n°1192 juillet-aout 2007
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Pratique Informatique DP : les logiciels en piste
Chaque pharmacien alimentera bientôt le dossier pharmaceutique, volet médicament du futur dossier médical personnel. Quels changements pour l’informatique officinale ?  
En mettant en place le dossier pharmaceutique (DP), le Conseil de l’Ordre souhaite améliorer la qualité des soins pharmaceutiques et la prévention des risques sanitaires. Ceci grâce à la centralisation des informations concernant les patients et la communication établie entre toutes les pharmacies. A terme, le DP – ensemble de documents décrivant les dispensations effectuées, sur la base ou non d’une ordonnance – vise à alimenter le volet pharmaceutique du DMP et à interagir avec lui. Techniquement, quel est le principe de fonctionnement de ce système partagé ? La création et la consultation du DP devant s’effectuer par l’intermédiaire des logiciels de gestion, comment ceux-ci intègrent- ils l’accès au DP ? Cela implique-t-il, pour le pharmacien et son équipe, des tâches supplémentaires au niveau du poste informatique ? Le point sur ces questions, avec les commentaires et les explications de quelques éditeurs...

Partage de données


Le dossier pharmaceutique est alimenté à partir de données de santé issues de l’ensemble des officines françaises. Ces données sur les dispensations sont centralisées par un hébergeur accessible à toutes les officines en quelques secondes. Officines et hébergeur sont reliés par internet et communiquent par échange de messages géré par un protocole d’échange appelé « connecteur universel », installé sur le poste informatique au niveau de l’officine. Le connecteur est destiné à prendre en charge les communications entre le DP et les logiciels de gestion de l’officine. Il gère les fonctionnalités correspondant aux différents types d’échanges : création, alimentation, consultation du DP, récupération des alertes sanitaires, etc. Tous les messages sont datés et signés et les officines authentifiées par l’hébergeur.

Compatibilité des logiciels


Un travail est actuellement mené par les éditeurs de logiciels (à partir du cahier des charges du Conseil de l’Ordre) afin d’adapter leurs produits et les rendre compatibles (interfaces, etc.) et « communiquants » (connectivité, etc.) avec ce système. Plus précisément, il s’agit pour eux d’introduire les nouvelles fonctionnalités répondant aux besoins du DP (création, consultation, alimentation, édition, suppression) et d’effectuer les développements requis pour que s’intègrent et soient gérés les processus spécifiques au DP. Important : pour éviter toute double saisie, une seule opération de délivrance/facturation doit servir à alimenter le dossier patient en local et le DP. Essentiel également : le DP doit être intégré de manière ergonomique et fluide dans le logiciel pour un usage quotidien. Chez Isipharm, Evelyne Quireza le confirme : « Nous nous sommes attachés à rendre, au niveau de WinPresto et Leo, l’accès au DP le plus transparent possible, tout en guidant le pharmacien dans toutes les étapes ». De son côté, Sophie Roussel, chez Alliadis, qui a intégré l’ensemble du cahier des charges dans Alliance-Plus et Premium, confirme : « Dès lors qu’un DP est créé pour un patient, l’accès aux informations se fait de manière transparente pour le pharmacien ».

Processus de création


Le processus de création est initié au cours d’une dispensation de médicaments, en présence du patient. Pour cette première étape, vous devez recueillir la carte Vitale du client ainsi que son accord formel pour la création du dossier. « Si le patient ne possède pas encore de DP, Alliance-Plus propose d’en créer un en posant au pharmacien la question suivant : « Souhaite-t-il [le patient, ndlr] le créer aujourd’hui ? », commente Sophie Roussel. Si le client accepte, il devra signer un document autorisant le pharmacien à créer ce dossier ». Un temps de réflexion est accordé au client après la première demande. Toutefois, un patient a la liberté, conformément aux exigences de la Cnil, de refuser la création d’un DP à condition de le justifier. « La création du DP passe, dans WinPresto, par l’ouverture d’un écran de recueil de consentement. Si le client donne son accord, le processus de création s’enclenche. S’il refuse, l’information concernant son refus est envoyée et centralisée », explique Evelyne Quireza. A savoir : un compteur doit permettre de connaître le nombre de refus ainsi que la date du dernier refus de création. Dès le consentement obtenu, vous remplissez un formulaire électronique de demande de création à partir de données personnelles communiquées par le patient et des informations contenues dans sa carte Vitale. Votre carte CPS est nécessaire pour valider la création du DP et transmettre à l’hébergeur le formulaire de demande (pas forcément en temps réel, notamment pour des raisons de temps de traitement qui pourrait perturber l’activité). Vous recevez ensuite un accusé de réception qui confirme la création du dossier. Le DP pourra alors être alimenté avec l’historique du patient présent en local dans l’officine. « Une fois que le DP est créé et validé, la date de l’activation du dossier s’affiche. Les produits à délivrer sont alors saisis, avec affichage du code CIP », souligne Philippe Desquesses chez Caduciel qui a intégré le processus dans la V6 du logiciel. « Après saisie dans WinPharma, des contrôles sont effectués en local et le pharmacien voit déjà les éventuelles interactions ou contre-indications », signale Alexandre Karpov chez Everys.

Consulter pour contrôler

« Trois fonctions ont été introduites pour cette partie consultation : édition du DP, refus de consultation et rétractation », rapporte Evelyne Quireza. « Un écran s’ouvre dans Alliance-Plus et propose au pharmacien : “ Ce client est-il d’accord pour l’accès à son DP ? ” », précise Sophie Roussel. « Si le malade est d’accord, le logiciel pourra alors aller chercher les données du DP avant la dispensation », poursuit Alexandre Karpov. Pour consulter, vous devez introduire dans le lecteur votre carte CPS et la carte Le client peut vous demander de ne pas alimenter son DP pour certains types de médicaments  Vitale du patient (en sa présence) afin de garantir la sécurité et l’authenticité des données. « Lorsque la connexion s’établit avec le DP, le logiciel télécharge les données non présentes en local et issues du DP. Les informations téléchargées correspondent à quatre mois d’historique », signale Philippe Desquesses. Votre logiciel procède ensuite à une analyse automatique des médicaments nouvellement prescrits sur la base de l’historique global des médicaments déjà dispensés au patient (données disponibles en local dans l’officine complété par celles du DP) et de la saisie des médicaments à dispenser. Cette analyse a pour but de détecter d’éventuelles interactions, redondances ou inadéquations par rapport au profil du patient (contre-indications, etc.). « Le DP, lié à la BCB directement dans l’espace de vente, permet l’affichage automatique de messages d’alerte en cas d’interactions », souligne Sophie Roussel. « Si la saisie d’un médicament à dispenser déclenche une interaction et si le pharmacien décide de poursuivre le processus, nous proposons l’émission d’une Opinion pharmaceutique », signale par ailleurs Evelyne Quireza. Cette opération est également possible dans WinPharma où la possibilité de constituer une Opinion a également été introduite. Il est clair que la consultation, effectuée en présence du patient au comptoir, n’a d’intérêt que si le téléchargement s’effectue rapidement. « Grâce à leur technologie moderne et communicante, les logiciels LGPI et CIP Global Services permettent de correspondre facilement et rapidement avec le site hébergeur, sans pénaliser l’utilisateur avec des temps de connexion trop longs », affirme Sophie Conrad chez Pharmagest / CIP. A savoir : si votre officine dispose de plusieurs postes informatiques et d’une liaison ADSL, vous pouvez consulter simultanément plusieurs DP. Mais attention : seules les pharmacies disposant de ce type de liaison pourront effectuer ces contrôles. Les autres ne pourront qu’alimenter le DP.

Alimentation régulière

Une fois la délivrance effectuée, vous devez mettre à jour le DP avec les données enregistrées lors de la dispensation (et éventuellement les interactions signalées). « L’envoi du fichier s’effectue par télétransmission », précise Philippe Desquesses. Vous pouvez le faire soit en temps réel (pharmacies disposant d’une liaison ADSL), soit en différé (par exemple le soir, à un moment de la journée qui ne perturbe pas le système et votre activité, le délai d’alimentation ne devant toutefois pas excéder 24 heures). Cette opération nécessite l’utilisation de votre carte CPS et chaque document est envoyé avec votre signature. A noter que le client peut vous demander de ne pas alimenter son DP pour certains types de médicaments. L’existence d’un refus est alors tracée afin d’indiquer, lors de tout accès durant les quatre mois suivants, que le DP correspondant est incomplet.

Sécurité optimale

Les exigences de sécurité sont très grandes pour les dossiers exposés à des échanges électroniques et concernant des données confidentielles. Outre l’hébergeur, les logiciels doivent donc être capables de préserver l’intégrité et la confidentialité des données personnelles du patient (toutes ces données devront être cryptées sur votre base de données). Remarque de Sophie Conrad : « Grâce à notre FAI Offisecure, nous présentons des garanties de sécurité optimale pour l’accès au DP, tant dans la sécurisation des données que dans la confidentialité des échanges ». En termes d’évolution, sachez qu’un certain nombre de fonctionnalités supplémentaires devraient voir le jour dans le DP. Ainsi, il est envisagé par le Conseil de l’Ordre d’inclure dans le DP de façon automatique la posologie des médicaments prescrits, pour un contrôle plus poussé. De la même façon, les numéros de lot devraient faire partie des données rentrées : pour une traçabilité complète jusqu’à l’utilisateur final en cas de problème sur un lot et pour avertir les patients d’éventuels risques concernant un lot donné. A terme, le DP pourra également tirer profit des nombreuses informations contenues dans le DMP.

Dossier réalisé par Claire Grevot
Photo Miguel Medina


INTERVIEW
 « Le DP ne doit pas servir d’arme concurrentielle »
Le DP est sur les rails mais sa généralisation soulève encore des questions. Le point avec Alain Jayne, président de la commission Protection sociale de la FSPF.

Le DP correspond-il réellement aux besoins des officinaux ?
Alain Jayne : L’intérêt du dossier pharmaceutique est qu’il va permettre de sécuriser toutes les dispensations à l’officine : contrôle des ordonnances, détection des interactions médicamenteuses et des redondances, traçabilité des médicaments jusqu’au patient, diffusion des alertes sanitaires. Sur le principe, on ne peut qu’être d’accord avec les objectifs visés et donc avec la mise en place de ce système partagé dont toute la profession voit aujourd’hui l’utilité.

L’accès au DP se fera-t-il aisément pour l’ensemble des officinaux ? Des difficultés d’ordre technique sont-elles à craindre pour son déploiement ?
La configuration technique du DP réclame de se servir de l’ADSL, d’applications spécifiques sur les postes et d’indispensables adaptations des logiciels officinaux. Cela signifie l’obligation pour tous les pharmaciens de passer rapidement au haut débit. Or, il existe certaines zones en France où l’ADSL n’est pas déployé. Cette variabilité d’accès apparaît, à l’heure actuelle, comme un élément discriminatoire entre les pharmacies. Une chose est sûre : le DP ne doit pas servir d’arme concurrentielle. Par ailleurs, l’adaptation des logiciels ne peut se faire que sur des systèmes de dernière génération. Il est clair que les pharmaciens ne changeront pas leur informatique uniquement pour alimenter des dossiers pharmaceutiques. Autrement dit, il faudra attendre le renouvellement du parc informatique, qui s’effectue tous les quatre à cinq ans en moyenne, pour un total déploiement du DP.

Des expérimentations en situation réelle ont-elles déjà eu lieu ?
La Cnil* a donné son accord fin mai pour expérimenter le DP sur six mois (à raison de quatre à cinq pharmacies par département au départ). Les éditeurs de logiciels qui sont prêts vont pouvoir tester, au cours de cette phase pilote, le fonctionnement de la transmission des données du logiciel au DP et l’intégration ergonomique du système logiciel-DP pour un usage quotidien. La généralisation du DP à l’ensemble du réseau pharmaceutique prendra du temps. C’est un dossier complexe qui suscite en effet encore beaucoup de questions : d’ordre ergonomique, économique (coût de l’adaptation des logiciels), réglementaire (autorisations d’accès), juridique (responsabilité professionnelle), sécuritaire (cryptage des données au niveau national). Néanmoins, les choses avancent, le DP est sur les rails et il entrera forcément dans les moeurs.
* Pour les questions de confidentialité des données de santé, les modalités de mise en oeuvre du DP et du DMP sont soumises à la Cnil, la Commission nationale de l’informatique et des libertés. 
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Alertes et retraits
Actuellement, il existe un processus de transmission des alertes par l’Afssaps qui informe, via le réseau des grossistesrépartiteurs, toutes les officines des risques sanitaires. Afin d’améliorer la gestion des risques, il est prévu que les alertes sanitaires et les retraits de lots soit directement envoyés sur les logiciels de gestion par l’intermédiaire de l’hébergeur et affichés sur l’écran. Vous pourrez ainsi disposer de l’information plus rapidement. Cette opération nécessite la mise en oeuvre d’un dispositif au niveau de l’hébergeur permettant de recueillir les alertes en provenance notamment de l’Afssaps et de les distribuer à toutes les officines.


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Accès aux données du DP
* Pour les patients La réglementation impose que le patient ait un accès à ses données et puisse consulter son dossier pharmaceutique. Afin de permettre cet accès, le patient pourra effectuer une demande auprès de son pharmacien. Vous devrez alors :
• envoyer un message de demande de téléchargement du dossier complet à l’hébergeur,
• réaliser une impression en local et en présence du patient. A savoir : le patient pourra, à terme, accéder à son DP via le DMP.
* Pour les professionnels autres que les pharmaciens Il n’est prévu d’accès direct au DP que pour les pharmaciens d’officine. Les autres professionnels de santé accéderont ultérieurement aux informations pertinentes sur les médicaments par le canal du DMP.