n°1182 juillet-aout 2006
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Santé MAD Le péril vieux
Les patients chevrotent et le MAD balbutie. En matière de prise en charge du vieillissement, beaucoup reste à inventer.
Les chiffres le crient, la France va bientôt ployer sous le nombre de ses aînés. Tous les intervenants au Congrès national des pharmaciens, à Albi, y sont allés de leur statistique alarmiste. Quelle réponse donner ? Le premier réflexe serait d’écouter les souhaits des premiers concernés : « 70 % des Français veulent mourir chez eux », rappelle Michel Combier, président de l’Unof (Union nationale des omnipraticiens). Ajouter à cela que « dans les années 70, l’entrée en institution se faisait à 70 ans. Aujourd’hui, c’est à 80 ans », précise Jean- Jacques Amyot, philosophe et psychosociologue. De nombreux concepts se sont développé autour de cette « idée » du vieillissement, et deux d’entre eux concernent plus directement le pharmacie : le maintien à domicile et l’hospitalisation à domicile. Si « l’HAD est légalement organisée par la loi hospitalière de 1991 (...) le MAD garde des contours flous », rappelle Albin Dumas, trésorier de l’Association de pharmacie rurale.

Où sont les pharmaciens ?

Dans ce schéma, la place de l’officinal est... entre deux chaises, tout au mieux. D’autant qu’une écrasante proportion – 80 % selon l’Inserm – de l’accompagnement du vieillissement est encore assumée par la famille et les proches, autrement appelés les « aidants naturels ». Il ne suffira pas de multiplier les services aux personnes âgées pour pouvoir leur rendre service « Il faut remarquer que dans l’HAD, le pharmacien, s’il est sollicité, fournit tout au plus les médicaments », rappelle Albin Dumas. C’est un pourvoyeur d’aides techniques parmi les autres, un prestataire. J’aventure un chiffre : il ferait 30 % du marché global, à mettre en rapport avec sa position sur la LPP, les accessoires, où il ferait 45 %. » Oxygénothérapie, nutrition... le pharmacien doit mettre en avant son expertise dans ces spécialités. Sinon ? « S’il n’est pas au cœur du système, le pharmacien en sera exclu », assène Yves Trouillet, président de l’APR. Alors que 12 % des personnes de plus de 65 ans ne peuvent plus « sortir sans aide », l’implication de beaucoup de professionnels tient encore à la bonne volonté de chacun, faute de financement et de cadre législatif clair. Le fond d’aide à la qualité des soins de ville est par exemple en « train de retirer sa compétence au niveau des réseaux, qu’ils soient nationaux ou départementaux », note Pierre Leportier, président de la FSPF. Cette charge sera reportée sur la DNDR (Dotation nationale de développement des réseaux) et les DRDR, leurs pendants régionaux.

Affaire de motivation

« Pour autant, je ne crois pas que tout sera réglé par les réseaux (...) il va falloir au plan local (...) créer en ville ce qui a existé de tout temps à l’hôpital : le staff de soins primaires, c’est-à-dire des professionnels de santé choisis par les malades, qui dialoguent, discutent entre eux et organisent les soins autour du patient », analyse le président de la Fédération. Mais certains exemples récents, comme l’expérimentation de la MSA sur le portage à domicile des médicaments par les pharmaciens, rendent compte des difficultés qu’éprouvent les professionnels à mutualiser leurs compétences. « Des médecins réservés, une administration plus que réticente, des patients parfois surpris, mais – heureusement – des pharmaciens motivés, ce qui fait que l’expérience va être poursuivie dans les mois qui viennent », relève Albin Dumas. Quelle attitude adopter ? Peut-être l’initiative de Jean-Paul Sudries est-elle la voie à suivre : lui et soixante-dix pharmacies de son département, le Tarn, ont fondé Médical Service 81, une société de matériel médical. Les avantages sont multiples selon lui : qualité et uniformité du service, un numéro de téléphone commun, un service après vente... Et en plus, cela « resserre les liens entre pharmaciens », estime l’officinal tarnais. Revers de la médaille, « nous sommes parfois appelés à 22 heures ou un dimanche matin pour dépanner une sonde bouchée et il faut intervenir rapidement ». Dur d’être un précurseur.

Laurent Simon
Photo Miguel Medina
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Jean-Jacques Amyot