Pour mieux informer le public sur la prévention des maladies de la vue, le Syndicat national des ophtalmologistes de France lance une campagne de sensibilisation relayée par le Cespharm*.
Pour mieux informer le public sur la prévention des maladies de la vue, le Syndicat national des ophtalmologistes de France lance une campagne de sensibilisation relayée par le Cespharm*.
Avant 50 ans, la rétinopathie diabétique est la première cause de cécité en France. Après, c’est la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) qui est principalement à l’origine de la baisse de l’acuité visuelle. Le glaucome, qui touche près de deux millions de personnes, représente quant à lui le deuxième motif de cécité chez l’adulte. Alors qu’une prise en charge précoce de ces maladies permet d’en améliorer le pronostic, plus de la moitié ne sont pas dépistées à temps.
La DMLA est une maladie du vieillissement qui atteint la partie centrale de la rétine. Pendant des années, la maladie ne donne aucun symptôme. Diminution de l’acuité visuelle, sensation d’une tache devant l’œil, lignes droites qui apparaissent déformées : autant de signes qui doivent amener à consulter rapidement un ophtalmologiste. Pour dépister la DMLA, un examen du fond d’œil doit être systématiquement pratiqué après 50 ans. Le traitement laser, l’utilisation de molécules spécifiques ou la prise de vitamines antioxydantes ou d’autres nutriments permettent de freiner l’évolution de la maladie. Enfin, la rééducation visuelle est utilisée afin d’utiliser au mieux les capacités visuelles restantes.
Lente dégradation
L’évolution du glaucome étant généralement très lente et les zones valides de l’oeil compensant pendant un certain temps la dégradation du nerf optique, aucun signe ne permet de s’en rendre compte avant l’atteinte de la vision centrale. Seul un examen pratiqué chez le spécialiste permet de révéler sa présence afin de le traiter sans tarder. Pour un dépistage précoce, il est nécessaire de consulter régulièrement un ophtalmologiste après 45 ans, et même avant en cas de facteurs de risque (antécédents familiaux, pression trop élevée dans l’oeil, forte myopie, certaines hypermétropies importantes, maladie migraineuse, syndrome de Raynaud, diabète...). Les collyres destinés à abaisser la pression intraoculaire constituent le premier traitement. Si ce traitement s’avère insuffisant, si le champ visuel continue de se dégrader, le laser ou la chirurgie peut être proposé. Avec ces différents traitements, on arrive à stabiliser le glaucome et à maintenir une acuité visuelle correcte pendant de très longues années.
Vaisseaux lésés
Maladie des vaisseaux rétiniens, la rétinopathie diabétique est l’une des principales complications du diabète. Le diabète de type 1 et 2 et l’hyperglycémie sont en effet susceptibles d’abîmer les petits vaisseaux sanguins qui transportent le sang vers la rétine, ce qui peut entraîner une grave détérioration de la vue et, parfois, la cécité. Le plus souvent, les symptômes de la rétinopathie n’apparaissent que tardivement, à un stade avancé de la maladie. En règle générale, ce n’est qu’après dix ans de diabète que l’on constate une baisse de la vision, d’où l’importance d’une surveillance régulière des yeux lorsqu’on est diabétique. Ce dépistage permet d’apporter un traitement précoce (rééquilibrage de la tension artérielle et de la glycémie, intervention au laser) afin de réduire les risques de perte grave de la vue. Il est cependant possible de retarder la survenue de la rétinopathie grâce à l’équilibration optimale du diabète et de la tension artérielle.
Claire Grevot
Photo Miguel Medina
* Affiches et brochures disponibles auprès du Cespharm, 17 rue Margueritte, 75017 Paris - Fax : 01 56 21 35 09
Des signes à prendre au sérieux
Mouches volantes, éclairs lumineux, voile noir : ce sont les signes du décollement de rétine, qui peuvent être causés par un traumatisme du globe oculaire ou une forte myopie. Le traitement, chirurgical, consiste à fermer et cicatriser la déchirure pour qu’elle ne se rouvre pas. La chirurgie de la rétine étant compliquée et délicate, mieux vaut donc prévenir le décollement par un contrôle régulier de la périphérie rétinienne. Si une lésion rétinienne susceptible d’entraîner une déchirure est découverte, il est possible de traiter préventivement par photocoagulation au laser. Non traité, le décollement de rétine est responsable d’une amputation du champ visuel et d’une baisse de la vision centrale.
INTERVIEW
« Des efforts à faire dans la prévention et le dépistage »
Trois questions au docteur Jean-Luc Seegmuller, président du Syndicat national des ophtalmologistes de France (Snof).
Pourquoi avoir choisi les pharmaciens comme principal relais de la campagne de sensibilisation sur les maladies de la vue ?
Tout d’abord, il est de notre responsabilité de nous préoccuper des problèmes de santé publique dont font partie certaines maladies de la vue. Et ce d’autant plus qu’il n’existe pas, au niveau national, de véritable politique de prévention. Cependant, pour assurer notre mission, nous devons pallier les conséquences de la pénurie d’ophtalmologistes qui se traduit par de croissantes difficultés d’accès aux consultations. Les pharmaciens d’officine constituant une profession très accessible, ayant des préoccupations de santé publique, le sens des responsabilités et dotée d’une formation de qualité, leur implication à nos côtés dans cette campagne nous est apparue évidente. La profession pharmaceutique est en effet complémentaire de la nôtre : d’un côté, nos prescriptions aboutissent dans les officines, de l’autre, les pharmaciens ont déjà l’habitude d’orienter leurs clients vers un ophtalmologiste. En passant par leur intermédiaire, les patients peuvent accéder plus facilement à une consultation.
Qu’attendez-vous plus précisément des pharmaciens et quelles sont les personnes particulièrement ciblées par cette campagne ?
Nous attendons notamment des pharmaciens qu’ils incitent les personnes qui ne vont jamais consulter, mais qui en ont besoin, à faire la démarche d’aller voir un ophtalmologiste. C’est le cas des sujets à risque de glaucome, des diabétiques et des personnes âgées d’une manière générale – indécises, résignées, un grand nombre d’entre elles s’accommodent souvent de leur déficience visuelle. Il faut savoir que près d’un million d’individus atteints de glaucome ne sont pas traités et qu’un tiers des diabétiques ne se font pas suivre de façon satisfaisante. Par ailleurs, près d’un quart des détenteurs du permis de conduire sont inaptes à la conduite du fait de leur déficience visuelle ! Il y a donc des efforts considérables à faire en termes de prévention et de dépistage des maladies de la vue. A noter qu’une étude de l’Inserm a pointé également une insuffisance de dépistage des troubles visuels chez les enfants.
Dans quelles autres occasions le pharmacien doit-il exercer son rôle de conseiller ?
Les occasions de délivrer des conseils de prévention sont multiples. Lorsqu’une personne se présente à l’officine pour un problème à l’œil, le pharmacien doit pouvoir déceler les signes de gravité, qui sont du domaine de l’urgence. Première question à poser au patient : est-ce que votre vue a changé ? Un œil rouge et douloureux avec baisse de l’acuité visuelle, des petites mouches qui se promènent devant le regard, un éclair lumineux sont autant de signes d’alerte qui justifient une consultation rapide pour éviter des conséquences irrémédiables pour la vue. Dans les cas où la vue n’est pas impliquée, le pharmacien pourra délivrer, pour un œil rouge par exemple, un collyre antiseptique (à éviter absolument : les collyres antibiotiques ou aux corticoïdes !). Quant à la vente de lunettes loupes, rappelons que ces dernières ne doivent être utilisées qu’à titre de dépannage. Il est du rôle du pharmacien d’expliquer au patient qu’un bilan ophtalmologique est indispensable.