n°1192
juillet-aout 2007
Actualité
Enquête
La pharmacie, un hub social
Une enquête nationale permet enfin de chiffrer précisément l’apport du réseau officinal dans la société française.
Un petit service par ci, un petit service par là. Une bonne partie du travail des officinaux est souterraine. Comment le chiffrer ? L’étude Cognito, qui a été réalisée par la société Celtipharm auprès de l’ensemble des pharmacies françaises et qui, à ce jour a recueilli plus de 13 000 réponses, apporte des éléments précis. Il s’agit d’une enquête statistique grandeur nature, dont le questionnaire a été établi en lien avec les représentants de la profession. Le résultat est non seulement instructif mais aussi révélateur du rôle « caché » du réseau officinal, en dehors de ses fonctions traditionnelles de délivrance et d’accompagnement thérapeutique. Quelques chiffres ressortent : 3,6 millions de personnes fréquentent quotidiennement les pharmacies françaises, mais sait-on que 300 000 patients viennent pour un acte gratuit et ressortent sans acheter de médicaments ? Soit plus de 12 personnes par jour et par pharmacie. Ce même réseau reçoit 63 millions d’appels téléphoniques par jour, ce qui équivaut à un call-center de 4 000 personnes. L’étude montre également que chaque titulaire d’officine donne une heure de son temps gratuitement à la collectivité, si l’on additionne le temps d’écoute au comptoir, le temps passé au téléphone et enfin l’assistance administrative des patients.
Un réseau efficient
On l’aura compris, pour Celtipharm le raisonnement est donc bien de considérer que le pharmacien est intégré dans un réseau et de ne pas le considérer comme un professionnel isolé. A ce titre l’efficacité du réseau peut se définir comme : une capacité d’accueil gratuite de 3 400 personnes ou l’équivalent de 2 400 secrétaires médicales ou encore une capacité correspondant à dix fois les urgences. Celtipharm a analysé le rôle social du pharmacien qu’il voit s’organiser dans quatre domaines : orienteur, acteur de soins, fournisseur de soins à la personne essentiellement d’ordre administratif, confident et soutien de famille et enfin vecteur de prévention. Enfin, les statisticiens ont réussi à modéliser la valeur du réseau par des calculs mathématiques. Les conclusions des travaux présentés dans Cognito ont ainsi établi que si le nombre d’officines diminue de 10 %, la valeur du réseau perd 30 % de son efficacité. Nul doute que ces données sont essentielles quand on connaît la popularité des pharmaciens auprès du public. Cette estimation bat en brèche l’opinion de ceux qui considèrent qu’il y a 3 000 officines en trop dans le paysage pharmaceutique. Reste aux pouvoirs publics à lui apporter l’oxygène nécessaire à sa survie, dans l’intérêt de tous.
Philippe Berthelot
Photo Miguel Medina