n°1211 juin 2009
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Santé Allergies L’air du soupçon
Vivre confiné en ville est nuisible pour la santé : notre environnement « civilisé » produirait un nombre croissant d’allergies. Alors, info ou intox ?
Si les allergies étaient contagieuses, on parlerait de pandémie. En vingt ans, leur fréquence a en effet doublé dans l’ensemble des pays industrialisés. Asthme, rhinites, conjonctivites, eczéma, urticaire, réactions digest ives... «On a l’impression que l’homme fait tout pour aggraver ses conditions de vie », a expliqué le Pr Benoît Wallaert, praticien à l’hôpital Calmette de Lille, Il faudra attendre le résultat d’études menées sur 15 ou 20 ans pour se barder de certitudes  lors du 4e Congrès francophone d’allergologie1. Sont incriminées les particules fines des diesels ou la pollution domestique (tabac, acariens, composés organiques volatils des aérosols, matériaux isolants, peintures, colles, vernis, fumées de combustibles). Ainsi que le confinement dans des maisons à double vitrage, les transports, mais aussi les NAC2, les arbres d’ornement, la «world food » et les aliments industriels... Cette longue liste provoque l’inquiétude et le doute. Les études épidémiologiques disponibles montrent que les pics de pollution exacerbent l’asthme préexistant, que l’exposition chronique à la pollution urbaine peut aussi jouer un rôle dans l’augmentation de la prévalence des allergies et de l’asthme. Mais il faudra attendre le résultat d’études menées sur quinze ou vingt ans pour se barder de certitudes.

L’abus d’hygiène en cause ?

L’environnement occidental serait donc devenu allergène. Il est vrai que certains éléments protecteurs ont disparu. C’est en tous cas l’idée de base de la « théorie hygiéniste » développée dès 1873 par Charles Backley, qui constate que l’asthme est plus fréquent chez les citadins éduqués que chez les laboureurs illettrés, ces derniers étant en contact permanent avec des endotoxines, constituant de la paroi des microbes. Pollen, acariens, nourriture : dans la vie moderne, les allergènes ne manquent pas.Depuis, les preuves s’accumulent : en 1989, un épidémiologiste britannique observe que la fréquence des allergies est inversement proportionnelle à la taille d’une fratrie. En 1992, des chercheurs allemands décident de comparer les taux d’allergie entre les enfants élevés en RDA – où la pollution industrielle était pourtant plus importante – et ceux nés en RFA. Surprise : les premiers développaient beaucoup moins d’allergies que les seconds, grâce à la fréquentation systématique des crèches. Dans les années 2000, d’autres découvertes confirment cette hypothèse centenaire : dès le plus jeune âge, vivre en collectivité ou au contact d’animaux de ferme doperait le système immunitaire ! Aussi, certains scientifiques invitent à la modération : l’hygiène, point trop n’en faut. Le débat est très loin d’être clos.

Jacqueline Machu
Photo DR

1 Ce congrès s’est déroulé du 14 au 17 avril dernier à Paris
2 Nouveaux animaux de compagnie (furets, serpents...) 


LA DÉSENSIBILISATION BIENTÔT EN COMPRIMÉS !
Le laboratoire Stallergènes, qui travaille sur l’immunothérapie allergénique et le développement de traitements par vaccination, a obtenu une AMM en Allemagne pour un comprimé contenant un mélange de cinq allergènes de graminées en juin 2008 et est actuellement en discussion avec les autorités pour obtenir un remboursement en France. « C’est l’avenir » , prédit le Dr Nicolas Hutt, médecin allergologue à Strasbourg.

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ZOOM sur l’immunothérapie
L’immunothérapie spécifique, ou désensibilisation, requiert une forte motivation. Il faut :
■ Déterminer l’allergène responsable par des tests cutanés, interprétés par un allergologue,
■ Administrer des doses, au départ infinitésimales, de cet allergène, jusqu’à atteindre la dose maximale tolérée par le patient.
■ En phase initiale : injections hebdomadaires chez l’allergologue pendant 3 mois ou gouttes sublinguales en prise quotidienne, chez soi pendant 13 à 14 jours.
■ Phase d’entretien : administration à intervalles réguliers de la dose maximale tolérée calculée en fonction de protocoles individuels.
■ Durée totale : trois ans au minimum. La première évaluation a lieu au bout de 6 mois.
■ Contre-indication : asthme non stabilisé, prise de bêta-bloquants, cancer, maladies auto-immunes.
■ Taux de réussite : 70 % avec acariens et pollens et plus de 90 % pour les venins d’hyménoptères (guêpes, abeilles).
■ Pas de résultats probants en revanche pour les allergies alimentaires et de contact : les chercheurs y travaillent.