n°1202 juillet-aout 2008
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Actualité Répartition Capitalement vôtre...
Le capital des officines aiguise les appétits des grossistes-répartiteurs, qui anticipent sur une libéralisation prochaine imposée par Bruxelles. Pour la FSPF, les jeux ne sont pas faits.

« Ce monsieur Bertrand, c’est quelqu’un d’important dans votre gouvernement ? ». La question est posée sans malice par un dirigeant allemand de Celesio, maison mère d’OCP en France, tandis que le ministre fait son entrée dans le salon d’honneur de l’Hôtel de Beauharnais. C’est l’ambiance des grands soirs à la résidence de l’ambassadeur d’Allemagne, où se réunissent en ce début juin journalistes, parlementaires, représentants syndicaux et leaders d’opinion à l’invitation du géant pharmaceutique. Le motif de ces agapes ? Célébrer l’amitié franco-allemande à la veille de la présidence française de l’Europe. Rien de plus normal pour une entreprise qui compte 38000 salariés dans quatorze pays, possède une chaîne de pharmacies en Angleterre (Lloydspharmacy) et détient le plus gros répartiteur hexagonal. Mais entre deux petits fours, ce qui alimente le plus les discussions, ce ne sont pas les amours tumultueuses de Sarkozy et Merkel. C’est plutôt la décision qui doit être rendue dans les prochains mois par la Cour européenne de justice à l’encontre de l’Allemagne, un pays qui, comme la France, limite l’ouverture du capital des pharmacies. Et si la balance penche du mauvais côté – pour les pharmaciens s’entend –, la France pourrait bien devoir adapter sa propre réglementation. Alors le staff de Celesio se renseigne : comment les pharmaciens français voientils la question ? Comment défendent-ils leur indépendance financière ?   

La répartition sur les rangs
   

D’autres acteurs de la répartition annoncent plus clairement la couleur : ils veulent entrer dans le capital des officines. Cité le 16 juin dans Les Echos, Jean-Louis Méry, qui dirige la filiale française du britannique Alliance Boots, numéro 2 de la répartition dans l’Hexagone, y va sans complexe: « Dès que les conditions réglementaires et économiques le permettront, nous entrerons sur le marché des pharmacies ». Pour les grossistes, le marché est tentant : «L’activité d’une officine est de huit à sdix fois plus rentable que celle d’un répartiteur », évalue Yves Kerouédan, directeur général de Cerp Rouen. Ce dernier juge sévèrement la cession par la Cerp Lorraine de son activité de répartition à Phoenix Pharma, « un sale coup porté aux pharmaciens, qui fortifie un acteur qui n’avait pas besoin de l’être, et dont l’objectif est d’acheter des pharmacies quand le capital va s’ouvrir ». L’ouverture du capital, Yves Kerouédan est contre – « ça ne fera pas baisser le prix du médicament » – mais il entend prévoir une parade et promeut dès maintenant une alternative aux chaînes, via la constitution de réseaux de pharmaciens indépendants fonctionnant selon les critères du commerce associé.   

Subsidiarité 


"L'activité d'une officine est huit à dix fois plus rentable que celle d'un répartiteur" L’ouverture du capital serait donc une affaire entendue ? A moins de vendre la peau de l’ours, non. « Nous ne sommes pas du tout dans une logique d’inéluctabilité, considère Philippe Gaertner, même si on essaie de nous le faire croire. Il nous revient ainsi qu’à nos représentants politiques de défendre notre modèle officinal. Notre rôle est de montrer à l’Europe la validité de ce modèle et la justification pour les patients des principes retenus ». Le président de la FSPF ne croit pas aux belles promesses: «Sous couvert d’amélioration des services, l’objectif poursuivi par les investisseurs sera la rentabilité, et seules les zones les plus lucratives seront visées. On voit ce qu’il advient du réseau de proximité dans les pays comme l’Angleterre où le capital est ouvert ». Et de conclure : «Que je sache, l’ouverture du capital n’a jamais fait la preuve qu’elle favorisait un meilleur service aux patients. On nous demande sans arrêt de justifier l’efficience de notre modèle, mais à eux aussi de prouver l’efficience du leur ! »    

Laurent Gainza 
Photo Miguel Medina

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Refus à tous les étageLes pharmaciens ne sont pas les seuls à s’inquiéter d’une éventuelle ouverture de leur capital. Début juin, l’Ordre des médecins s’est pour la première fois associé aux principaux syndicats pour interpeller le gouvernement sur la nécessité de « protéger des appétits financiers » le secteur de la santé, menacé par un « diktat de la Commission européenne ». Quelques semaines auparavant, les Ordres de médecins, pharmaciens, dentistes, sages-femmes et kinés avaient déjà uni leurs voix pour s’opposer à « la mainmise des investisseurs financiers sur les professionnels et les services de santé ». La charge la plus forte est enfin venue, mi-juin, de l’Union nationale des professions de santé, qui a officiellement fait part de ses inquiétudes : « Les dangers de cet abandon du domaine de la santé aux financiers sont bien connus : disparition de l’exercice libéral, perte de l’indépendance du professionnel de santé, concentration et industrialisation du système de soins avec une vision exclusivement commerciale privilégiant la rentabilité immédiate et les profits au détriment du choix médical et du service rendu au patient sans réelles économies pour la collectivité. » L’UNPS demande à Nicolas Sarkozy de « faire valoir le droit à la France à organiser son système de soins comme elle l’entend »