n°1212 juillet-aout 2009
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Santé Conseil L’avion : avant, pendant, après
Faut-il se priver de long-courriers lorsqu’on porte une pompe à insuline, un stimulateur cardiaque, qu’on est atteint de maladie chronique ou exposé à des risques que l’altitude est susceptible d’aggraver ? Non, à condition de s’y préparer.
Lieu de passage et parfois aussi lieu de vie – certains vols peuvent durer plus de 24 heures en comptant les transits – un voyage en avion n’est pas à prendre à la légère. Outre l’inconfort d’un espace clos et le bruit des réacteurs, il faut subir aussi les effets de la pressurisation : diminution de la pression, donc augmentation du volume des gaz et baisse en oxygène. Pas question dans ces conditions de jouer les filles de l’air sans précautions. Avant de partir : consulter son médecin « 50 % de la mortalité des voyageurs résulte de l’aggravation d’une maladie préexistante, principalement d’origine cardiovasculaire », rappelle le Pr Eric Caumes, spécialiste des maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital Pitié-Salpêtrière de Paris. Pour les voyageurs à risque, une consultation médicale préalable au voyage est incontournable. Le praticien donne son avis, favorable ou non. Dans l’affirmative, il recommande les vaccins, prodigue des conseils d’hygiène de vie et prescrit, si nécessaire, un traitement préventif contre le paludisme. Le médecin devra faire un peu d’administratif en fournissant les ordonnances et les attestations indispensables à présenter aux compagnies aériennes et aux douanes. Ne pas oublier également qu’une consultation de routine chez le dentiste pourra éviter bien des désagréments pendant le voyage ou une fois arrivé.

Les bons réflexes

■ Ne pas oublier le carnet de vaccination et le formulaire adéquat d’accords internationaux fourni par sa CPAM (E111 pour l’Europe).
■ La délivrance d’un traitement pour une durée supérieure à un mois passe par l’accord préalable de la Sécurité sociale.
■ Souscrire une assurance annulation et vérifier que sa carte de crédit prend en charge les soins médicaux et le rapatriement.
■ Les médicaments liquides (sprays, sirops...) sont acceptés en cabine sur la foi d’une ordonnance. Se renseigner auprès de la compagnie. Pour le reste, vous pourrez proposer au patient de reconditionner les liquides en flacons stériles de 100 ml.
■ Confort : prévoir un masque anti-lumière, des bouchons d’oreilles pour le bruit et un coussin appui-tête gonflable.

                                                     ■ CARDIAQUES Les précautions à cœur ■
Avant le vol
Posséder un dossier médical, de préférence traduit en anglais accompagné d’un électrocardiogramme récent et des données techniques concernant d’éventuelles prothèses (stimulateur cardiaque, valve, etc.). Ne pas oublier une ordonnance avec la DCI des médicaments et, pour les porteurs de pacemakers, la liste des centres habilités de contrôle et réglage.  
Pendant le vol
Placer ses médicaments dans son bagage cabine ; les traitements de crise doivent rester à portée de mains. L’idéal est d’avoir son traitement en double dans la soute. Boire souvent – des boissons non alcoolisées, évidemment – pour compenser la sécheresse de l’air.
Après le vol
Dès l’arrivée à destination, il faudra se reposer et respecter quelques règles simples mais pas toujours évidentes à appliquer en vacances : conserver un régime désodé et bien s’hydrater. Attention à la diarrhée du voyageur, qui fait chuter le taux de potassium et aggrave l’arythmie ! Toujours garder la maîtrise de ses activités et éviter la surexposition solaire. Au besoin, utiliser des écrans totaux adaptés, comme la crème Anthelios La Roche Posay ou Ducray IP 50.
Décalage horaire
En cas de prise d’anti-vitamines K, un voyage vers l’Est d’au moins huit heures peut se compenser par une demi-prise avant le départ et une prise habituelle après l’arrivée. Un voyage vers l’Ouest nécessite une diminution de moitié de la dose à l’arrivée puis reprise des doses habituelles ensuite.

                                                    ■ MALADIE VEINEUSE Surclasser les risques ■
Le fameux « syndrome de la classe Eco » ! Quelques précautions simples pourront permettre de l’éviter. Qui doit être vigilant ? Les personnes âgées de plus de 40 ans, les femmes enceintes, sous contraceptifs oraux ou THS, celles qui ont subi une intervention chirurgicale ou un traumatisme récent (abdomen ou membres inférieurs), les fumeurs, les personnes souffrant de varices, les obèses et, bien entendu, les personnes présentant des antécédents de thrombose ou d’embolie.
■ Avant le vol
Pour les passagers à fort risque de maladie veineuse thrombo-embolique : prévoir l’injection d’une héparine de bas poids moléculaire.
■ Pendant le vol
 Porter des bas de compression 2 (Sigvaris, Thuasne...), prendre un veinotonique (Daflon, Diovenor), boire fréquemment mais éviter l’excès d’alcool et les boissons contenant de la caféine, faire des balades dans l’allée, des flexions-extensions des chevilles. Eviter de croiser les jambes et porter des vêtements amples.
■ Après le vol
Se mettre un peu au repos jambes surélevées et appliquer un jet d’eau fraîche matin et soir du bas des mollets vers le haut des cuisses. On pourra conseiller des crèmes topiques anti jambes lourdes (crème Esberiven, gel Jouvence Abbé Soury).

                                       ■ DIABÈTE Un cas délicat ■
Voyager en tant que diabétique de type 1 n’est pas une sinécure. Rien d’impossible, néanmoins.
■ Avant le vol
Tout passager diabétique doit avoir sur lui sa carte de diabétique et une ordonnance en cours de validité à son nom. La prescription détaillera tous les médicaments et dispositifs emportés pendant le voyage (aiguilles, stylos injecteurs, lecteur...).
■ Pour un voyage hors de l’Union européenne, consulter sa compagnie aérienne ou les institutions diplomatiques (ambassade, consulat) du pays d’arrivée pour vérifier que des mesures particulières ne s’appliquent pas.
■ Prévenir plus de 48 h à l’avance la compagnie aérienne pour qu’elle fournisse des plateaux repas « spécial diabétique ».
■ Les passagers peuvent emporter en bagage à main l’insuline nécessaire pour la durée du voyage. Mais connaissant la capacité des valises à s’égarer, l’Association française des diabétiques préconise de séparer le traitement : une partie dans le bagage à main l’autre dans la soute, éventuellement dans un dispositif isotherme. Lors de l’embarquement, les porteurs de pompes à insuline, surtout implantées, peuvent bénéficier d’un local à l’écart pour subir la palpation de sécurité, sur présentation d’un certificat médical attestant de leur situation.

■ Pendant le vol
Informer l’hôtesse de son état diabétique. S’il n’y a pas de plateau repas « diabétique » disponible, compenser le manque de glucides lents par du pain. Après le vol Trouver des équivalents locaux à ses glucides traditionnels (riz, maïs, manioc, pois...), prendre garde à la diarrhée du voyageur qui empêche l’absorption de certains nutriments et provoque des pertes d’électrolytes. Attention aux desserts orientaux gras et sucrés et aux fruits tropicaux riches en sucre. Pour vivre comme les « locaux », il faudra réapprendre son régime ! Pour les grands aventuriers, ne pas oublier de vérifier que son lecteur de glycémie fonctionne dans des conditions difficiles : altitude élevée, températures basses ou très hautes... Certains lâchent prise dès 3 000 m d’altitude. Or une ville comme La Paz, capitale de la Bolivie, est perchée à 3 650 m !

■ Décalage horaire
Le problème se pose pour les voyages de plus de trois heures. Il est impératif de ne pas changer sa montre d’heure avant le premier repas dans le pays de destination. Les personnes qui prennent de l’insuline rapide avant chaque repas continueront à le faire, qu’il y ait un repas de plus ou un repas de moins dans la journée. Un patient traité par trois injections, qui voyage d’Est en Ouest, ajoute une injection d’insuline rapide pour compenser l’allongement de la journée. D’Ouest en Est, il remplace l’insuline d’action intermédiaire du soir du départ par une insuline rapide. A l’occasion, vérifier que votre patient connaît bien la durée d’action de ses insulines.

                                           ■ ORL Questions de dépression ! ■
Les voyages sont donc contre-indiqués aux personnes qui souffrent d’une atteinte aiguë de l’oreille et/ou des sinus et il faut un délai de douze heures après une plongée sous-marine avant de s’envoler. Les différences de pression atmosphérique peuvent entraîner ou augmenter la douleur due aux cavités ou abcès dentaires (aérodontalgies).
■ Avant le vol
Passer chez le dentiste et traiter ses infections rhinopharyngées.
■ Pendant le vol
Mâcher du chewing-gum ou sucer un bonbon, souffler par le nez en le pinçant (manoeuvre de Valsalva). Chez le sujet à risque, en l’absence de contre-indication : pulvérisation nasale d’un décongestionnant local (Prorhinel, Physiomer ou Déturgilone sur prescription) avant le décollage et l’atterrissage.
■ Après le vol
L’eau de mer est bonne pour les sinus. En revanche, les personnes sujettes aux otites doivent se protéger en bord de mer ou en bateau en portant foulard ou bonnet. Dans l’eau, on pourra protéger les conduits auditifs par des bouchons d’oreilles en silicone.

                                                        ■ INSUFFISANCE RESPIRATOIRE Le casse-tête de l’oxygène ■
■ Avant le vol
Pour les personnes traitées par oxygénothérapie, seul l’oxygène fourni par la compagnie aérienne pourra être utilisé, avec deux débits possibles : 2 et 4 l/par minute. Ce service est payant et n’est pas pris en charge par l’Assurance maladie. Attention : tous les vols d’une même compagnie aérienne ne permettent pas forcément l’utilisation d’O2.
■ Pendant le vol
La consommation d’alcool ou de médications sédatives est déconseillée. En cas d’asthme, pas de problème particulier sauf avec les ventilations orientables : attention aux rhumes et obstructions nasales, qui peuvent s’allier aux différences de pressurisation pour abaisser la saturation sanguine en oxygène. Un traitement préventif ou de secours doit rester à portée de main. Les nébulisateurs portables et les chambres d’inhalation ne sont utilisables qu’après accord de l’équipage.
Après le vol
Si de l’oxygène a été nécessaire pendant le vol, il devra aussi être utilisé lors de séjours touristiques en haute altitude. En cas d’asthme allergique, attention aux literies anciennes : dans les maisons de location, emporter une housse anti-acariens, une bombe acaricide (Acardust) et un oreiller en synthétique.

                                                        ■ VIH ■
Bien se renseigner avant le départ Certains pays interdisent purement et simplement l’accès aux séropositifs à leur territoire ou ne disposent pas de structures pour une prise en charge en cas de problèmes médicaux (informations : Sida info droit au 0810 636 636).
■ Avant le vol
Avoir toujours sur soi un compte-rendu médical, avec les traitements en cours sous DCI, rédigé en anglais ou dans la langue du pays et si possible les coordonnées d’une équipe médicale correspondante sur place. Le médecin doit prévoir dans sa prescription le double de médicaments et de matériel de soins (seringues, tubulures). Certains traitements ne sont pas disponibles partout et le risque de perte des bagages est trop important (16,6 pour 1000 passagers en 2007) pour courir le risque. Emballer ce matériel dans deux bagages séparés, éventuellement isothermes – particulièrement pour le Norvir – en cas de conditions extrêmes de transport.
■ Pendant le vol
«Dans le cas de trithérapie, pour l’Australie par exemple, mieux vaut arrêter le traitement 24 h avant de partir et se mettre à l’heure locale au moment de prendre l’avion. Le décalage pour New York se rattrape, lui, en trois jours en avançant chaque prise de 2 heures », préconise Gabriella Spiridon, médecin infectiologue à Paris.
■ Après le vol
Certains médicaments étant photosensibilisants, prévoir une crème solaire d’indice élevé. Le risque de transmission du VIH et autres agents d’IST justifie d’emporter des préservatifs.

Dossier réalisé par Jacqueline Machu
Photo Miguel Medina
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ADRESSES UTILES
● Diabétiques : www.afd.asso.fr
● BPCO et problèmes respiratoires : www.ffaair.org
● Asthme : www.astmanet.com
● VIH : www.aides.org
● Institut Pasteur : www.cmip.pasteur.fr
● Hôpital nord de Marseille pour les maladies tropicales : www.ap-hm.fr
● Ministère des Affaires étrangères : www.diplomatie.gouv.fr
● Direction générale de l’aviation civile : www.dgac.fr
● OMS : www.who.int


COMMENT SURMONTER SA PEUR ?
L’aérophobie peut toucher jusqu’à un tiers des passagers. Les causes sont diverses, allant de la vraie phobie en passant par l’exacerbation de syndromes de sevrage au tabac ou à l’alcool pendant la durée du vol, qui entraînent agitation et instabilité. Avant le vol, on pourra envisager la prise d’un anxiolytique léger (Sériane anti-stress, Sédatif PC) ou sur prescription (alprazolam, bromazépam). Pour les fumeurs, les substituts nicotiniques en patchs ou gommes ou tabs (Nicorette, Nicotinell) s’imposent. Pour éviter le mal de l’air, le Dr Catherine Porte-Arondelle, médecin de Mondial Assistance, préconise de « choisir une place au centre de l’avion, près des ailes et fixer un point immobile à l’horizon. Éviter les repas copieux et l’ingestion d’alcool. Éventuellement, prendre un traitement préventif anti-émétique (Nautamine) une heure avant le voyage.