n°1201 juin 2008
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Actualité Polémique Presse médicale, presse à scandale ?
Les glitazones, nouveaux antidiabétiques oraux, ont été sévèrement attaqués dans un article du New England journal of medicine. Déclenchant la panique chez les prescripteurs et les patients ainsi qu’une grosse colère chez le Pr. Slama, diabétologue à l’hôtel Dieu à Paris.
Comment est née la polémique sur les glitazones ?

Pr. Gérard Slama : Les glitazones sont l’une des toutes dernières classes d’antidiabétiques oraux, basés sur un mécanisme nouveau dans la lutte contre cette maladie épidémique qu’est le diabète de type 2. Leur efficacité a été démontrée sur la glycémie et les résultats largement confirmés par l’expérience clinique et les études qui s’accumulent. Survient alors, patatras, la publication en 2007, dans le New England Journal of Medicine, d’un papier, que beaucoup trouvent de qualité scientifique douteuse, tendant à montrer que dans un sous-groupe de patients prenant de la rosiglitazone (Avendia, voir encadré), il y a un nombre accru d’infarctus du myocarde non mortels. Il s’agit d’une méta-analyse survenant en plein milieu du débat comme pour en invalider à l’avance les conclusions positives possibles. A partir de ce papier se développe un mouvement de panique dans les pays industrialisés. Les agences internationales sont saisies. La Food and drug administration américaine et l’Emea (European medicine agency, NDLR) européenne, après examen contradictoire soigneux des dossiers, décident que « les bénéfices attendus de la molécule sont jusqu’à preuve du contraire supérieurs aux risques potentiels ». Elles se sont contentées de rappeler les précautions d’emploi, en particulier chez les patients au système coronaire très précaire. Trop tard : la masse des médecins, elle, a donné un avis négatif en cessant quasiment les nouvelles prescriptions, en particulier de la rosiglitazone.

Et vous, pensez-vous qu’au nom du sacro-saint principe de précaution, il vaut mieux s’abstenir ?

Pourquoi pas ! Prudence, prudence, prudence... Je suggère alors, qu’au nom du même principe, soient supprimés de la pharmacopée les biguanides, très efficaces, mais qui ont donné peut-être jadis quelques morts par acidose lactique (rien de vraiment prouvé mais prudence !). Il faut également supprimer les insulino-sécréteurs qui donnent des malaises hypoglycémiques, potentiellement mortels si le patient est en situation périlleuse sur une échelle, un toit ou au volant d’une voiture ! " Maintenant la presse scientifique supposée hyper sérieuse, se mêle de diffuser des scandales " Je propose également de supprimer les insulines chez les diabétiques de type 2, chez lesquels les hypoglycémies, bien que moins courantes que chez les diabétiques de type 1, restent très fréquentes et donc, là encore, potentiellement graves. Je me demande s’il faut supprimer tout de suite le rimonabant (Acomplia, NDLR), accusé de donner quelques dépressions ou s’il faut maintenir encore un peu sa commercialisation jusqu’à l’éventuelle publication d’une méta-analyse assassine ou d’un accident psychiatrique grave. Je propose enfin que soient retirés du marché les anti-hypertenseurs les plus efficaces : les statines, les anti-agrégants plaquettaires et, d’une façon générale, toute molécule active !

Presse people et presse médicale sont-elles à mettre dans le même panier ?

Les médecins ne doivent pas se laisser aller à des mouvements de panique orchestrés plus ou moins souterrainement par une presse à scandale puisque maintenant la presse scientifique, supposée hyper sérieuse, se mêle de diffuser les scandales. Les patients sont paniqués, les médecins de plus en plus impuissants, l’industrie pharmaceutique se plie à des règles de plus en plus contraignantes, donc onéreuses pour la communauté des patients. A terme, tout cela ne peut que châtrer les possibilités des médecins à agir en toute sérénité, et privera les 300 millions de diabétiques prévus en 2025, surtout dans le tiers-monde, d’accéder à des traitements devenus hors de portée de leurs moyens financiers. Jusqu’à preuve du contraire, je continue à prescrire de la roziglitazone, au plus grand bénéfice, me semble-t-il, de l’équilibre glycémique de mes patients et je continue à prescrire la metformine, les insulino-sécréteurs, l’acarbose, parfois du rimonabant et toutes les molécules que j’ai citées plus haut...

Propos recueillis par Jacqueline Machu 
Photo Miguel Medina
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Les leçons de l’Avandia La scène se déroule dans la salle des fêtes d’un luxueux hôtel de Londres, le 7 février dernier. Devant un parterre de journalistes, essentiellement issus de la presse économique internationale, le PDG du géant mondial GlaxoSmithKline se plie au rituel de la présentation des résultats annuels du groupe. Le bilan n’est pas mauvais – le résultat par actions a progressé de 4% – mais il aurait pu être bien meilleur. Et Jean-Pierre Garnier – que son état-major appelle « Djay-Pi » – en connaît la raison. En cause, la chute des ventes enregistrées sur l’antidiabétique Avandia (rosiglitazone), à la suite des interrogations que le produit a soulevées en mai 2007 (lire notre interview ci-dessus). Dans le contexte de méfiance suscité par le retrait du Vioxx en 2004, la publication d’une méta-analyse très critique de l’Avandia par un cardiologue américain sur les risques accrus de crise cardiaque qu’il ferait courir aux patients, a fait beaucoup de dégâts. Surtout aux USA, où les ventes de l’anti-diabétique ont reculé de 55 % l’an dernier. Échaudé par cette mésaventure, GSK a inventé la notion de « blockbuster progressif ». Fini les indications tous azimuts, et place à la prudence : en vertu de l’adage « qui va piano va sano », les médicaments vedettes de demain démarreront avec des indications et une population visée plus limitées, et vouées à s’étendre graduellement durant la vie du produit. « Le choc d’Avandia a obéré les comptes et son ombre continue de peser sur GSK », explique Jean-Pierre Garnier, avant de dénoncer un cercle vicieux : « Plus on joue sur la transparence et plus les questions qui peuvent se poser remontent à la surface, sont amplifiées et déformées par les médias, ce qui crée des angoisses chez les patients. On doit donc adapter notre stratégie, mener plus d’études en amont et opérer une commercialisation plus progressive et plus ciblée ». Plus insolite dans ce genre de circonstances, le patron de GSK en profite d’ailleurs pour donner une leçon de journalisme : l’emballement médiatique autour d’Avandia, et les conclusions formulées par des journalistes aux connaissances scientifiques parfois limitées, sont mal passés. Quand les agences sanitaires ne jouent pas leur rôle et que la presse se met à crier au loup, peu de chance pour qu’un produit suscite la confiance des patients et rencontre le succès escompté. CQFD.
Laurent Gainza