Plus d’un mois après l’achèvement de sa campagne nationale de mobilisation, l’heure est à présent au debriefing pour la FSPF. Le succès de l’entreprise reposait sur la mobilisation des pharmaciens : elle a été au rendez-vous. On le doit pour beaucoup aux présidents de syndicats départementaux, dont le rôle d’animateurs aura été déterminant : « L’analyse des retombées est formelle : c’est dans les départements où les présidents de syndicat se sont énormément mobilisés que les résultats sont les plus flagrants, souligne Jocelyne Wittevrongel, présidente de la commission Communication de la FSPF, qui salue au passage une magnifique mobilisation, qui a impliqué l’immense majorité des pharmaciens ce qui était une grande première en termes de communication ». A la Fédération, on a évidemment scruté à la loupe les retombées dans la presse. Elles ont été plutôt bonnes dans les médias locaux (quotidiens et rédactions régionales de France 3), ce sont, au total, près de 13millions d’articles de presse (en additionnant les titres et les nombres d’exemplaires) qui se sont fait l’écho de cette campagne et surtout de ses enjeux. Une grande majorité d’entre eux – 84 % – étaient favorables à la cause des pharmaciens d’officine. Côté pétition, le chiffrage des retombées est plus difficile. Il a donc fallu interroger le terrain, ce qu’a fait Philippe Berthelot, en charge au sein du Bureau national des relations avec les départements : « Sur la trentaine de départements analysés, nous estimons que quelque 1,3 million de pétitions ont été distribuées aux patients, évalue-t-il. Si l’on extrapole ce chiffre à l’ensemble des départements français, on peut donc estimer que plus de trois millions de pétitions ont été remises aux Français et, pour la plupart d’entre elles, envoyées à l’Elysée ».
Calmer le jeu
Jean-Pierre Lamothe, premier vice-président de la FSPF, se réjouit de ce résultat : « Il était fondamental de dire à nos patients : voilà les enjeux fondamentaux de santé publique qu’une modification du système de soins risquerait de mettre en jeu ; voilà ce qu’un réseau officinal de qualité permet de garantir. Les deux ou trois millions de pétitions que les Français ont envoyées à l’Elysée sont la démonstration qu’au-delà de notre compétence, nos concitoyens ont pris conscience des menaces qui pesaient sur le système ». Côté pouvoirs publics, l’appel semble avoir été entendu : « Tant à l’Assemblée nationale qu’au Sénat, les parlementaires ont reçu le message. Ils voient bien désormais les dangers que représente une déstructuration du réseau par rapport au service de santé et à l’aménagement du territoire ». Après avoir été reçue successivement par Jean-Pierre Raffarin et Gérard Larcher, tous deux prétendants à la présidence du Sénat, la FSPF a été invitée à présenter ses arguments à Matignon et à l’Elysée. « On a senti une réelle volonté de détendre le climat et d’écouter nos préoccupations », analyse Jean-Pierre Lamothe. Même si l’Elysée, destinataire des pétitions, s’est évidemment refusé à communiquer sur le nombre de courriers amassés. De manière elliptique, le conseiller Santé du chef de l’Etat a toutefois indiqué que le message avait été reçu. « Nous avons expliqué à nos interlocuteurs que ce qu’ils avaient vu – une campagne mobilisatrice, certes, mais dans un esprit relativement bon enfant, sans agressivité – n’était que le premier étage de la fusée. Nous ne baissons pas la garde », prévient le vice-président de la Fédération. Rendez-vous est d’ailleurs pris pour la rentrée : « La préparation du prochain PLFSS sera cruciale, et il s’agira, là encore, de montrer notre mobilisation. Le Congrès national des pharmaciens, les 11 et 12 octobre à Deauville, sera l’occasion de montrer notre mobilisation et de faire avancer nos idées : il faudra, comme l’an passé à Saint-Malo, nous y retrouver le plus nombreux possible ».
Laurent Gainza
Un donateur pas comme les autres
C’était un choix : le financement de la campagne de la FSPF aura été assuré par les pharmaciens eux-mêmes. Plus de 5 000 confrères ont ainsi adressé des contributions à la Fédération, pour un total de plus de 800 000 euros. Ni les laboratoires pharmaceutiques ni les autres partenaires du réseau officinal n’ont été sollicités. Un laboratoire et un seul a pourtant fait la démarche de proposer son soutien, en apportant une aide tant financière que logistique. C’est ainsi que Pierre Fabre, qui n’oublie pas ses origines – il est toujours propriétaire de son officine à Castres –, a souhaité s’associer à l’initiative et démontrer le rôle qu’il entendait jouer dans la défense de la profession. « En effet, indiquent les laboratoires Pierre Fabre, le modèle français de distribution du médicament et la profession de pharmacien sont actuellement soumis à de nombreuses remises en question. Depuis quelques mois se sont succédés le rapport Attali, l’injonction européenne, le rapport Beigbeder et la campagne de communication du distributeur E. Leclerc. Dans ce contexte, nous avons décidé de soutenir cette initiative car nous partageons l’analyse de la FSPF : – sur la nécessité de réagir fortement. Le ton choisi pour cette campagne, volontairement en décalage par rapport à celui classiquement attendu de la part de la profession, a permis de générer une surprise et une certaine curiosité. – sur le but de la campagne qui était de sensibiliser l’opinion et le monde politique non pas sur le rôle du pharmacien qui est bien connu et apprécié par le grand public mais sur les conséquences et les dangers d’une remise en cause des piliers qui font la spécificité et l’efficacité du système de distribution des médicaments en France : l’indépendance , le monopole et le maillage géographique. »