaires, en pommade ou suppositoires, ont une visée antiseptique et adoucissante (Anusol, Préparation H…); certains associent des protecteurs muqueux à des anesthésiques locaux comme la lidocaïne (Titanoréïne…). Il est également important d’éviter la constipation, en assurant une bonne régulation du transit : un laxatif doux – mucilage, son, paraffine, sorbitol… – est toujours d’un bon secours. Limiter aussi les aliments épicés, ainsi que l’alcool.
• Proposer en complément des veinotoniques à base d’hamamélis, de vigne rouge, de marron d’Inde ou de flavonoïdes.
• Pour le confort, conseiller des lingettes spéciales pour une hygiène en douceur (Prép’H par exemple).


Éviter les lombalgies
Les douleurs du dos après l’accouchement sont le fait d’un manque de sommeil, de mauvaises positions lors de l’allaitement et d’erreurs de manutention du nouveau-né. Il est recommandé de soulever son bébé en gardant les bras près de la poitrine, au lieu de les étendre. Quand bébé est par terre, plier les genoux et non la taille. De même, éviter de porter bébé sur la hanche; préférer un porte-bébé frontal. Pour les soins, veiller à disposer d’une table à langer suffisamment haute, sinon changer bébé sur un lit en se plaçant à genoux. Pour le bain, placer la petite baignoire dans la grande et se mettre à genoux, poitrine appuyée sur le rebord.
• Rappeler que la reprise rapide d’une activité physique légère comme la marche, puis, une fois le périnée consolidé, la mise en place d’un programme régulier d’exercices et d’étirements, permet de développer les muscles de l’abdomen et du bas du dos.

À SAVOIR Quelles positions pour la maman ?
• Assise en « Madone » et allongée les meilleures positions juste après l’accouchement.
• Assise avec le bébé en « ballon de rugby » pour les femmes aux seins volumineux, celles qui allaitent des jumeaux, qui ont des crevasses ou une cicatrice de césarienne.
• Assise avec le bébé à califourchon, cette position est bonne pour le bébé « vomisseur », celui qui porte une culotte d’abduction (contre les luxations de la hanche), ou celui qui a tendance à somnoler.  


La peau, les cheveux, les ongles
Après l’accouchement, la carence hormonale postnatale provoque une déshydratation de la peau. Les vergetures, qui, dans les semaines qui suivent l’accouchement, sont particulièrement visibles, s’estompent au fil des semaines pour former de fins traits blancs, qui ne pourront jamais disparaître complètement. Certaines personnes y sont prédisposées. En revanche, le masque de grossesse et autres phénomènes de pigmentations brunes (sein, ventre) se volatiliseront au bout de quelques semaines.
• Conseiller de nourrir constamment la peau à l’aide de massages et d’applications de crèmes hydratantes.
Autre phénomène : après la naissance, les cheveux tombent de façon notable. Ces phénomènes vont s’espacer, mais pourront recommencer après le sevrage ou lors du démarrage d’un allaitement mixte.
• Proposer des compléments alimentaires contenant de la vitamine B, de la cystine B6, de la biotine. Ils feront merveille aussi pour les ongles.
Enfin, rappelons que les réserves de calcium de maman ont été monopolisées pendant la grossesse.
• Recommander une bonne hygiène dentaire : brossage tri quotidien de trois minutes, un passage chez le dentiste et… des laitages.


Baby blues

Entre le troisième et le onzième jour après l’accouchement, huit femmes sur dix connaissent le « baby blues », et quasiment toutes les jeunes mères vivent des moments de déprime. Pour quelles raisons ? Raison physiologique : lorsque le placenta est expulsé, les taux d’hormones chutent en quelques heures, affectant le cerveau et les émotions. Le manque de sommeil et la peur de ne pas être à la hauteur expliquent aussi en partie ce « coup de mou » (pour les enjeux inconscients, voir interview cicontre). Cet état finit par passer plus ou moins rapidement, notamment lorsque bébé a un rythme établi. Il faut donc rassurer et ne pas hésiter à donner quelques conseils :
• Créer un « réseau de soutien » avant et après l’accouchement – famille et amis – qui permettra de relativiser le sentiment de solitude.
• Hiérarchiser les tâches : pendant quelques semaines, ne pas jouer à la fée du logis, bébé avant tout. Dormir en même temps que lui, faire deux siestes pendant la journée et tant pis pour la poussière!
• Au comptoir, proposer un cocktail de vitamines.


Jacqueline Machu
Photo Miguel Medina
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3 QUESTIONS À… Étienne Roueff, Psychiatre*   
Qu’est-ce qu’on appelle le baby blues ?
C’est un syndrome dépressif réactionnel consécutif à deux pertes : celle du foetus, qui est devenu un autre, et celle du placenta qui est symboliquement, une amputation d’une partie de soi. Le foetus devient une réalité et tous les sentiments se mêlent : surprise, joie mais ce qui domine, c’est un moment dépressif de perte, de manque, de deuil. La perte de la toute puissance, la découverte de l’autre. Une certaine solitude ; la mère vivait avec quelqu’un dans son ventre, maintenant, il y a un autre.
Toutes les femmes en sont-elles affectées ?
95% des femmes ont un moment de réaction dépressive. Dans la grande majorité des cas, ça passe entre quelques minutes ou quelques jours. Cela peut cependant aller jusqu’à la perte de la réalité, c’est la psychose puerpérale. Dans l’autre sens, il y a le déni de grossesse, dont on a beaucoup parlé récemment. Le baby blues se situe entre les deux. En général, il est inutile de prescrire des antidépresseurs. Plus tard, il y aura un autre épisode dépressif, le sevrage, qui correspond à la rupture de ce moment souvent jubilatoire de l’allaitement.

Et le rôle du papa ?
Primordial : il doit être présent et très entourant. Il va synthétiser l’enfant dans le couple. Il faut qu’il adopte son enfant, comme la mère d’ailleurs. Logiquement, cet enfant est un étranger… Ce qu’à l’adolescence il saura nous faire savoir !
 
*Ancien vice-président du Syndicat national des psychiatres privés.

Attention à l’alimentation de la maman
L’alimentation doit rester équilibrée : légumes, fruits, viandes ou poissons, féculents, laitages, matières grasses. Augmenter légèrement l’apport calorique et notamment en laitages : à condition qu’il dure au moins trois mois, l’allaitement est la seule période de la vie pendant laquelle le corps brûle les réserves de graisse.
• Interdits : les excitants, tels que café, thé, cola, alcool et tabac.
• Conseillés : les aliments qui stimulent la production de lait, comme le fenugrec, à raison de 6 gélules par jours au minimum. Un truc : si la transpiration après trois jours de traitement a une odeur de sirop d’érable, c’est que la dose est la bonne. Le chardon béni, la verveine, le fenouil, les lentilles ou l’anis étoilé peuvent aussi être utilisés.
• Déconseillés : le persil, l’oseille, la sauge ou le chou vert qui diminuent la lactation.