n°1191 juin 2007
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Santé Gynécologie Vers la fin du cycle féminin
Toutes les femmes le savent : la pilule permet de rendre les règles facultatives. Un laboratoire américain a décidé d’exploiter cette possibilité.
Lybrel, ou comment faire du neuf avec du vieux ? Cette pilule, qui vient d’être approuvée par la Food and drug administration (FDA, l’équivalent américain de l’Afssaps), ne contient « que » du lévonorgestrel et de l’éthynil estradiol, deux hormones présentes dans les contraceptifs oraux depuis des lustres. Son argument de vente est pourtant révolutionnaire. Lybrel permettrait aux femmes de ne plus « subir » leurs règles. Seasonique (sic !) et Seasonale, deux concurrents déjà sur le marché, proposent déjà des règles tous les trois mois, la pilule de Wyeth va donc plus loin. Le principe est vu et revu : une association mini-dosée de ces deux hormones, comme une pilule « normale ». Sauf que Lybrel est prise en continu 365 jours sur 365. « Les femmes qui utilisent Lybrel n’auront plus de règles régulières à dates fixes mais des saignements irréguliers et imprévisibles », précise l’Agence américaine. Pas forcément pratique donc pour les femmes, mais les études cliniques tendent à prouver que ces saignements diminuent avec le temps. Avec un bémol tout de même : près de 50 % des patientes enrôlées dans les essais cliniques aux USA ont abandonné en cours de route, et beaucoup à cause de ces saignements erratiques.

En France l’année prochaine


Dernier problème : ne pas avoir ses règles dans les temps est jusqu’à présent le meilleur moyen pour une femme de savoir si elle est enceinte... La prise de ce genre de pilule devra donc inciter à plus d’attention en cas d’« oublis » ou d’« accidents » : le recours au test de grossesse devra être un réflexe. Plus que d’une avancée scientifique, il s’agit donc d’une évolution sociétale... et d’un bon coup marketing pour le laboratoire. La sortie de Lybrel est déjà prévue en France en 2008 : « Les avis d’experts pourraient être différents, on repart donc de zéro », déclare-t-on prudemment chez Wyeth. On peut par exemple imaginer que les autorités françaises restreignent l’utilisation de Lybrel pour les femmes chez qui les règles sont douloureuses – crampes, nausées, maux de tête – ou en cas d’endométriose. Étant donné la polémique déjà naissante, le fabricant peut en tous cas s’attendre à quelques remous. Rien de nouveau pourtant : les moyens de décaler les règles voire de les stopper existent déjà, mais ils ne sont que des « effets secondaires » de contraceptifs hormonaux standards. On ne s’attaque pas impunément à un symbole.

Laurent Simon
Photo Miguel Medina
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