n°1212
juillet-aout 2009
Actualité
Edito
Agir au nom de tous
A l'heure où de nombreux confrères voient s'effriter la rentabilité de leur officine, des fortunes sont englouties dans de ruineuses campagnes de communication. Des campagnes qui, sous le prétexte de promouvoir le savoir faire de la profession, ne sont rien de plus que de la réclame pour certaines catégories de pharmacies. Savourez le paradoxe ! Tandis que l'on s'échine à défendre la répartition démogéographique des officines, qui garantit l'accès de chaque Français à une officine près de chez lui, des spots radio et des affiches publicitaires vantent bruyamment les mérites et le professionalisme de « certaines » officines dûment estampillées. Ce qui revient, en creux, à disqualifier la compétence de celles qui n'ont pas le privilège d'arborer le bon logo. La liberté de communiquer a bon dos, quand elle autorise, derrière de vertueux slogans, le dévoiement pur et simple du principe d'égalité de compétence des pharmaciens. Si, comme le suggèrent ces publicités, certaines officines « valent le détour », à quoi bon continuer à défendre un maillage harmonieux de 23 000 pharmacies ! Enfin, messieurs les communiquants, de grâce : cessez de revendiquer la défense de l'intérêt collectif, quand le développement commercial de vos propres structures commande la moindre de vos actions.
Le mélange des genres n'a que trop duré : tandis que l'Ordre dénie aux syndicats le droit d'intervenir dans ce qui relève de la législation, certains groupements se piquent d'organiser la défense professionnelle. Autant dire que ceux de nos confrères qui n'adhèrent pas au bon réseau ont du souci à se faire. Syndicat majoritaire de la profession, la FSPF s'enorgueillit de défendre tous les pharmaciens, de négocier au nom de chacun d'eux, qu'il soit ou pas adhérent à un syndicat départemental. Nous ne voulons pas que
les ambitions individuelles
nous fassent rater le rendez-vous de l'Histoire Nous ne briguons pas, comme certains, le ministère de la parole. Nous avons mieux que cela : la légitimité démocratique, qui nous commande de défendre les intérêts de la profession, de toute la profession, et ce dans l'intérêt final du patient. C'est pourquoi nous avons décidé aujourd'hui d'expliciter nos positions. La décision récente de la Cour de justice de Luxembourg, et plus récemment encore l'adoption de la loi HPST, ouvrent de nouvelles perspectives et nous incitent à opérer des choix. Des choix stratégiques majeurs quant au modèle de développement professionnel, économique et organisationnel que nous serons amenés à promouvoir. Nous avons toujours défendu l'indépendance de la profession et l'élargissement de nos responsabilités de professionnels de santé. Pour ce faire, le pharmacien doit rester maître à bord : on ne doit pas sacrifier le lien qui unit le titulaire au capital de l'officine dans laquelle il exerce. Cela posé, il nous faut définir de nouveaux modes de rémunération permettant à chacun d'endosser de nouvelles responsabilités au service du patient. Enfin, il nous faut réaffirmer l'importance de faire bénéficier tous les pharmaciens des conventions futures avec les régimes complémentaires, comme nous l'avons fait avec le régime obligatoire. Nous ne voulons pas d'une profession à deux vitesses, nous ne voulons pas d'un réseau disloqué, nous ne voulons pas que les ambitions individuelles nous fassent rater le rendez-vous de l'Histoire.
Philippe Gaertner
Président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France