n°1216
Janvier 2010
Santé
POLEMIQUE
Rififi sur l’influenzinum
Le sempiternel débat sur l’homéopathie versus allopathie renaît
en pleine pandémie grippale, sur fond de réglementation floue.
Pandemrix, Panenza, Celvapan, Focetria… Influenzinum 9 CH ? Entre vaccin homéopathique et vaccin pandémique, il y a évidemment plus qu’une différence sémantique. Au moment où la grippe A sévit, la commercialisation d’influenzinum « type A», préparation homéopathique des laboratoires Lehning, pose nécessairement quelques questions. Selon le labo, les doses sont préparées classiquement à partir des souches de virus présentes dans les vaccins pandémiques déjà sur le marché. Cet influenzinum cuvée 2009 a ensuite pu être rapidement mis sur le marché comme « un produit homéopathique unitaire sans enregistrement d’indications thérapeutiques », indique Lehning. À l’Afssaps, on assure Le sempiternel débat sur l’homéopathie versus allopathie renaît en pleine pandémie grippale, sur fond de réglementation floue. Rififi sur l’influenzinum que « le laboratoire Lehning possède un visa ancien, délivré en 1965, concernant plus de mille souches, dont la souche influenzinum, qui ne précise pas le vaccin antigrippal à partir duquel celle-ci est fabriquée. » Certains pharmaciens n’ont malheureusement pas hésité à franchir le pas de géant entre vaccin homéopathique et vaccin tout court (voir photo). Au grand dam des autorités de santé, qui précise qu’« aucun élément ne permet à une officine de transmettre une information sur un vaccin homéopathique ». En période pandémique, ça fait tâche.
Concurrence
Sans parler du fait que Lehning, un peu pressé de mettre son médicament sur le marché, a grillé quelques étapes : l’influenzinum type A distribué par le laboratoire n’avait pas, au moment de sa commercialisation, le visa délivré normalement par l’Afssaps. Considérant le marché potentiel, l’empressement s’explique, d’autant que Boiron, ultramajoritaire sur l’homéopathie, ne produit pas pour l’instant en grande série cet influenzinum nouvelle génération. Le visa serait « inutile pour les produits homéopathiques unitaires sans indications thérapeutiques », maintient Lehning. Ce n’est pas l’avis de l’Agence qui a diligenté une enquête sur ces pratiques. Le Code de la santé publique ne prévoit pas qu’un laboratoire puisse changer la dénomination ni la composition d’un de ses produits sans que les autorités donnent leur aval, même si la réglementation en termes d’homéopathie est beaucoup plus lâche qu’en allopathie, puisqu’elle ne prévoit que des contrôles de qualité et d’homogénéité des lots. Qu’on se rassure, avec un peu de pédagogie, la santé publique ne s’en portera pas plus mal.
Laurent Simon
Photo : Miguel Medina 
La commercialisation de l’influenzinum type A ne doit pas prêter à confusion !
L’Oscillo, cet inconnu
La star des médicaments homéopathiques, c’est lui : l’Oscillococcinum. Il est encore aujourd’hui le premier médicament OTC vendu en France – en unité – devant le Donormyl et le Fervex. L’« Oscillo » est pourtant un vieux bonhomme à l’histoire…étonnante. Qui sait aujourd’hui que la préparation est une dilution à 200 K – korsakovienne donc (voir fiche conseil ci-contre) – de foie et de coeur de canard de Barbarie ? Pour comprendre, il faut remonter au début du XXe siècle : Joseph Roy est alors médecin militaire pendant la Première guerre mondiale. Confronté à la grippe espagnole, il croit voir au microscope optique, dans des extraits de sang de ses malades, un mystérieux organisme qu’il baptise oscillocoque, à cause de ses mouvements vibratoires. Il l’estime responsable, outre de la grippe, de nombreuses maladies comme les cancers ou la syphilis. Joseph Roy fut et reste le seul être humain à avoir jamais observé d’oscillocoque mais décide tout de même de le cultiver sur des foies de canard et de procéder à des essais cliniques de son cru…La « souche » est ensuite remise à l’ancêtre des laboratoires Boiron : sa carrière commerciale peut alors commencer. Cette dilution à 10- 400 de foie et de coeur de canard a beau ne pas respecter les canons de la médecine homéopathique, peu importe : quatre-vingts ans après, l’Oscillococcinum se porte toujours aussi bien.