n°1212 juillet-aout 2009
Retour|Imprimer| envoyer à un ami
Santé Oncologie Le cancer tête/cou avance masqué
En l’absence de symptômes spécifiques, les cancers de la tête et du cou sont fréquemment ignorés et découverts à un stade trop avancé.

Les cancers de la tête et du cou sont peu connus de la population. Touchant en majorité la cavité buccale, le pharynx et le larynx, ils se situent pourtant au sixième rang des plus fréquents dans le monde. Ce sont aussi les plus meurtriers : le nombre de nouveaux cas annuels est estimé à 143 000, pour plus de 68 000 décès. Sans surprise, les trois quarts sont attribués à la consommation de tabac et d’alcool... Les symptômes dépendent de la localisation de la tumeur. Cependant, comme le signale Jean-Louis Lefebvre, chef du département de cancérologie cervico-faciale du Centre Oscar Lambret à Lille, « les signes d’appel sont d’une grande banalité : une douleur à l’oreille de type otite, une gêne pharyngée qui évoque une angine, une voix enrouée qui fait penser à une laryngite, une douleur dentaire semblable à celle provoquée par une carie, etc. Comme les patients sont de grands fumeurs et buveurs, il existe une inflammation chronique et ces tumeurs sont très souvent surinfectées ».

Douleurs très banales

Du fait de la non spécificité des troubles, le diagnostic de la maladie est souvent retardé : 40 % des patients sont dépistés et traités alors qu’ils en sont déjà au stade métastatique, avec seulement six à neuf mois de survie en moyenne. Bien trop tard. « Le patient s’automédique avec un traitement banal et le médecin traitant peut aussi être “abusé’’ et prescrire un traitement qui va avoir un effet passager », explique Jean-Louis Lefebvre. Face à une pathologie aussi grave, que peut le pharmacien ? « Connaissant bien ses clients et leur mode de vie, il doit conseiller une consultation vers le médecin de famille ou le spécialiste si ces signes persistent plus de deux semaines ou s’ils réapparaissent. » Il faut savoir deviner l’invisible. La délivrance réitérée de produits d’automédication type antiseptique ou anti-inflammatoire pour des problèmes ORL récurrents doit attirer l’attention et déclencher une petite enquête : depuis quand avez-vous mal ? Avez-vous souffert, dernièrement, du même problème ? Fumez-vous ? Buvez-vous régulièrement ? Une angine qui ne guérit pas malgré un traitement antibiotique bien conduit doit par ailleurs éveiller l’attention, tout comme une raucité inhabituelle de la voix. Un dossier pharmaceutique bien tenu sera évidemment un outil précieux dans ce genre de dépistage.

Claire Grevot 
Photo Miguel Medina

Image
Plus de 90 % des cancers de la tête et du cou sont des cancers dits « à cellules squameuses » ou SCCHN (squamous cell carcinomas of the head and neck). 

NOTA BENE
Dirigé spécifiquement contre le récepteur du facteur de croissance épidermique, le cétuximab (Erbitux) est le dernier traitement ciblé en date. Déjà utilisé en association à une radiothérapie, il est désormais indiqué en traitement de première ligne du cancer de la tête et du cou récurrent et/ou métastatique. Avec cet anticorps monoclonal, la durée de survie globale augmente de près de trois mois sans impact sur la qualité de vie.