n°1201
juin 2008
Santé
Epidémiologie
La coqueluche respire encore
Le calendrier vaccinal 2008 la cible particulièrement : cette maladie au nom suranné n’a en effet rien de bénin chez les enfants.
On n’en a jamais fini avec les maladies contagieuses. Après avoir baissé depuis les années 60, les cas de coqueluche sont repartis à la hausse dans les années 90 et 2000 : près de 300 cas par an et 32 décès de jeunes patients sont à déplorer depuis 1996. C’est la première cause de décès par infection bactérienne communautaire chez les nourrissons entre 10 jours et deux mois. Les autorités sanitaires avaient donc dans l’idée depuis quelques temps de resserrer l’étau autour de la maladie. Problème : dans l’impossibilité de vacciner le très jeune enfant, la seule option était donc de pratiquer le « cocooning vaccinal », en recommandant aux adultes de manière générale, et plus spécifiquement aux futurs parents, un rattrapage de vaccination si celui-ci n’avait pas été effectué depuis moins de dix ans. La seule option était donc de pratiquer le « cocooning vaccinal » Attendu que ce sont les adultes les principaux réservoirs de Bordella Pertussis et que celle-ci est hautement contagieuse, il fallait couper tous les ponts à la bactérie. Tous les professionnels de santé – hôpitaux et surtout structures de la petite enfance – sont évidemment concernés en premier lieu. Mais aussi les Ehpad : pour la première fois une épidémie de coqueluche a été reperée et jugulée en juillet 2006. Pourquoi cette résurgence ? Il se trouve que la couverture vaccinale est un peu mitée : la protection procurée par le vaccin ou le fait d’avoir déjà contracté la maladie ne dure que quelques années.
On aura sa peau
En plus, les autorités naviguaient un peu dans le flou puisque la maladie ne doit plus être obligatoirement déclarée depuis 1986, la qualité des statistiques s’en ressent forcément. Aujourd’hui, c’est un réseau de 42hôpitaux sentinelles appelé Renacoq qui s’occupe de son suivi. Ce « mitage » est paradoxalement dû à la généralisation de la vaccination anti-coquelucheuse dans les années 60. La proportion de virus ayant drastiquement diminué dans la population, les « rappels naturels » aussi. Moins d’exposition égale une immunité moins longue. Et ces adultes ou adolescents moins bien protégés transmettent plus facilement la maladie à leurs chères têtes blondes. Quand on sait qu’en plus la coqueluche ce n’est pas comme la varicelle, on peut l’avoir deux fois, la boucle est bouclée. La maladie se caractérise par des toux persistantes – particulièrement la nuit – dont la fin ressemble à un « chant du coq », d’où peut-être le nom de la maladie, même si les avis divergent. Donc en cas de quintes inexpliquées et sans fièvre, incitez vos petits et vos plus grands patients à aller consulter sans délai. La coqueluche naissante peut-être contrôlée avec de l’érythromycine ou des macrolides pendant environ deux semaines. Traiter le patient, traiter l’entourage, vacciner… La coqueluche n’aura pas le dernier mot.
Laurent Simon
Photo Miguel Medina