n°1202 juillet-aout 2008
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Actualité Démographie Après nous, le déluge
Sur fond de polémique, les chiffres 2008 de l’Ordre présentent une situation inédite : le nombre de titulaires a baissé par rapport à l’année dernière. La fin d’une époque. 

Jean Parrot a toujours aimé jouer les agents provocateurs. Il l’a encore une fois prouvé avec ses dires sur la diminution du réseau. Dérapage ou défaut de communication ? La personnalité du président de l’Ordre y est certainement pour beaucoup (voir encadré et réaction p. 27). Si l’on y ajoute une situation politique explosive, ces propos ont eu au moins le mérite de pimenter la présentation de la démographie officinale, d’habitude plutôt ronronnante… Leclerc, ouverture du capital, le terrain est glissant et selon Bernard Lagneau, président de la Caisse d’assurance vieillesse de la profession, les pharmaciens le pressentent : «L’actualité n’est pas un problème énorme pour les quarantenaires : ils évolueront et s’adapteront dans les années à venir. Mais celui qui subit, à 61 ans, les agacements et les agressions de la grande distribution et le risque de l’ouverture du capital préfère s’en aller ». Bien aidé en cela par des dispositions fiscales plus qu’avantageuses pour exonérer les plus-values sur la cession de son officine. Le mot d’ordre des sexagénaires en 2007 semble avoir été : « sauve qui peut ! »

Les vieux d’abord

Et ce n’est pas fini : « Nous avons une accélération très sensible du nombre de départs à la retraite : de 600 par an auparavant prévus et organisés, nous sommes à 1 200 alors que nous n’en attendions que 800 ou 900. Et cela s’accélère encore en 2008 », poursuit-il. Une véritable saignée : de 63 ans il y a quelques années, l’âge moyen de départ en retraite est tombé à 61 ans. Les pertes de seniors sont de surcroît difficilement compensées, la volatilité des nouveaux entrants étant plus marquée : « En 2006, 89,9 % des diplômés s’inscrivaient à l’Ordre dans les trois ans mais ce chiffre a été réduit à 86,5 % en 2007 », analyse Jean-Luc Audhoui, trésorier de l’Ordre. Plus de jeunes choisissent des carrières alternatives, peut-être découragés par la sempiternelle augmentation du ticket d’entrée au titulariat. Il y a quinze ans, la majorité de la profession se trouvait parmi les fringants 32-46 ans. Aujourd’hui, les babyboomers ont migré vers la tranche supérieure : 42 à 56 ans. La tendance est claire, les pharmaciens grisonnent. C’est le papy boom ! La solution est évidente, peut-être trop : combler les fuites en augmentant le numerus clausus – 3 090 en 2007. La crainte de la désertification médico-pharmaceutique est un argument porteur par les temps qui courent.

Laurent Simon
Miguel Medina

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Le mauvais augure de l’Ordre
« Nous sommes favorables à une diminution du nombre d’officines, de 23 000 actuellement à 17 000 (…) » Cette petite phrase, extraite d’une interview réalisée pour un supplément publicitaire du Monde, Les cahiers de la compétitivité, a fait l’effet d’une bombe. Il y a eu l’an dernier 20 créations contre 77 fermetures d’officine. A ce rythme-là, il faudra attendre 280 ans pour voir les prédictions de Jean Parrot se réaliser ! Le président de l’Ordre a-t-il outrepassé son rôle ? Nombre le pensent parmi les syndicats ou les cotisants de base. Devant le tollé, le président de l’Ordre n’insiste ni ne s’excuse : « Il faut tirer les conclusions du vieillissement de la profession, le nombre de pharmaciens sortants excède les entrants, les statistiques le montrent. J’ai dit de façon peut-être réductrice qu’il fallait en outre des pharmacies mères et des pharmacies filles dans les communes où la présence pharmaceutique reste indispensable», précise-t-il. Profil mi-bas, donc. Exprimées différemment, les inquiétudes de l’Ordre et des syndicats sont pourtant largement communes. Le gouvernement pousse à la construction de centaines de maisons médicales : si on rassemble les médecins, comment s’en sortiront les trois ou quatre officines laissées sans prescripteur ? Jean Parrot a au moins raison sur un point : les solutions restent à inventer.