n°1216 Janvier 2010
Retour|Imprimer| envoyer à un ami
Actualité TRIBUNE L’officine dans les nuages
Albin Dumas, responsable de la commission informatique de la FSPF, vous met en garde contre la perte de liberté du choix de votre fournisseur d’accès. Une dérive qui en évoque une autre : celle du « cloud computing » (informatique dans les nuages).
Les réseaux télématiques couvrent désormais la totalité des centres-villes et villages avec une qualité de service et un niveau de débit que l’on peut qualifier d’excellents, surtout si l’on se souvient de leur capacité encore au début de ce siècle. Sur cette trame solide, l’Internet élargit sans cesse la palette des ses usages et le nombre de ses utilisateurs. Notre secteur pharmaceutique bénéficie de cette évolution et voit ses méthodes de travail accélérées par cet outil protéiforme. Tous les échanges de l’officine en dépendent aujourd’hui.

Ainsi, la transmission des factures vers les caisses d’Assurance maladie : ce fut la première application de la télématique en officine, elle est aujourd’hui particulièrement simple et rapide, surtout avec le recours d’un concentrateur. De même la consultation des catalogues fournisseurs : obtenir, sur l’instant, les caractéristiques, le prix et la disponibilité d’un produit est magique pour qui n’a longtemps disposé que du téléphone et d’un microfilm. Même les mises à jour du logiciel de comptoir et celles des bases de données scientifiques sont maintenant concernées. Enfin, n’oublions pas dans cette énumération des principaux services apportés par l’Internet, le relevé des statistiques économiques, dont Pharmastat constitue le meilleur exemple.

Mais la qualité atteinte par les liaisons internet suscite également l’intérêt des assurances sociales. Ces dernières trouveraient quelques facilités à imposer une vérification des droits d’assurés sur leur serveur lors de toute prestation. Face à cette demande, la FSPF oppose que, pour le pharmacien, rien ne vaut la garantie de paiement sur présentation d’une carte d’assuré. D’autant que, vu les délais administratifs, un volant non négligeable d’assurés n’est jamais correctement enregistré sur les serveurs. Donc pas de précipitation pour adopter un système « en ligne » avec l’Assurance maladie.

« Il convient de garder la liberté de son fournisseur d’accès. »

Puisque la connexion internet est une porte ouverte sur un monde agité et pas toujours bien intentionné, soulignons, au passage, que la sécurité d’un système informatique dépend en première instance de l’utilisateur et pas de son fournisseur d’accès internet. Quelles que soient les prétentions de ce dernier, il est indispensable d’utiliser un pare-feu à l’entrée du système pour garantir sa sécurité vis-à-vis de l’extérieur et garder le contrôle des sites visités. Cet équipement et cette configuration sont simples et efficaces, ils peuvent être aussi très peu onéreux.

En revanche, aucune exigence technique, ni de sécurité, ne peut justifier l’obligation d’opter pour un fournisseur d’accès internet spécifique en rapport avec le logiciel de comptoir. La tentative d’imposer cette obligation doit être un signal d’alerte et doit faire comprendre au pharmacien qu’il y a là une très claire intention d’orienter le choix de ses fournisseurs, prestataires et autres partenaires et, pourquoi pas, son exercice professionnel.

Il faut également avoir conscience que la perte de la liberté de choisir son fournisseur d’accès porte en germe un modèle encore plus contraignant pour le pharmacien : celui de l’informatique délocalisée ou « cloud computing ». Dans un tel système, les applications logicielles ne se trouvent plus sur la machine locale mais directement sur les serveurs distants : ce modèle ne présente aucun intérêt pour l’utilisateur, qui doit envoyer ses informations, en plus d’appeler les données qui lui sont nécessaires, alors qu’il dispose in situ de capacités de stockage et de calcul. Le « cloud computing » se prête mal à la confidentialité nécessaire aux données de santé et à nos impératifs légaux, mais il se prête sans difficulté à la gestion des stocks et des commandes. Le risque de perte d’indépendance devient ici particulièrement manifeste. Les échanges par Internet sont donc, comme l’informatique officinale, un enjeu pour l’exercice professionnel et pour l’indépendance du pharmacien, gage de son statut de professionnel de santé libéral. C’est pourquoi il convient de garder la liberté de son fournisseur d’accès et de ne pas se précipiter sur toute solution délocalisée proposée à notre profession, même si la technique paraît mûre. Au contraire, il convient, de mener d’abord une réflexion collective dans un esprit syndical.   
Albin Dumas
Photo : Miguel Medina
Image