n°1202
juillet-aout 2008
Santé
Neurologie
Le casse-tête des patients
Pathologie sans cause précise ni traitement miracle, la migraine reste un mystère. Pour juguler la douleur, les patients sont prêts à tout... et n’importe quoi.
Parcourir les forums internet consacrés à la migraine, c’est assister au grand bal des désespéré(e)s. Majoritairement féminine et très largement répandue dans la population française (6 à 7 millions de personnes), cette affection garde une bonne part de mystère, qui rend sa prise en charge méandreuse. Ses causes ? Inconnues. Ses facteurs déclenchants ? Variables. Ses traitements ? Approximatifs. Cette pathologie est une énigme, une douleur pure aux retentissements sociaux et non physiques : ceux qui en souffrent ne meurent pas plus tôt. Mais pour se traiter, encore faut-il passer l’étape parfois difficile du diagnostic : « Les migraineux qui s’ignorent ne se considèrent pas comme malades. Du coup, ils sont très mal informés, n’en parlent pas à leur médecin, ne demandent jamais conseil et se contentent d’un Aspégic ou d’ibuprofène pour traiter leurs crises », témoigne Dephine Rey, qui a écrit un roman(1) sur le sujet. Pour peu que l’automédication ne provoque pas elle-même des migraines, comme en cas de surdosage d’AINS. Ensuite commence la longue course au traitement : amitryptiline, bêtabloquants ou les derniers-nés triptans, dont l’efficacité varie d’un patient à l’autre, c’est la jungle. Pour river le clou, la migraine est plus résistante que d’autres affections du système nerveux central à l’effet placebo.
Perlimpinpin
Faute de pouvoir décrocher un suivi adapté dans un centre anti-migraine(2) par exemple, ou pour compléter voire remplacer un traitement inefficace ou jugé pas assez « naturel », certains patients se jettent à corps perdu dans des pararemèdes loufoques, exotiques, repoussants ou les trois à la fois. On citera le Kombucha – un champignon d’Asie du Sud-Est dont on boit le bouillon – ou le Noni (Morinda citrifolia), une plante polynésienne heureusement non toxique mais à l’efficacité non prouvée. Néanmoins pas de dogmatisme : si le patient y croit et pour peu que le traitement soit sans danger, la bienveillance sera de mise. Côté psycho, « la relaxation, le rétrocontrôle (biofeedback) et les thérapies cognitives et comportementales de gestion du stress ont fait preuve d’efficacité », reconnaît la HAS(3). Utilisé par beaucoup de migraineux, le Baume du tigre est à déconseiller : passé un soulagement temporaire, il amplifierait même la douleur. Les trucs les plus simples sont en fait les meilleurs : avoir toujours sur soi des coussins thermiques type Coldhot, respecter des horaires de sommeil à peu près réguliers pour être bien reposé et, incidemment, éviter les syndromes de manque à la caféine. « Sois sage, ô ma douleur », disait le poète...
Laurent Simon
(1) Les tribulations d’une migraineuse, Ed. Anne Carrière, voir aussi son blog : http://rey.delphine.free.fr/
(2) www.lamigraine.org/centres-anti-migraine
(3) Haute autorité de santé : www.has.fr, puis taper « migraine » dans le moteur de recherche

Au comptoir
■ Savoir distinguer la migraine de la céphalée (durée, fréquence, douleur, nausée / photophobie).
■ Conseiller au patient de tenir un agenda de ses migraines à présenter au médecin.
■ Surveiller et éviter les « déclencheurs » de la crise migraineuse.
■ Eviter la surconsommation d’antalgiques, surtout en automédication.
■ Proscrire les opioïdes (dextropropoxyphène, codéine) dans le traitement des douleurs migraineuses.
Du neuf avec du vieux
Deux « nouveaux » médicaments arrivent en France : Maxalt, des laboratoires MSD et Isimig (Bouchara-recordati). Nouveauté toute relative quand on sait que le premier est le sixième triptan à débarquer sur le marché français... Si la recherche avance à pas comptés, certaines molécules plus anciennes sont redécouvertes dans cette indication : certains épileptiques dont l’Epitomax, chargé en effets secondaires mais à l’efficacité reconnue, ou, plus original, la toxine botulique. Le fameux Botox pourrait constituer à terme une alternative intéressante, une fois que de plus nombreuses études seront venues conforter des résultats prometteurs mais disparates. Il est déjà largement utilisé en injection dans des cliniques privées aux USA.