n°1202 juillet-aout 2008
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Actualité Automédication Le libre accès… et après ?
C’est parti pour une nouvelle ère pharmaceutique, celle du libre accès à l’automédication : le 1er juillet a marqué le coup d’envoi du passage devant le comptoir de plus de 200 médicaments non remboursables à prescription médicale facultative.

Que de spéculations sur l’entrée en vigueur et les conséquences d’une mesure qui, au-delà du petit monde officinal, interpelle les patients-consommateurs ! Maintenant que le décret est paru et que la liste des spécialités autorisées à passer à portée de main de la clientèle est connue, que va-t-il se passer ? Au scénario idéal avancé par la ministre – baisse des prix, coup de pousse au pouvoir d’achat, économies pour la Sécu grâce à des consultations moins nombreuses, responsabilisation des patients, valorisation du conseil du pharmacien – s’opposent quelques inconnues. A commencer par l’évolution de la liste. Les patients seront-ils les premiers bénéficiaires de cette mesure ? Rien n'est moins sûr.  Pour l’instant, libre au pharmacien d’orner son présentoir comme bon lui semble en piochant dans les 216 spécialités d’allopathie, les 12 de phytothérapie et les 19 d’homéopathie qui lui sont proposées. Mais la première sélection établie par l’Afssaps ne constitue qu’un début : une cinquantaine de produits en fin d’évaluation devraient y être ajoutés courant juillet. Au final, 3 000 spécialités sont potentiellement éligibles, parmi lesquelles ne figure aucun produit remboursable. « D’une part, la différence de TVA entre les remboursables et les non-remboursables aurait introduit une distorsion de concurrence et de l’autre, toute publicité est interdite hors des circuits purement professionnels. Le simple fait de les exposer en évidence sur des linéaires de pharmacie – ce qui s’apparentait à une opération de merchandising – ouvrait la porte à un certain nombre de contentieux », explique la ministre de la Santé. L’élargissement n’est pas exclu, une fois que cette phase expérimentale aura fait ses preuves. « Je ne veux pas m’engager tant que je n’aurai pas fait le bilan de façon très précise en termes de bon usage, de satisfaction des patients et de sécurité. Nous lancerons d’ailleurs l’appel d’offres correspondant cet automne pour pouvoir démarrer une étude car il faut un temps d’adaptation pour que les officines puissent disposer d’un espace adapté. »

Incohérences

Les patients seront-ils, comme elle le pronostique, « les premiers bénéficiaires de cette mesure », avec à portée de main « le meilleur traitement au meilleur prix, dans l’univers sécurisé de l’officine » ? Rien n’est moins sûr. L’existence d’équivalents vignettés derrière le comptoir risque d’en déboussoler plus d’un. En plus de les irriter, cette bizarrerie pourrait bien décrédibiliser la mesure. Huit produits vignettés sont actuellement concernés. Mais combien à terme, une fois la liste étendue ? Sans compter que par souci de cohérence, la Sécu pourrait finir par ne plus prendre en charge ces « doublons ». Or l’envolée des prix déremboursés ne plaide pas enfaveur de l’automédication… Autre point d’achoppement :
la baisse de prix censée en découler, sur laquelle la ministre préfère ne pas trop s’avancer : « Je suis persuadée que cette mesure va entraîner une baisse de prix, mais il est encore trop tôt pour l’évaluer, d’où la mise en place concomitante d’un observatoire desprix garant d’une transparence tarifaire ». Une chose est sûre : l’impact global sur le budget moyen des ménages sera limité – une baisse des prix de 10 % ne leur ferait pas gagner plus de 3 euros par an. Reste la satisfaction de pouvoir comparer… Le suivi de la mesure ne sera pas seulement économique. « Il y aura aussi une évaluation technique et qualitative de la démarche : j’invite d’ailleurs les pharmaciens à remplir ce rôle de pharmacovigilance. »

Insatisfactions

Les industriels, qui estiment que la liste est encore insuffisante pour soutenir une véritable politique d’automédication, ne partagent pas cet optimisme. «Nous souhaitons que la liste soit élargie au plus vite pour une approche plus cohérente, en conformité avec les attentes réelles des consommateurs », déclare ainsi Vincent Cotard, président de l’Afipa(1). En l’état, ce dernier prévoit que les prix ne baisseront pas de façon significative. A en croire le cabinet de conseil Smart Pharma Consulting, l'économie escomptée serait inférieure à 1,4million d'euros d'ici à la fin 2010. Dérisoire au regard des 4,1 milliards de déficit de la Sécu attendus cette année... La mesure reposant sur le volontariat, il n’est pas dit non plus que les pharmaciens joueront le jeu, malgré l’intérêt financier évident qu’ils auraient à promouvoir l’automédication. Et pour cause : quand il ne s’agit pas du manque de place dans les petites officines, ils redoutent que ces produits d'automédication se retrouvent un jour dans les rayons des grandes surfaces et que cette mesure annonce de nouveaux déremboursements ou qu’elle s’accompagne de vols à l’étalage. De fait, « aucune mesure ne sera prise dans un premier temps concernant la sécurisation des emballages des médicaments », indique Vincent Cotard. Le texte relatif à cette disposition, prévue dans le décret, a été transmis à la Commission européenne, qui devrait rendre un avis dans les trois mois. Quant à la menace de la grande distribution, là encore, la ministre se veut rassurante : « La vente de certains médicaments devant le comptoir, c’est la meilleure façon de protéger les pharmaciens et d’assurer la sécurité des consommateurs, ce qui est autrement plus important, d’ailleurs… » Certains l’auraient-ils oublié ?

Fanny Rey
Photo Miguel Medina

(1) Afipa : Association française de l’industrie pharmaceutique pour une automédication responsable

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Achats, la question centrale
A l’automne, la mise en place des centrales d’achats viendra parachever ce dispositif. Après une première mouture du projet de décret, la ministre est en train d’en rédiger une nouvelle version « afin d’aider les pharmaciens à s’associer pour l’achat groupé des médicaments non-remboursables et des produits parapharmaceutiques. Les groupements de pharmaciens doivent opter pour l’un des statuts déjà prévus par le Code de la santé publique : celui de grossiste ou de dépositaire est généralement choisi, or ils ne permettent pas de négocier librement avec les fournisseurs », explique-t-elle. Si les syndicats de pharmaciens n’ont pas formulé d’opposition, le président de la FSPF Philippe Gaertner a toutefois souligné la nécessité d’« ajouter dans le texte des dispositions visant à assurer que ce nouveau système ne fragilise pas la chaîne du médicament ». Le Collectif des groupements se montre nettement plus sceptique : « Ce projet, contient nombre d’imprécisions juridiques ». Pascal Louis, son président : « Soyons clairs, les groupements fournissent déjà ce service ». Une loi pour rien ?