n°1216 Janvier 2010
Retour|Imprimer| envoyer à un ami
Actualité GENERIQUE Un milliard, qui dit mieux ?
La Sécu doit une fière chandelle aux pharmaciens. Grâce à leur implication dans le développement du générique, elle a engrangé un milliard d’euros d’économie en 2009. La priorité pour cette année : frapper fort sur les molécules à fort potentiel.
Frédéric Van Roekeghem a mis les petits plats dans les grands pour annoncer le nouvel avenant à l’accord générique que venaient de négocier les représentants de l’officine et ceux de l’Assurance maladie. C’est devant la presse, en compagnie des présidents de la FSPF, de l’UNPF et de l’Uspo que le directeur général de la Cnam-TS a tenu à commenter les résultats de l’année, et à se projeter dans l’année qui vient. Il n’est qu’à lire l’introduction de l’avenant (qui sera soumis début janvier au Conseil d’administration de la FSPF avant que celleci engage sa signature) pour se faire une idée de la satisfaction de l’Assurance maladie à l’égard du réseau officinal : « La très forte implication de la profession dans le développement des génériques ne s’est jamais démentie depuis la mise en oeuvre de l’accord national en 2006. Les résultats obtenus pour l’année 2009 montrent que la mobilisation des pharmaciens reste intacte. »

Près d’une boîte sur quatre
Il faut dire qu’en 2009, le développement des médicaments génériques a généré plus d’un milliard d’euros d’économies pour l’Assurance maladie (contre 905 millions en 2008), soit un « bonus » supplémentaire de 105 millions d’euros par rapport aux performances déjà enregistrées. Cette économie est liée à la progression du marché des génériques qui représente aujourd’hui plus de 23% des boîtes de médicaments remboursées. En 2009, le taux de pénétration des génériques s’est maintenu à un niveau élevé avec 82,5% de substitution sur les molécules génériques commercialisées depuis plus de 18 mois (répertoire du 30 juin 2008). Sur le répertoire en cours (celui du 30 juin 2009), malgré un élargissement particulièrement important de celui-ci (27 nouvelles molécules y ont été intégrées), la progression du taux de pénétration est d’environ 7 points, soit une augmentation identique à celle de l’année précédente, témoignant ainsi d’un développement rapide des génériques récemment inscrits. Tout ça, grâce aux pharmaciens. Frédéric Van Roekeghem reconnaît d’ailleurs, dans un sourire, que « si la prescription en dénomination commune par les médecins avait été indispensable à l’envol du générique, on serait toujours à 10%! », soit une boîte sur dix seulement. Aujourd’hui, grâce à la seule substitution, près d’une boîte remboursée sur quatre est un médicament générique.

Double objectif

Pour 2010, dès lors que le nouvel accord conventionnel avec l’Assurance maladie sera signé par tous les partenaires, la mobilisation se poursuivra avec un double objectif :
• atteindre un taux de 80% de pénétration des génériques sur le répertoire en cours dans l’ensemble des départements ;
• porter un effort particulier sur les molécules récemment inscrites au répertoire dont le potentiel d’économie est élevé.  
« Ce dernier point est majeur, insiste Frédéric Van Roekeghem. En effet, des molécules importantes sont en passe de tomber dans le domaine public comme le clopidogrel, génériqué depuis la fin septembre. Ce dernier représente une économie potentielle de plus de 200 millions d’euros à lui seul. » Le Plavix, médicament le plus remboursé en France (625 millions d’euros en 2008), a été inscrit au répertoire des génériques le 23 septembre 2009. Deux mois après l’arrivée des premiers génériques, le taux de substitution du clopidogrel atteignait déjà 60%. Au total, selon l’Assurance maladie, le potentiel d’économies supplémentaires lié à ces nouvelles molécules pourrait atteindre plus de 300 millions d’euros.  « Si la prescription en DC par les médecins avait été indispensable à l’envol du générique, on serait toujours à 10% ! » Frédéric Van Roekeghem Pas étonnant, donc, que le nouvel avenant à l’accord générique fasse porter en priorité les efforts de la profession sur la substitution des molécules à fort potentiel, nouvellement inscrites dans le répertoire des génériques. Une liste de molécules cibles a été définie, avec pour chacune, un objectif national de pénétration. Outre le clopidogrel, notons notamment, et sous réserve qu’ils soient bien commercialisés en 2010, le valaciclovir (antiviral), le losartan (antihypertenseur), et la venlafaxine (antidépresseur). Pour chacune de ces nouvelles molécules, le taux de 65% dès la fin de l’année 2010 est espéré.

Soigner les « anciens »
Pas question cependant de négliger les autres molécules du répertoire. « Il faut bien sûr veiller à ce que les molécules anciennes restent à un bon niveau de générication », prévient le directeur général de la Cnam-TS. Afin de consolider le répertoire mature (qui comprend des génériques commercialisés depuis plus de dix-huit mois), l’objectif national de pénétration des génériques, pour l’année 2010, a été fixé à 80%. Pour les départements dont le taux de pénétration des génériques est égal ou supérieur à 80% au 30 novembre 2009, l’objectif consiste à maintenir ce taux sur l’année 2010. Pour les autres départements, l’objectif est d’atteindre le taux de 80% au 31 décembre 2010. « Maintenir un taux de substitution de 80% sur un répertoire comptant plus de 200 molécules, cela représente un effort permanent, une vigilance constante », relève le président de la FSPF, Philippe Gaertner. L’Assurance maladie s’engage d’ailleurs à accompagner l’implication des pharmaciens. Un profil individuel de substitution sera remis régulièrement à chaque pharmacie par les délégués de l’Assurance maladie. « Le but est de les aider à suivre la progression des taux de délivrance réalisés par leur officine, en particulier pour les génériques qui ont un potentiel d’économies important », souligne Frédéric Van Roekeghem. Dans un climat dramatiquement tendu pour les comptes sociaux, on ne change pas une équipe qui gagne.
Laurent Gainza
Photo : Miguel Medina

2009 en 3 points
1/ Des économies en hausse
En 2009, l’économie obtenue pour l’Assurance maladie s’élève à plus de 1 milliard d’euros. Aux 105 millions d’euros d’économies supplémentaires générés par la substitution, s’ajoutent 90 millions liés aux baisses de prix des médicaments princeps dès lors que la molécule est génériquée, soit un total de 195 millions. La progression des économies reste donc soutenue en 2009 et équivalente à celles observées les années précédentes (environ 200 millions supplémentaires chaque année). Si, depuis 2006, les économies étaient en partie liées à la généralisation du dispositif tierspayant contre génériques, en 2009 elles ont été favorisées par l’extension du répertoire des génériques. Par ailleurs, les médicaments sous TFR sont à l’origine d’une économie supplémentaire de 155 millions d’euros.
2/ Une augmentation du marché des génériques
Depuis 2008, un nombre particulièrement important de molécules a été génériqué et intégré au répertoire conventionnel, comme le venlafaxine, le périndopril, le pantoprazole ou encore le fentanyl (vingt-sept molécules au total). Grâce à cet élargissement du répertoire, le marché du générique représente désormais 23,1% des boîtes remboursées à cette date. Sans cette extension, le répertoire représenterait moins de 21%.
3/ Une progression du taux de près de 7 points
En 2009, le taux de pénétration des génériques s’est maintenu à un niveau élevé, avec 82,5% de substitution sur les molécules génériques commercialisées depuis plus de dix huit mois (répertoire du 30 juin 2008). Il atteint près de 80% sur le répertoire du 31 décembre 2008. Dans le répertoire du 30 juin 2009, le taux de génériques devrait atteindre plus de 77% à la fin de l’année 2009. L’élargissement exceptionnel du répertoire des génériques en 2009 (17% de nouvelles molécules génériquées en 2009, contre 7% en 2008), explique que le taux atteint soit inférieur à celui que s’étaient fixé les partenaires conventionnels.

Image
Frédéric Van Roekeghem (ici au micro) et les représentants de l’officine ont négocié un nouvel objectif de substitution pour 2010.  

Les 18 molécules cibles pour 2010
(Compte tenu de leur spécificité et de leur potentiel économique, les molécules buprénorphine et fentanyl feront l’objet d’un suivi particulier).
MOLÉCULES / OBJECTIFS
Macrogol 4000 / 85%
Pantoprazole / 85%
Venlafaxine / 85%
Clopidogrel / 75%
Fluvastatine / 75%
Terbinafine / 75%
Valaciclovir* / 75%
Bétaméthasone / 65%
Bicalutamide / 65%
Bisoprolol / 65%
Bisoprolol hydrochlorothiazide / 65%
Borax + acide borique / 65%
Lercanidipine* / 65%
Losartan hydrochlorothiazide* / 65%
Losartan* / 65%
Périndopril / 65%
Périndopril indapamide / 65%
Tramadol / 65%
*Sous réserve de leur commercialisation en 2010