n°1191 juin 2007
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Actualité Economie Le générique trace sa route
A huit mois de l’échéance, les taux de substitution départementaux sont en nette progression, laissant présager que l’objectif national de 75 % sera atteint.
Les lignes de la substitution ont bougé, et, en quelques mois, les « mauvais élèves » sont souvent devenus les premiers de la classe. En août dernier, dix départements (Paris, Hautsde- Seine, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne, Yvelines, Essonne, Haute-Vienne, Bouches-du-Rhône, Haute-Corse et Corsedu- Sud) figuraient en queue de peloton, à plus de 10 points de l’objectif qui leur avait été assigné par l’accord passé entre l’Uncam et les représentants de l’officine en janvier 2006. A l’époque, seul le département des Alpes-Maritimes avait déjà dépassé son objectif. Et pour cause : la CPAM de Nice avait été la première à appliquer le dispositif « tiers payant contre générique ». Dans son sillage, huit départements avaient fait de même. Depuis le début de l’année, ce sont 16 nouvelles caisses qui ont suivi le mouvement. Résultat : une progression spectaculaire dans les départements initialement à la traîne. Fin avril, seuls six départements (Paris, Seine-Saint-Denis, Moselle, Bas- Rhin, Territoire de Belfort, Allier) affichent toujours un écart supérieur à 5 points par rapport à leur objectif à atteindre en décembre prochain. Ils sont désormais 14 à l’avoir atteint, voire largement dépassé. Les écarts entre départements se sont resserrés, signe que la substitution arriverait à maturité ? « Il faudra attendre un ou deux ans pour harmoniser les taux de progression département par département, analyse Jean-Pierre Lamothe, vice-président de la FSPF. Le dispositif « tiers payant contre générique » est un outil supplémentaire donné au pharmacien, qui conserve son droit de non-substitution. Il n’y a cependant aucune raison de l’étendre aux départements qui ne connaissent pas de difficultés particulières en la matière. »

Croissance record

L’optimisme est donc de mise, alors que les officinaux, après avoir relevé le défi des 70 % de taux de substitution nationale l’an dernier, semblent bien partis pour atteindre leur objectif 2007. Impossible pour l’instant d’anticiper sur ceux des années à venir, le taux de progression étant défini année après année. « En 2008, il devra être pondéré, en tenant compte du taux de substitution rebasé. L’an prochain, l’objectif national de 75 % pourrait être maintenu, voire revu à la baisse, puisque la valeur du marché des génériques ne s’élèvera qu’à 160 millions d’euros, contre 330 millions d’euros en 2007 », explique Jean-Pierre Lamothe. De nombreuses «grosses» molécules vont néanmoins tomber dans le domaine public dans les trois prochaines années, et des classes thérapeutiques entières – ulcère, dépression, allergie – seront dominées par les génériques. Puis, aux alentours de 2010, l’apparition des biosimilaires issus des biotechnologies, constituera une nouvelle manne pour les génériqueurs. Le marché du générique, qui a connu une croissance record ces quatre dernières années – en moyenne 21 % par an –, affichait l’an dernier un chiffre d’affaires de 1,6 milliard d’euros. Si sa concentration est amorcée, il est encore trop tôt pour en mesurer les répercussions à l’officine. « Le marché va naturellement retrouver un équilibre, pronostique le vice-président de la FSPF. Les incitations financières dues à la forte concurrence actuelle vont s’assagir. » Avec pour corollaire un manque à gagner pour les pharmaciens, « d’où l’intérêt de déjà raisonner en termes de système économique régulé pour l’officine. Nous devons préparer les esprits au fait que d’ici quatre à cinq ans, il faudra revoir certains paramètres de la marge. »

Fanny Rey
Photo Miguel Medina

INTERVIEW
« La substitution ne retombera pas »
Anne Baille, vice-présidente « Affaires économiques » du Gemme.

Le marché du générique a connu une croissance record ces quatre dernières années, et ce malgré la baisse de prix qui l’a affecté en 2006. Peut-on en conclure qu’il est arrivé à maturité ?
Si la maturité désigne la compréhension des règles par l’ensemble des acteurs concernés – pharmaciens, médecins, patients, Assurance maladie –, la réponse est positive. Tous ont compris l’intérêt de la substitution, ses enjeux et ses mécanismes. Les années 90 ont vu l’explosion des produits innovants, des classes entières sont apparues avec des chefs de file aujourd’hui parmi les standards thérapeutiques. Par exemple : les antidépresseurs modernes avec la fluoxétine ou les inhibiteurs de la pompe à protons avec l’oméprazole. Autant de molécules qui nourrissent aujourd’hui le « pipeline » du générique et les ressources de l’Assurance maladie. Le médicament générique fonctionne davantage comme un générateur de ressources que comme le moyen de combler le trou de la Sécu. Les économies dégagées permettent de prendre en charge les grandes innovations telles que les spécialités oncologiques et les traitements des maladies orphelines sans entraîner de dérive majeure pour l’Assurance maladie.

Après 2006, année faste pour les lancements de génériques, le rythme risque-t- il de s’essouffler ?
Loin d’entamer une phase de déclin, le marché français va continuer à se développer du fait des échéances de brevets dans les quatre ou cinq ans à venir.
« Le dispositif d’incitation financière doit perdurer : ce n’est pas rien de substituer ! » Le fluconazole et l’ondansetron sont tombés dans le domaine public en mars. Cet été, les brevets de grosses molécules comme l’amlodipine, la cefpodoxime et la terbinafine arrivent à échéance. 2008 sera impactée par la rispéridone et le lanzoprazole qui seront disponibles en décembre prochain. Par ailleurs, les échéances brevetaires seront un peu moins nombreuses, mais il s’agira de produits-phares, à l’image de la venlafaxine. 2009 sera notamment marquée par l’échéance des derniers brevets des inhibiteurs de la pompe à protons.

Face à la multiplication des acquisitions, dans un marché hautement concurrentiel, les génériqueurs français pourront-ils tous faire face aux mutations du secteur ?
Le mouvement de concentration fait partie du marché. La dynamique est enclenchée et elle va continuer. Pour être efficace, il est nécessaire de proposer des produits à moindre coût permettant de réaliser de fortes économies d’échelles avec d’excellentes qualités industrielles. Les leaders de demain devront allier ces atouts à une présence à l’international. En France, le marché est probablement saturé, mais il n’est pas inenvisageable qu’un nouveau génériqueur tente de s’y implanter.

Les pharmaciens ont relevé le défi des 70 % de substitution en 2006. Y a-t-il un risque d’essoufflement, après l’effet « tiers payant contre générique » ?
La substitution ne retombera pas, même si le dispositif a été un peu brutal. Il doit être accompagné par une démarche pédagogique des pharmaciens, afin que les patients, qui s’étonnent parfois que tous les princeps ne soient pas génériqués, se posent les bonnes questions, des questions de fond. Idéalement, il faudrait parvenir à une attitude citoyenne de leur part : qu’ils soient demandeurs de génériques. Tous les acteurs concernés doivent jouer le jeu, ce qui implique également une attitude plus active des médecins. Cette évolution culturelle s’inscrit dans la durée. Il y a déjà une grande avancée, depuis cinq, six ans.

A terme, faudra-t-il maintenir le dispositif actuel d’incitation financière pour les officinaux ?
Le dispositif d’incitation financière doit perdurer : ce n’est pas rien de substituer ! Il s’agit d’un effort réel, constant, qui ne s’arrêtera jamais. Pourquoi accepter de travailler autant qu’avant en gagnant moins bien sa vie ? Un choix fort a été fait : celui d’appuyer le développement des génériques sur les pharmaciens. Cela fonctionne en l’état et une volte-face perturberait la bonne marche actuelle de la substitution. L’effort est collectif : ce n’est pas le moment de modifier le dispositif en vigueur, qui permet de mettre à disposition de l’Assurance maladie des ressources pérennes. C’est un vrai choix stratégique auquel les industriels se sont adaptés et qu’ils continueront d’accompagner.

Propos recueillis par Fanny Rey

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