n°1201 juin 2008
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Actualité En couverture Les dessous de la campagne
Affiches, brochures, pétitions, tous les pharmaciens ont reçu leur kit de campagne. C’est sur eux que repose le succès d’une opération planifiée de longue date afin de mobiliser les Français autour d’un enjeu de poids : l’avenir de « leur » réseau officinal. Le point avec Jocelyne Wittevrongel, présidente de la commission Communication de la FSPF, et maître d’oeuvre de la campagne.
Pourquoi avoir décidé, aujourd’hui, de lancer cette campagne, presque deux mois après le lancement de la campagne du réseau Leclerc ?

On sentait bien que l’attaque de Leclerc n’était que le prélude à ce qui allait se passer, puisque d’autres acteurs de la grand distribution se sont engouffrés dans la brèche. Mais avant même cette offensive médiatique, nous avions noté une convergence de facteurs inquiétants : des parlementaires désireux de réécrire la loi de répartition, des rapports accablants contre notre modèle officinal, la pression exercée par Bruxelles... Ce que nous voulons au travers de cette campagne, sur laquelle nous travaillions depuis la fin de l’année dernière, c’est dire aux Français que nous sommes collectivement placés devant un choix en termes de santé publique et d’organisation des soins : que voulons- nous pour demain, quels sacrifices les Français sont-ils disposés à consentir, quels fondamentaux veulent-ils préserver ? Autant de questions que nous leur soumettons au travers de cette campagne, et sur lesquelles nous leur demandons de prendre position.

Avec l’offensive de Leclerc, avez-vous toutefois modifié l’orientation de votre campagne, les messages qu’elle doit véhiculer
?

Non, car elle a été conçue dès l’origine comme une campagne d’alerte à large spectre. Nous avons finalisé au tout dernier moment les messages développés sur les tracts élaborés pour les patients de l’officine, mais tout le reste de la campagne était déjà arrêté bien avant ces attaques.

La campagne s’appuie sur un message quelque peu décalé – « Tombez malade aujourd’hui » –, d’autant que l’explicitation de ce même message arrive dans une seconde phase. N’est-ce pas risqué ?

Peut-être, mais nous assumons ce risque. L’idée était de marquer les esprits avec un ton à la fois dramatique et humoristique. Nous ne voulons pas asséner un message, mais éveiller l’attention des Français, susciter un dialogue, et permettre au final une prise de conscience. Nous avons mis plusieurs agences en compétition sur ce projet de campagne, et nous avons retenu la solution la plus originale, celle qui répondait le mieux à notre objectif (lire notre encadré en p. 8).

Sans mobilisation des pharmaciens, il y a peu de chances pour que le message soit entendu. Qu’attendez-vous de vos confrères ?

La meilleure campagne du monde ne marchera que si les pharmaciens croient au message qu’elle véhicule, et s’ils s’investissent dans la transmission de ce message. On ne peut pas tout faire reposer sur des achats d’espaces publicitaires. Si plus de la moitié des pharmaciens collent les affiches dans leurs vitrines et distribuent les tracts à leurs patients, la campagne sera un succès.

Les retours de votre appel de fonds auprès des confrères sont-il à la hauteur de vos espérances ?


Dès le lendemain de notre appel, des centaines de contributions sont arrivées à la Maison des pharmaciens et, à 15 jours du lancement de la campagne, plus de 5 000 chèques nous étaient déjà parvenus. Nous avions proposé à nos confrères de nous envoyer des dons par multiple de 75 euros, ce qui correspond à l’indemnisation d’un jour d’astreinte, avancée que nous avons obtenue il y a deux ans pour le bénéfice de la profession tout entière. Ils ont joué le jeu, et on sent bien que la profession a saisi toute l’importance de cette campagne.
"Nous ne laisserons pas détruire le réseau officinal sans combattre"
Pouvez-vous jurer que cette campagne n’est pas le moyen de capter de nouveaux adhérents pour la FSPF ?

Nous n’avons jamais espéré que cette campagne nous rapporte le moindre adhérent supplémentaire. Si nous avions voulu faire plaisir aux pharmaciens, il nous était facile de « dégainer » rapidement une campagne extrêmement agressive, corporatiste, en réponse aux attaques de Leclerc. Mais pour quel résultat ? Là, nous voulons nous appuyer sur nos confrères, sur leur sens de la proximité et du dialogue, pour interpeller les Français. Nous ne voulons pas nous faire plaisir, nous voulons convaincre. La seule signature de cette campagne, c’est la croix verte. Ce qui importe, c’est que la voix de l’officine se fasse entendre.

Quel jugement portez-vous sur les nombreuses campagnes qui sont apparues en riposte à celle de Michel- Edouard Leclerc ?

Je trouve très bien que les pharmaciens aient tenu leur place dans cette affaire, et répondu avec des arguments souvent appropriés aux attaques dont nous faisions l’objet. Chacun a répondu selon sa sensibilité et sa perception des choses. De son côté, la FSPF a porté la contradiction à Leclerc dans de nombreux médias, sans toutefois modifier la philosophie ni le timing de sa campagne. Nous n’avons pas voulu lâcher la proie pour l’ombre.

Vous demandez aux Français de prendre position et d’adresser une pétition à l’Elysée. Ne craignez-vous pas qu’on vous reproche de faire défendre par les patients les intérêts d’une corporation ?

Il ne s’agit pas de cela. Avec cette campagne, nous, pharmaciens, demandons aux Français de se positionner par rapport à leur système de santé. Nous ne leur demandons pas de défendre nos intérêts, mais nous les alertons sur les menaces très précises qui pèsent sur l’accès au médicament, et nous les enjoignons à manifester, eux-aussi, leurs inquiétudes.

Ne craignez-vous pas que la pharmacie passe pour une profession rétive au changement, accrochée à ses privilèges ?

Mais de quels privilèges parle-t-on ? Celui d’assurer un service de proximité en tous points du territoire, de jour comme de nuit, tous les jours de l’année ? Celui d’assurer, par une formation extrêmement aboutie, un accès sécurisé au médicament ? Celui d’investir du temps, des moyens, de la compétence dans le déploiement de Sesam Vitale, dans le développement du générique, dans la mise en oeuvre du Dossier pharmaceutique ? Nous sommes une profession extrêmement moderne et mobilisée, désireuse de s’investir plus encore dans la santé publique de nos concitoyens, pour peu qu’on nous en donne les moyens. Ceux qui parlent de privilèges ou de rentes de situation ne nous connaissent pas.

Avec cette campagne, avez-vous le sentiment de politiser le débat ?

Vous savez, la grande distribution n’a jamais hésité à s’adresser au grand public, quitte à manier des symboles très politiques – à l’exemple de l’iconographie de mai 68 – pour faire passer ses messages. Nous, ça n’est pas dans nos habitudes : nous ne sommes pas une profession habituée à se mettre médiatiquement en avant. Alors, cette campagne vient-elle politiser le débat ? Je ne le crois pas. Ou alors au sens grec du terme politique, qui veut dire « la vie de la cité ». Les pharmaciens font partie du corps social et politique de ce pays, et les arbitrages qui concernent la santé sont au premier plan des préoccupations des Français. Soyons clairs : cette campagne ne sera pas la dernière. Dès lors que nous engageons un dialogue avec les Français, nous n’entendons pas l’interrompre. Nous ne laisserons pas détruire le réseau officinal sans combattre.

Propos recueillis par Laurent Gainza 
Photo Miguel Medina

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Le timing de la campagne
L’objectif de la campagne de mobilisation est simple : dans la semaine du 26 mai, utiliser les vitrines des 23 500 officines de France afin d’engager un grand débat public sur la place de la santé dans notre société. Pour chaque pharmacien, cette campagne se déroule en 5 phases :
1• Afficher un premier bandeau adhésif sur la vitrine de l’officine le 26 mai
2• Afficher le second bandeau adhésif le 28
3• Se rendre au grand rassemblement organisé dans les grandes villes universitaires de France, le 28 mai à 12h30
4•Remettre le dépliant de pétition en incitant les patients à le renvoyer au président de la République à partir du 28 mai
5•Inciter le maximum de patients à participer à la campagne et à s’informer sur le site Internet de la campagne www.defendezvotresante.com