n°1182 juillet-aout 2006
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Actualité Economie L'été sera chaud
Elections, PLFSS… 2007 est dans toutes les têtes. Au moment de relever les compteurs des économies, l’Accord générique jouera pour beaucoup dans la tranquillité des pharmaciens. Mais ce ne sera pas si facile que prévu : Jean-Marc Yzerman, conseiller économique de la Fédération, fait le point.
Le pharmacien de France : Pour la première fois depuis la signature de l’accord générique en janvier 2006, le taux de pénétration stagne pour le mois de mai dernier (voir tableau p. 16). Quelles raisons peut-on avancer ?

Jean-Marc Yzerman : L’explication n’est pas évidente à donner. On a constaté une stagnation du taux de pénétration des génériques, à Répertoire constant. Une explication pourrait résider dans le fait qu’on n’est plus en période de pathologies aiguës, il devient donc plus difficile de substituer. En gros, il ne reste que les traitements chroniques à convertir en génériques, et cela peut contribuer à faire stagner les taux. Traditionnellement, la substitution est plus « facile » et plus importante en hiver qu’en été. Le plus inquiétant dans cette situation est qu’au mois de juin, l’assiette du Répertoire va changer.

Ce changement de base de calcul aura-t-il des répercussions sur les taux de substitution ?

Les taux de pénétration baisseront mécaniquement de trois à quatre points
Oui, c’est sûr. Les taux de pénétration baisseront mécaniquement de trois à quatre points. J’attire donc l’attention des pharmaciens sur le fait que l’effort de substitution doit être constant. Les départements proches de leur objectif ou même ceux qui l’ont déjà atteint (voir tableau ci-contre) vont mathématiquement se retrouver en dessous, au moins pour un temps.

L’été sera également marqué par la sortie d’une molécule importante en termes de chiffre d’affaire et d’économies : la pravastatine. Tout comme le printemps l’a été par la sortie des premiers génériques de la buprénorphine et son inscription au tableau des stupéfiants…


De manière générale, les pharmaciens amènent les grosses molécules à 50 % ou 60 % de substitution en trois ou quatre mois. On l’a bien vu pour l’oméprazole. L’objectif pour la pravastatine, dont la sortie est prévue pour le mois d’août, est de porter les taux de substitution à 70 % avant fin décembre, échéance de notre accord générique avec l’Assurance maladie. C’est pour cela que j’insiste encore une fois : l’effort de substitution doit être continu, il ne faut rien lâcher. Concernant la buprénorphine, c’est particulier : suite à la demande de la profession la Cnam va mettre en place un suivi individualisé de la substitution de cette molécule, qui a un poids économique très important, en particulier chez ceux qui se sont investis dans la prise en charge de la toxicomanie. C’est une substitution « spéciale », délicate, et nous ne voulons pénaliser personne.

Les chiffres de la Cnam mettent en avant des différences importantes dans les taux de substitution entre différents régimes : la Canam (Caisse des professions indépendantes), la MSA (son homologue pour le monde agricole et rural) et le régime général. Les performances de la première (56,3 %) se situent bien en deçà de ses deux consœurs, respectivement à 71,9 % et 67 % au niveau national pour le mois d’avril 2006. Y a-t-il une explication rationnelle ?

Il s’agit certainement d’une différence entre les rapports patients / pharmaciens pour les trois caisses. Les patients affiliés à la MSA, d’origine rurale, sont plus sédentaires et connaissent mieux leur pharmacien. Ils lui font plus confiance et il a du coup plus d’emprise pour substituer. Dans les grandes villes, le problème est inverse, les patients sont nomades, plus « infidèles ». Ca se traduit bien dans les chiffres de substitution sur les grosses agglomérations, comme les Bouches-du-Rhône, la région lyonnaise ou même Paris. Quant aux résultats de substitution pour la Canam, inférieurs à ceux de la MSA et du régime général, on peut peut-être l’attribuer à l’esprit frondeur et indépendant des professions que cette caisse a à gérer ! Il y aurait également une raison plus pragmatique : parmi ceux qui étaient réticents aux génériques, la Canam n’a relancé que les patients en ALD. Alors que la MSA et le régime général ont motivé leurs assurés de manière plus large. La Canam nous a dit qu’elle corrigerait le tir, attendons pour en voir les effets.

Avec le PLFSS 2007 qui se prépare, de nombreuses professions témoignent de leur inquiétude, en particulier l’industrie pharmaceutique. Est-ce qu’il provoquera les mêmes remous que celui de l’année dernière ?

On ne peut plus demander à l’officine de toucher à ses marges
Les pharmaciens ont toujours accompagné les réformes du mieux qu’ils pouvaient. La profession a déjà donné beaucoup pour le PLFSS 2006 : la Fédération n’acceptera plus qu’on touche à l’officine l’année prochaine. Il ne faut pas oublier que, question marges, on est revenu deux ans en arrière. Nous serons également vigilant sur les baisses de prix des médicaments, qui nous touchent toujours indirectement. Des rumeurs ont couru, disant que l’abandon du TFR généralisé par le ministre était responsable du léger dépassement des dépenses sur le médicament, signalé récemment par le comité d’alerte. C’est tout simplement faux : les économies attendues grâce au TFR ont été substituées par des baisses de prix sur les médicaments et les accords de développement du générique. Il faut maintenant convaincre les malades de consommer les soins de manière citoyenne et inciter les médecins à ne pas prescrire systématiquement la dernière nouveauté sortie sur le marché. Ce qui est sûr, c’est qu’on ne peut plus demander à l’officine de toucher à ses marges.

Pour terminer sur les génériques, l’attention des pharmaciens a récemment été attirée sur la démarche des répartiteurs consistant à vendre des génériques en abandonnant leur marge. La DGCCRF tique… Les officinaux sont ils dans l’illégalité ?


Prenons les choses depuis le début. Le prix public affiché sur toutes les vignettes de médicaments est un prix théorique maximum, il faut le rappeler. Si le grossiste abandonne sa marge au profit du pharmacien, est-ce que le pharmacien se retrouve dans l’illégalité en vendant le médicament au prix vignette ? Dur à dire, le système est fait de telle façon que seuls les tribunaux pourraient trancher. Mais la morale de cette histoire est étrange : on dirait que certains sont en train d’essayer d’abolir le prix unique des médicaments remboursables, au moment même où nous nous battons pour obtenir un prix contrôlé sur les médicaments non remboursables ou un système de marges encadrées pour les produits de LPP. On marche sur la tête !  

Propos recueillis par Laurent Simon
Photo Miguel Medina
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