n°1182
juillet-aout 2006
Santé
Cancérologie
Quelle contribution officinale ?
Alors que 150 000 personnes meurent chaque année d’un cancer, quel rôle le pharmacien d’officine peut-il jouer dans la prévention et le dépistage ?
«Nous pensons que le bon succès à terme du Plan cancer passe indiscutablement par son appropriation par d’autres que les cancérologues de ‘race pure’. » Ce constat du Pr Roland Bugat, directeur du département “Enseignement, formation, éducation” à l’Institut national du cancer (Inca) en dit long sur l’opportunité que représente ce Plan pour les officinaux. De fait, « la cancérologie devient de plus en plus présente dans le quotidien de nos officines », a souligné Philippe Gaertner à l’occasion de la table ronde organisée par l’Utip sur le thème « Prévention et dépistage précoce des cancers : l’apport officinal », lors du Congrès national des pharmaciens. Si le pharmacien a longtemps été cantonné à l’accompagnement de fin de vie et à la prise en charge de la douleur, il est progressivement intervenu dans les traitements adjuvants des traitements anticancéreux avec l’arrivée il y a un an à l’officine des EPO, du Glivec, du Xeloda et, depuis le 29 mai, de la Navelbine. Reste à envisager son rôle dans le dépistage et la prévention du cancer ainsi que dans la mise à disposition des chimiothérapies orales ou injectables. « Dans certaines communes, c’est souvent le pharmacien qui reste le relais de santé, premier acteur en matière de prévention et de dépistage, rappelle Marianne Perreau-Saussine, directrice adjointe du département “Prévention, dépistage” de l’Inca. On peut imaginer que des pharmaciens de ville puissent participer à certains groupes de travail que nous allons mettre en place sur les programmes de dépistage. On peut également envisager que les pharmaciens participent à nos réflexions sur la manière de toucher certaines populations cibles (...) qui, traditionnellement, ont du mal à être touchées. »
Chimiothérapie à domicile
Côté circuit de distribution, les pharmaciens d’officine sont « clairement l’interface hôpital/ville puisqu’on a une prescription et une préparation qui vont être hospitalières dans un premier temps avec la nécessité d’organiser le transport de cette préparation jusqu’à l’officine », Dans certaines communes, c'est souvent le pharmacien qui sert de relais de santé explique Sylvie Burnel, pharmacienne chargée de mission en chimiothérapie à domicile à l’Inca. L’Inca est aujourd’hui en train de réaliser un état des lieux sur les formations proposées pour les pharmaciens, tant par les universités que par l’industrie pharmaceutique ou les organismes spécialisés comme l’Utip. » A partir de là sera élaboré un plan d’action pour favoriser la diffusion et l’accès à ces formations pour tous les professionnels intéressés.
Si les pharmaciens d’officine réceptionnent et vérifient les préparations d’anticancéreux ainsi que les médicaments associés, une réflexion est en cours concernant la possibilité pour eux de livrer les traitements chez certains patients qui ne pourraient pas se déplacer. « La partie transport est le maillon faible du dispositif car ce sont des préparations pas toujours très stables », reconnaît Sylvie Burnel. Dans le cadre d’une convention type, reste donc à définir quels sont les transporteurs possibles et dans quelles conditions ce transport pourrait être effectué. « C’est l’établissement ou la PUI qui va choisir le transport (...). Ce peut être un grossiste répartiteur, un transporteur spécialisé, un dépositaire pharmaceutique, voire un prestataire de service assurant la mise à disposition du matériel médicochirurgical ». Que les pharmaciens se rassurent : l’élimination des déchets revient au producteur de déchets réalisant l’administration – l’infirmière libérale, en l’occurrence.
Fanny Rey
Photo Miguel Medina
En photo : Marianne Perreau-Saussine, directrice adjointe du département “Prévention, dépistage” de l’Institut National du cancer