n°1181
juin 2006
Actualité
Congrès
Retrouvailles au sommet
Six mois après le bras de fer ayant opposé les pharmaciens à leurs autorités de tutelles, le congrès national a sonné l’heure des premiers bilans entre les représentants de l’officine et le ministre de la Santé. Sans faire l’impasse sur les questions qui fâchent.
Xavier Bertrand le savait : sa présence au congrès national des pharmaciens n’avait rien d’une simple formalité. Impatiemment attendu par les officinaux rassemblés les 21 et 22 mai à Albi, il n’entendait justement pas jouer les utilités. Face aux interrogations de la profession, le ministre de la Santé est venu dérouler une partition qu’il connaît bien, et qui lui réussit : jouer cartes sur table, aplanir les différends, et louer à tout propos les mérites de la concertation. A peine débarqué de sa Vel Satis, c’est dans une salle comble qu’il a fait son entrée, salué par des applaudissements nourris. Un accueil qu’il n’a pas manqué de commenter : « Vous auriez pu avoir des raisons pour ne pas forcément me faire confiance et en tout cas, pour ne pas m’applaudir à mon arrivée », a-t-il relevé dans un sourire. En comparaison du climat sibérien de la fin 2005 et de ses « relations très mouvementées » – selon l’expression du président de la FSPF – le contraste avait en effet de quoi surprendre.
Fair play
Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis l’automne dernier et l’annonce du funeste Projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Sans la mobilisation massive des pharmaciens, le marché du générique aurait-il résisté à un TFR d’application automatique à 24 mois ? Aujourd’hui, le ministre de la Santé se veut fair play lorsqu’il se remémore la réouverture des négociations avec les pharmaciens, qui l’avait alors conduit à revoir sa position : « Grand bien nous en a pris, les uns et les autres ! "Nous avons eu raison
de vous faire confiance"
Xavier Bertrand Parce qu’à l’origine, il y avait une erreur de diagnostic en ce qui nous concerne mais pas seulement nous, un certain nombre d’observateurs qui pensaient notamment que le générique était parvenu à un plafond, qu’il ne pourrait plus progresser et que, dans ces conditions-là, le TFR était la seule voie qui s’imposait ». Une erreur d’appréciation, préalable à une crise de confiance dont le ministre de la Santé a choisi de tirer les enseignements : « Vous m’avez dit, vous m’avez même démontré qu’il y avait une autre voie. J’ai donc fait le pari de la confiance. J’ai donc écarté ce TFR généralisé en prenant un certain nombre de mesures, en accélérant d’autres mesures attendues {…}. Et l’on s’aperçoit aujourd’hui, avec les premiers chiffres, que nous avons eu raison de vous faire confiance ».
Grands conditionnements
Un constat que ne réfute évidemment pas Pierre Leportier, président de la Fédération, qui remarque : « Nous vous avons convaincu de l’importance de pérenniser notre rôle de prescripteurs d’économies en nous laissant poursuivre le développement du marché des génériques ». « Il n’empêche, s’empresse-t-il d’ajouter, que le plan médicament 2006, qui vient se surajouter au plan de M. Douste-Blazy qui court sur 2005-2007, fera certes économiser plus de 1,5 milliard d’euros à l’Assurance maladie, mais fait supporter cette année à notre profession une perte de plus de 500 millions d’euros de marge. C’est très lourd ! » Conforté par les résultats positifs enregistrés par la réforme de l’Assurance maladie – avec un déficit, à fin 2005, de huit milliards “ seulement ” – Xavier Bertrand ne s’est pas caché, une nouvelle fois, de vouloir « inverser la tendance, avec une évolution des dépenses des produits de santé qui était à plus de 6 % entre 2005 et 2007 ». Outre les efforts demandés en matière de génériques (voir encadré p. 8), le ministre est ainsi revenu sur la question des conditionnements de trois mois. Tout en reconnaissant les problèmes posés aux pharmaciens en termes de rangement et d’organisation des stocks, il a loué un sujet « perçu par les Français comme une mesure de bon sens ». Alors que les grands conditionnements de quatorze médicaments ont été inscrits au remboursement courant mai, il réaffirme sa volonté : « Je vous le dis franchement : mon objectif est que l’ensemble des traitements chroniques qui ne nécessitent pas de surveillance mensuelle puisse être dispensé de cette façon-là ».
Haro sur le SMRI !
Un autre type de médicaments a fait l’objet d’une attention toute particulière. « Le déremboursement de plus de 250 médicaments au 1er mars a remis sur le devant de la scène le dossier de l’automédication et de la stagnation de son marché autour de 6 % alors qu’il y a de plus en plus de médicaments déremboursés », s’est étonné Pierre Leportier. Réfutant le terme d’« automédication » – « qui laisse à penser que les patients peuvent se soigner sans avis et conseils de leur médecin et de leur pharmacien » – le président de la Fédération s’est insurgé contre le mauvais traitement réservé à ces spécialités : « Alors que pour des raisons d’équilibre économique du système social collectif, il n’est pas illogique de privilégier le remboursement des traitements innovants, comment peut-on justifier le déremboursement des médicaments par un Service médical rendu insuffisant, alors qu’ils ont rendu de bons et loyaux services pendants des années, et s’étonner ensuite des réticences des patients à les accepter lorsque nous les conseillons, d’autant que, par ailleurs, le handicap du non-remboursé fait qu’ils ne sont plus prescrits par les médecins ». Ces médicaments, qui font partie intégrante de l’offre de soins, souffrent à la fois du discrédit que fait peser sur eux l’infâmant SMRI, et une absence de prise en charge et d’encadrement tarifaire, source de dérégulation des prix. Qu’on ne s’étonne pas, dès lors, de voir la France en queue de peloton pour les contre-performances qu’elle affiche en termes de médication officinale. D’où cet appel de Pierre Leportier à « préserver la crédibilité de ces médicaments en ne mettant plus en doute leur efficacité et en les maintenant dans un système de prix administré afin d’assurer la meilleure lisibilité pour le patient et favoriser leur prise en charge par les assurances complémentaires ». Comme il l’avait annoncé dans les colonnes du Pharmacien de France (n° 1179, 30/03/06), le ministre de la Santé a confirmé réfléchir au sujet. Jugeant le terme SMRI « complètement impropre », il dit comprendre la mission impossible qui échoit au pharmacien, « car aller expliquer à un patient que le médicament qu’il prenait depuis des années est inefficace {…} demande des efforts de pédagogie que moi-même {…} je renonce à entreprendre ! » Et de proposer de modifier les textes réglementaires, notamment européens, afin d’éviter une situation jugée « incompréhensible » pour les patients. Xavier Bertrand le promet : « Sur ce dossier-là je ne laisserai pas se reproduire un certain nombre de situations, de “ bugs ” comme certains les appellent ». Il a enfin rappelé travailler avec les représentants de l’officine « pour que l’on puisse voir comment éviter ce genre de dérives ».
Astreinte, LPPR : ça bouge
Interpellé par Pierre Leportier sur les prix limite de vente auxquels sont désormais soumis de nombreux dispositifs médicaux, et sur le fait que « le pharmacien voit sa marge étranglée entre le prix fabricant et le prix limite de vente », le ministre de la Santé a pu juger de l’irritation des pharmaciens, et de leur impatience. A l’officine, les produits concernés représentent en effet 44 % du chiffre d’affaires de l’ensemble de ce marché. D’où cette demande pressante de la FSPF : «A l’instar des médicaments, nous demandons l’instauration d’un taux de marge fixé règlementairement pour la distribution des dispositifs médicaux soumis à prix limite de vente afin que le pharmacien puisse continuer à dispenser ces produits de santé dans des conditions en cohérence avec les exigences d’un exercice officinal de qualité ». "Le pharmacien voit sa marge étranglée entre le prix fabricant
et le prix limite de vente"
Pierre Leportier Déjà alerté par la Fédération, le ministre a d’ores et déjà saisi le Comité économique des produits de santé (CEPS), lequel devra lui faire prochainement des propositions. « Il n’est pas question, a-t-il assuré, de laisser perdurer de telles anomalies. {…} L’objectif est que la fixation des prix ne mette pas en péril la rémunération des pharmaciens ». Autre sujet d’inquiétude, la convention pharmaceutique nationale. Enfin signée avec l’Uncam, au terme de plusieurs années de négociations et d’atermoiements, elle attend encore de pouvoir entrer en vigueur, laissant au point mort des thèmes aussi importants que la rémunération de la permanence des soins : « Nos confrères, a martelé Pierre Leportier, attendent impatiemment la mise en oeuvre de l’astreinte ! » Rappelant son attachement à la permanence des soins et à l’intégration des pharmaciens dans ses instances de coordination, tant au niveau national que départemental, Xavier Bertrand a indiqué avoir signé le 17 mai l’arrêté d’approbation de la convention, laquelle institue notamment une rémunération de l’astreinte à hauteur de 75 euros par tranche de 12 heures. La publication au Journal Officiel n’en devient que plus pressante encore !
Réseau des officines : pas de tabou
L’avenir du réseau des officines est une préoccupation constante des organisations syndicales, et notamment de l’Association de pharmacie rurale (APR). Son président, Yves Trouillet, s’est ainsi employé à interpeller le ministre de la Santé sur l’avenir du réseau officinal, dans un contexte de désertification médicale des zones rurales : « Le mal avance plus vite que les remèdes », a-t-il plaidé, en évoquant le peu d’appétence des jeunes médecins pour l’exercice rural. « Nous nous dirigeons lentement vers une désertification médicale et pharmaceutique des campagnes. Dans la plupart des cas, un médecin qui part, c’est une pharmacie affaiblie qui n’est plus un exemple motivant pour une reprise. » Par effet de dominos, c’est donc l’existence même d’une offre de soins et de produits de santé en zone rurale qui se trouve compromise. Sur la question de la démographie médicale, le ministre botte en touche, et renvoie l’Assurance maladie et les syndicats médicaux à leurs responsabilités, et à la signature d’un avenant sur la question : « Je veux bien recevoir un certain nombre de remarques ou de reproches, mais parfois je ne suis pas le bon client ! » Sur le réseau officinal, son objectif est clair : « garder un maillage du territoire cohérent avec les besoins de la population mais en garantissant aussi aux titulaires des officines une activité suffisante ». Pour ce faire, il entend étudier toutes les solutions « sans tabous », qu’il s’agisse d’un fonds d’aide destiné à indemniser les titulaires d’officines invendables, ou de favoriser les regroupements entre petites officines implantées dans différentes communes proches. Sur ces points, a-t-il dit, « je demande que chacun puisse me dire clairement quelle est sa position et ensuite, ne vous inquiétez pas, je saurai prendre les décisions qui s’imposent ». L’occasion pour le ministre de la Santé de rappeler ses bonnes résolutions : « Une réforme {…} ne se construit pas dans les seuls bureaux de mon ministère. Ce n’est pas possible ! {…} nous en avons eu l’exemple justement avec le PLFSS où nous avons failli faire fausse route ». Reconnaissant que les contraintes respectives des gouvernants n’étaient pas toujours celles des professionnels sur le terrain, il a rappelé que les objectifs, eux, étaient les mêmes : « Apporter le meilleur service de santé à nos concitoyens dans les meilleurs conditions économiques possibles ». CQFD.
Laurent Gainza
Photo Miguel Medina

Formation continue : enfin du concret
Une question taraudait particulièrement le président de l’Utip : celle de la publication du décret relatif à la formation continue, qui n’en finit pas d’être différée depuis la loi de santé publique du 9 août 2004. A tel point qu’après presque deux ans d’attente déçue, Philippe Gaertner, s’adressant au ministre, a déclaré : « Les pharmaciens doutent de la volonté du gouvernement de mettre en place cette formation continue ». Un doute que Xavier Bertrand s’est empressé de balayer : « Tout sera prêt en temps et en heure. Mais si c’était un sujet facile, cela se saurait (…) Le projet de décret relatif à la FPC sera publié dans les jours qui viennent, je m’y engage, en même temps que le décret relatif à la formation médicale et à la formation odontologique continue. » Ce qui entérinera la nouvelle obligation de formation continue pour les pharmaciens, quel que soit leur mode d’exercice. Autre avancée encourageante : le décret « en cours de publication » prévoyant la création d’un Conseil national de la formation pharmaceutique continue. Cette instance d’orientation et d’évaluation, qui sera mise en place en juillet, permettra d’avancer sur la voie de la formation continue. Reste à régler l’épineuse question du financement, afin de garantir l’indépendance de ces formations vis-à-vis de l’industrie. « Nous sommes en train, avec l’industrie et avec les différentes parties prenantes, d’avancer sur ce sujet de façon résolue mais aussi imminente. » Par ailleurs, le Congrès d’Albi n’a pas fait l’impasse sur la formation conventionnelle. « Je pense que cette convention s’appliquera aussi aux adjoints. Il n’y aura pas d’obstacles sur ce point au niveau de l’Uncam », a déclaré Monique Weber, de la direction de l’offre de soins (Uncam).
FR
Générique : gare au relâchement !
Suite à l’accord générique du 6 janvier dernier, le ministre de la Santé a félicité les pharmaciens pour leur mobilisation en matière de substitution, tout en les appelant à aller plus loin dans ce domaine. « J’ai fait le pari de la confiance en écartant le TFR généralisé. Avec les premiers chiffres, nous nous apercevons que nous avons eu raison de vous faire confiance », a-t-il déclaré lors de sa venue au Congrès, reconnaissant avoir commis une erreur de diagnostic quant aux génériques lors de la préparation de son Projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Si l’objectif de substitution pour juin au sein du répertoire des génériques était de 66 %, fin avril, celui-ci atteignait déjà 67 %. « Il faut continuer sur cette voie pour écarter toute autre mesure et faire en sorte que les médecins s’approprient complètement la logique du générique », a-t-il insisté, revenant à plusieurs reprises sur la nécessité d’un vrai partenariat tripartite. Pour atteindre un taux de pénétration de 70 % en fin d’année, « notre travail n’est pas terminé », a-t-il rappelé. « J’espère que nous continuerons sur cette voie car c’est elle qui nous permettra d’écarter définitivement toute autre mesure ». Le ministre en a profité pour annoncer que l’Assurance maladie prépare une action de communication destinée au grand public « pour soutenir les efforts qui sont faits, notamment par les officinaux ». De son côté, Jean-Marc Yzerman (photo) a également nuancé ces bons résultats. « Etre en avance sur l’objectif de juin ne veut pas dire qu’on sera en avance sur ceux de décembre. Sur le tableau de bord, on a atteint 80% sur certaines molécules [amoxicilline + clavulanate de potassium et oméprazole, NDLR], mais d’autres sont en retard », a souligné le conseiller de la commission Economie de la Fédération.
FR