n°1192 juillet-aout 2007
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Actualité Edito Les oublis du plan d’urgence
A peine nommés, nos ministres de tutelle sont confrontés à une tâche ingrate : remettre sur les rails, autant que faire se peut, des comptes sociaux à la dérive. En la matière, nous avons le triste privilège d’avoir eu raison trop tôt. Dès l’automne dernier, nous avions dénoncé des objectifs de dépenses irréalistes, et prévenu le gouvernement et le législateur, avec l’aide des présidents départementaux, du caractère proprement chimérique des chiffres de progression imposés aux acteurs libéraux. Nos efforts, lors de la discussion du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2007, nous avaient permis d’arracher une concession malheureusement insuffisante, en passant de 0,8 % de progression de soins de ville à 1,1 %. Dès lors, il ne fallait pas être grand clerc pour prédire que ce chiffre serait immanquablement condamné à être dépassé, provoquant dès juin une procédure d’alerte. Conformément à nos prévisions, le gouvernement est aujourd’hui tenu, à la hâte, de renflouer par tous moyens les caisses de l’Assurance maladie. La pharmacie d’officine, qui a déjà très lourdement contribué aux économies de santé, n’a rien à se reprocher : sur les cinq premiers mois de l’année, notre chiffre d’affaires sur le médicament remboursable n’a augmenté que de 0,8 %, en deçà de l’objectif des soins de ville. Pourquoi, dans ce cas, les dépenses de médicaments caracolent-elles aux alentours de 4 % ? Tout simplement parce que le taux moyen de remboursement de l’Assurance maladie a décollé sous l’effet de l’augmentation du nombre des ALD et des transferts de prescription des spécialités à vignette bleue vers des médicaments pris en charge à 65 %, et ce pour le plus grand bénéfice des assurances complémentaires. Dès lors, on ne peut que s’étonner que le gouvernement, tout en affichant sa volonté de faire porter l’effort financier de manière équilibrée sur l’ensemble des acteurs du système, ait négligé de faire participer les complémentaires. Les mesures qui touchent l'officine nous laissent sceptiques*. D'aucuns diront que nous avons évité le pire. Nous disons quant à nous que c'est déjà beaucoup trop. À une époque où le concept d'effort partagé ne faisait pas encore partie du langage ministériel, notre profession a grandement sacrifié aux économies de santé. Il est clair aujourd'hui qu'elle ne peut plus être mise à contribution. Les baisses de prix décidées sur les produits onéreux risquent de nous coûter 35 millions d'euros ; quant aux TFR sur les groupes génériques faiblement substitués, ils ne seront admissibles que s'ils s'appliquent conformément à l'esprit de nos accords antérieurs ; enfin, la généralisation annoncée du principe « tiers payant contre générique » est une mesure brutale et sans nuance que nous récusons dans la mesure où elle sanctionne les pharmaciens les plus investis. Au-delà des mesures de replâtrage de ce mois de juillet, l’annonce du prochain PLFSS nous mobilise particulièrement. Il est capital de ne pas répéter les erreurs du passé, et de fixer enfin un Ondam réaliste, qui prenne en compte les innovations thérapeutiques et l’évolution des besoins en termes de soins de ville. Un objectif qui passera par un rééquilibrage entre les recettes et les dépenses. Notre congrès national, les 13 et 14 octobre à Saint-Malo, interviendra à un moment clé de la discussion de ce PLFSS : il est donc capital qu’un maximum d’entre vous réponde à ce grand rendez-vous, et vienne débattre avec nous et avec les décideurs politiques présents de notre avenir professionnel.

Pierre Leportier
Président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France
Photo Miguel Medina
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