n°1181 juin 2006
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Santé Grossesse Protéger l'enfant à naître

Bien informer les femmes enceintes sur les comportements à risques permet d’éviter les atteintes embryo-fœtales survenant dans les premières semaines de la gestation.
Consommation d’alcool, de tabac ou de cannabis, usage de certains médicaments, alimentation de la mère au cours de la grossesse… Autant de comportements qui exposent le futur enfant à des problèmes graves. Les professionnels de santé, dont les pharmaciens, doivent de plus en plus s’impliquer dans la prévention de ces risques afin d’offrir des conditions optimales au développement de l’embryon et du foetus.

Halte aux toxiques

La consommation de tabac durant la grossesse expose le futur enfant à un retard de croissance intra-utérin. Il faut savoir que le tabagisme de la mère est l’une des premières causes de prématurité. Après la naissance, il existe en outre un risque de mort subite du nourrisson amplifié par le tabagisme passif, quand le couple fume. Par ailleurs, plus de 2 000 enfants naissent chaque année en France avec des malformations ou des troubles liés à la consommation d’alcool par la femme enceinte. Les travaux récents ont établi que l’alcoolisation au cours de la grossesse se traduit fréquemment par des troubles du comportement exprimés soit dès la naissance (agitation, troubles du sommeil), soit seulement au cours de la première enfance, voire à l’adolescence (difficultés d’apprentissage et d’acquisition du langage, retard scolaire, etc.). A redouter : le syndrome d’alcoolisation foetale (SAF) qui associe, dans sa forme complète, un retard de croissance intrautérin, une dysmorphie crano-faciale, des malformations cardiaques et des malformations du système nerveux central. Autre toxique aux effets délétères : le cannabis, qui peut être à l’origine d’une diminution du poids de naissance et de troubles du comportement (altération du sommeil, augmentation de l’impulsivité). Son association à l’alcool et au tabac potentialise ses effets.

Médicaments à éviter

Une alimentation inadaptée peut, d’autre part, être un facteur de risques durant la grossesse. L’obésité de la mère constitue ainsi un facteur important d’anomalies du foetus et de l’état de santé du nouveau-né. De plus, l’obésité de l’enfant est fréquente lorsque la mère est en surpoids. Attention : en dehors des situations pathologiques, un régime désodé n’est pas recommandé et les apports en phytostérols pendant la grossesse sont déconseillés. Concernant les risques liés aux médicaments, c’est pendant la période embryonnaire qu’ils sont les plus importants. En règle générale, le placenta ne constitue pas une barrière aux médicaments, excepté pour l’héparine et l’insuline par exemple. Des risques tératogènes majeurs existent avec l’usage de l’isotrétinoïne. D’autres médicaments sont potentiellement tératogènes : lithium, antiépileptiques (valproate de sodium, carbamazépine, hydantoïne, phénobarbital, etc.), anticoagulants oraux. Pendant toute la grossesse, sont également contre-indiqués l’aspirine, les anti-inflammatoires non stéroïdiens, les inhibiteurs de cox-2, les inhibiteurs de l’enzyme de conversion, certains bétabloquants. Des mise en garde sont en outre de rigueur pour les antagonistes des récepteurs de l’angiotensine 2, certains antituberculeux (rifampicine), anticonvulsivants et psychotropes (antidépresseurs, benzodiazépines). Toutes les mesures doivent être prises pour aider les femmes enceintes concernées à corriger efficacement ces comportements à risques.

Claire Grevot
Photo Miguel Medina

Le CRAT répond à vos questions
Outre ses missions de formation, de publication scientifique et d’expertise pour les autorités de santé*, le Centre de renseignements sur les agents tératogènes (CRAT) assure l’information des professionnels de santé en répondant à près de 2000 questions par an. Transmises par téléphone, par courrier (papier ou électronique) ou par télécopie, les questions reçoivent le plus souvent une réponse par téléphone, afin de répondre précisément à chaque cas. « Nous observons une nette augmentation du nombre des questions qui nous sont posées, indique le docteur Elisabeth Elefant, responsable du CRAT, et il apparaît que les pharmaciens sont très concernés par la question des risques pour le nouveau-né que posent l’automédication ou la prescription de médicaments en cours de grossesse. » Ce manque d’informations des professionnels de santé a amené le CRAT à mettre « en ligne » sa base de données. Au mois de mai prochain, un site web sera ainsi accessible à tous les professionnels, gratuitement et sans mot de passe (www.lecrat.org).

* Le CRAT participe activement au groupe de travail «Reproduction, Grossesse et Allaitement » de l’Afssaps. Coordonnées : CRAT, Hôpital Armand Trousseau, 26, avenue du Docteur Arnold Netter, 75571 Paris cedex 12. Tél/fax : 01 43 41 26 22. 

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INTERVIEW
« Supprimer l’automédication »
Pour Claude Dreux*, spécialiste de la prévention et de l’éducation pour la santé, le pharmacien a un rôle clé auprès de la femme enceinte afin de prévenir les risques pour son futur enfant.  Egalement pharmacien, il est co-auteur, avec Gilles Crépin (gynécologue obstétricien à Lille), du rapport «Prévention des risques pour l’enfant à naître ; nécessité d’une information bien avant la grossesse » publié par l’Académie nationale de médecine.

Quels sont en matière de médicaments, les premiers conseils à donner à la femme enceinte ?
Concernant les médicaments destinés à certaines affections ou maladies chroniques (anticoagulants, antiépileptiques, antidépresseurs, etc.), le pharmacien doit recommander à la patiente de consulter son médecin avant de continuer son traitement. En effet, seul le médecin traitant est à même de décider si la prescription doit être maintenue ou non (évaluation de la balance bénéfices/risques pour l’enfant et pour la mère). Mais la première règle pour la femme enceinte consiste à supprimer l’automédication. Il faut notamment lui rappeler que l’aspirine – souvent utilisée en automédication – est contre-indiquée pendant toute la grossesse. Utilisée à dose anti-inflammatoire, celle-ci est potentiellement dangereuse pour le foetus. Les laxatifs, les vitamines A et D sont d’autres produits à éviter.

Y a-t-il d’autres domaines, en dehors de la sphère du médicament, où le pharmacien peut jouer son rôle de conseiller ?
Il peut donner des recommandations pour prévenir les risques liés au tabac. Plus exactement, il s’agit pour lui d’inciter les femmes enceintes à suivre des programmes de suppression de l’usage du tabac, d’orienter vers la méthode de substitution la plus adaptée. Compte tenu des fréquentes rechutes observées lors des tentatives de sevrage, l’information devrait également cibler les jeunes femmes en âge de procréer afin que cellesci commencent un programme de sevrage bien avant de démarrer une grossesse. Il serait utile que le pharmacien ait à sa disposition des outils d’aide à la prévention, tels des documents d’information sur les risques liés au tabac à remettre à la femme enceinte ou à celle qui se présente pour acheter un test de grossesse. Avec le Cespharm, nous travaillons à la mise au point de tels outils, de même qu’à l’élaboration d’un questionnaire simple concernant l’alcool (Buvez-vous du vin ? De la bière ? Combien de verres, etc.) pour attirer l’attention sur les méfaits d’une exposition prénatale. Plus largement, nous envisageons de faire une campagne auprès des pharmaciens afin qu’ils s’impliquent plus fortement dans l’information sur les risques pour l’enfant à naître (fourniture d’affiches pour les vitrines et documents à diffuser aux patients).