n°1216 Janvier 2010
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Actualité GRIPPE A 1 euro, qui dit moins ?
Un euro d’indemnité pour dispenser des kits anti-grippe ? « Une aumône », selon la FSPF, et un geste politique qui augure mal de la manière dont seront considérés les pharmaciens dans la définition de nouvelles missions. La Fédération en appelle « en urgence » à Roselyne Bachelot. 
Une aumône. Voilà comment les pharmaciens qualifient le montant qui leur a été discrétionnairement alloué pour la dispensation des antiviraux du stock de l’État dans le cadre de la pandémie de grippe A. Déterminée sans aucune concertation avec les pharmaciens, cette indemnité forfaitaire de 1 euro – alors que la marge commerciale réalisée sur une boîte de Tamiflu est de l’ordre de 5,60 euros – révulse les pharmaciens : « On a le sentiment d’être maltraités, de ne pas être reconnus à notre valeur, déplore Janie Constant, titulaire dans l’Indre-et-Loire. Cette décision suscite une grande inquiétude face à l’avenir si les nouvelles missions du pharmacien sont traitées de la même façon. » « Effectivement, renchérit Franck Basque, installé dans le Var, alors que l’on nous chante sur tous les tons les futures nouvelles missions du pharmacien dans la loi HPST, cette histoire nous ramène à la dure réalité des choses : les pouvoirs publics se foutent complètement de la pharmacie d’officine. »

« Soviétisation »

Cette colère prend sa source dans un arrêté publié le 4 décembre dernier, qui impose aux pharmaciens d’officine la délivrance exclusive, à compter du 21 décembre, sous la forme de kits ou de façon dissociée, de traitements antiviraux et de masques issus des stocks nationaux dont dispose l’État. En contrepartie de cette distribution, l’arrêté indique que les pharmaciens d’officine seront indemnisés par l’Établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (Eprus) à hauteur d’un euro hors taxe, que la délivrance porte sur les kits ou sur les traitements antiviraux ou les masques seuls. « Nous avons été consultés sur tout, sauf sur le montant !, déplore Philippe Besset, président de la commission Économie de la FSPF. Le cabinet de la ministre s’est vrai- semblablement basé sur la rémunération perçue par les pharmaciens pour la dispensation préventive des comprimés d’iode autour des centrales nucléaires telle qu’elle avait été définie il y a cinq ans, analyse l’élu. Seulement, la situation actuelle n’est en rien comparable. Nous n’avons jamais refusé que le réseau des officines soit mis à disposition dans les cas d’événements exceptionnels, et d’ailleurs nous délivrons gratuitement des masques depuis juillet dernier. Mais là, nous ne sommes pas dans ce cas de figure. » « Les pouvoirs publics se foutent complètement de la pharmacie d’officine. » Franck Basque, titulaire dans le Var  
Hélène Allix, titulaire dans les Yvelines, avoue son incompréhension : « Le Tamiflu ne se délivre que sur ordonnance et je ne suis pas sûre que les médecins le prescriront systématiquement. Soit on est en réelle pandémie et je me sentirais solidaire en accompagnant la prescription du médecin, soit on nous prend comme otage pour écouler un stock trop important et c’est inadmissible. » Installée dans la Nièvre, Sophie Pommier, partage ce scepticisme : « J’ai peut-être une vision atténuée de ce phénomène parce qu’ici les médecins ont trouvé une drôle de parade : ils sont en déni de grippe. Je vends de tout, des antibiotiques, de la cortisone, du paracétamol, des gouttes pour le nez, des sirops contre la toux, et seulement deux Tamiflu par semaine! » Pour elle, « ce coup du Tamiflu, c’est le début de la soviétisation! ». Un de ses confrères confie : « Ce que je trouve extraordinaire, c’est que jusqu’à cette décision, tout se passait comme si les officines n’existaient pas, et tout d’un coup, nous sommes mis à contribution pour sauver la France! »

Missive
La bronca soulevée par cet arrêté ne semble pas faiblir. Échauffée par les mauvaises surprises du PLFSS cuvée 2010, ne comprenant pas d’avoir été écartée de la vaccination prioritaire des professions de santé, la profession se cabre. Dans une lettre adressée le 14 décembre à la ministre de la Santé (lire ci-contre), le président de la FSPF en appelle à un relèvement immédiat de cette indemnité, qui devait en toute logique consister en une rémunération négociée : « Au-delà de cette dénaturation de concept, explique Philippe Gaertner, le montant arrêté est loin de compenser les contraintes liées à la dispensation des kits issus des stocks nationaux. » Mais s’il demande la révision de ce montant, il refuse l’hypothèse d’un blocage : « Consciente des responsabilités qui incombent à notre profession en matière de santé publique, la FSPF, organisation syndicale majoritaire, n’appellera pas à l’arrêt de la dispensation des antiviraux et des masques anti-projections individuels issus des stocks de l’État, quand bien même tout l’inciterait à le faire, à commencer par le souci de préserver une économie de l’officine en voie de dégradation. » Conscients de leur responsabilité, les pharmaciens n’entendent pas manier le chantage. En attendant, que faire de cette « aumône » ? Sur leur site Internet, les Pharmaciens en colère proposent de reverser cette indemnisation à un fonds de solidarité pour les officines en difficulté. Dans le Var, le syndicat a lancé une consultation vers l’ensemble des confrères du département pour leur proposer de reverser cette indemnité à l’Association française contre les myopathies. À une écrasante majorité, les Varois ont dit oui.
Laurent Gainza   
Photos : Miguel Medina

« Nos confrères sont choqués »
Voici les principaux extraits du courrier que le président de la FSPF Philippe Gaertner, a adressé le 14 décembre à la ministre de la Santé. […] Je me dois, Madame la Ministre, d’appeler votre attention sur les fortes réactions d’incompréhension et d’indignation [de] nos confrères. Notre fédération est en effet assaillie de nombreuses protestations de ses adhérents estimant que les responsabilités confiées aux pharmaciens d’officine dans le cadre de cette distribution, leur implication comme celle des équipes officinales en période de crise pandémique, ne sont pas reconnues à leur juste valeur. À ce sentiment de déni de leurs missions, s’ajoutent de vives critiques à l’encontre des organisations syndicales représentatives des pharmaciens d’officine auxquelles ils reprochent, à tort, d’avoir accepté ce qu’ils qualifient – et qu’il faut bien qualifier – d’aumône. Nos confrères sont en effet choqués de voir fixer la rémunération de l’acte de dispensation d’antiviral du stock de l’État à un montant inférieur de 80% à la marge résultant de la dispensation du même médicament issu du stock officinal. Comme vous avez pu le constater depuis l’été dernier, les pharmaciens d’officine ont contribué, avec volontarisme, à la lutte contre la grippe par la distribution gratuite des masques anti-projections individuels issus des stocks de l’État. […]

C’est ainsi que l’ensemble du dispositif de distribution des antiviraux et des masques a été défini dans le cadre de la convention arrêtée fin octobre et signée le 27 novembre dernier par les trois syndicats de pharmaciens d’officine et l’Eprus – exception faite du montant de la rémunération des pharmaciens. Si son principe est fixé par la convention précitée, l’Eprus n’a toutefois pas souhaité en négocier le montant, renvoyé à l’arrêté interministériel du 3 décembre dernier. Or, aux termes de cet arrêté, force est de constater que la notion d’indemnisation a remplacé celle de rémunération du pharmacien d’officine, contrairement aux termes de la convention conclue avec l’Eprus. Au-delà de cette dénaturation de concept, le montant arrêté est loin de compenser les contraintes liées à la dispensation des kits issus des stocks nationaux (gestion de stock séparée, responsabilité de la conservation de produits appartenant à l’État, absence de reprise du stock officine, etc.). Consciente des responsabilités qui incombent à notre profession en matière de santé publique, la FSPF, organisation syndicale majoritaire, n’appellera pas à l’arrêt de la dispensation des antiviraux et des masques anti-projections individuels issus des stocks de l’État, quand bien même tout l’inciterait à le faire, à commencer par le souci de préserver une économie de l’Officine en voie de dégradation. Alors que les articles 36 et 38 de la loi du 21 juillet 2009 portant réforme de l’hôpital et relative aux patients, à la santé et aux territoires ouvrent de nouvelles perspectives d’activités pour les pharmaciens d’officine, notre fédération nourrit les plus grandes inquiétudes quant à la rémunération qui leur sera reconnue si, dans le cadre de la pandémie grippale, la contrepartie de la distribution des masques et antiviraux n’est que d’un euro. Je suis convaincu que vous aurez à coeur, Madame la Ministre, d’accorder aux pharmaciens d’officine, par un relèvement du montant fixé par l’arrêté du 3 décembre dernier, la juste reconnaissance de leur rôle de professionnel de santé de premier recours. […]
Philippe Gaertner

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