n°1211 juin 2009
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Santé Contraception Norlevo, 10 ans déjà !
Voilà dix ans que le pharmacien est au cœur du dispositif de dispensation de la contraception d’urgence. Entre cas de conscience et idées reçues, la situation évolue doucement.
Pionnière, la France l’a été dans tous les aspects de la contraception d’urgence (CU). Sceptique ? A titre d’exemple, le lévonorgestrel n’est disponible aux Etats-Unis et aux Pays-Bas que depuis trois à quatre ans. En revanche, sa vente libre à l’officine puis la dispensation gratuite en milieu scolaire ont été adoptées par la plupart des pays développés à la suite de l’Hexagone, même si seules l’Allemagne et la Belgique lui ont emboîté le pas pour la gratuité aux mineures ! A contrario, le respect de l’anonymat de la jeune fille Malgré tous les efforts, le nombre d’IVG reste stable en France est et reste une disposition unique à la France. La sortie du Norlevo en 1999 fut à marquer d’une pierre blanche : pour la première fois, les pharmaciens pouvaient diagnostiquer, prescrire et porter au remboursement un médicament... sans l’aide du médecin ! Si l’engagement des officinaux dans cette situation d’urgence est réelle, certaines réticences subsistent, parfois liées à une méconnaissance ou à un défaut d’information. Rappelons que la CU, qui empêche l’ovulation et/ou l’implantation dans l’utérus de l’oeuf fécondé, est l’ultime rempart avant le recours à l’IVG1, intervention beaucoup plus traumatisante pour la femme.

Contre les idées reçues


A grands pouvoirs, grandes responsabilités : chez les mineures, le pharmacien doit respecter le cadre légal pour la délivrance et a toute latitude de la refuser si ces conditions ne sont pas respectées : les situations d’urgence et de détresse caractérisées, selon les termes du Code de la santé publique (voir Fiche patho p.43). Malheureusement, la situation est plus fréquente qu’on ne le pense : alors que 80 % des Françaises utilisent une contraception, 80 % d’entre elles oublient leur pilule au moins une fois par an. Contrairement aux idées reçues, les femmes n’abusent pas de la gratuité et de l’anonymisation du dispositif. Un quart des grossesses non désirées et un quart des IVG en France en sont la conséquence. « Le nombre total de situations à risque de grossesse chaque année en France est estimé à environ 24 millions, qu’il s’agisse d’un oubli de pilule, d’un accident de préservatif ou d’un rapport non protégé, souligne Luc Massart, responsable des opérations de HRAPharma, alors que 1,25 million de boîtes de contraception d’urgence sont dispensées chaque année, on peut constater un manque d’information des patientes et des professionnels de santé, mais aussi une implication modérée des médecins . » Avis partagé par Jean Lamarche, pharmacien très impliqué en la matière, qui précise : « Les mineures restent mal informées ou oublient ce qui leur a été dit... Pourtant, quand elles sont concernées par la contraception d’urgence, elles ont ensuite un réel besoin de conseils sur la contraception régulière ; il faut souvent casser les fausses idées, notamment concernant le stérilet ».

Les médecins, malgré eux

Le manque de motivation des médecins dans ce domaine reste difficile à expliquer alors même que les recommandations de la Haute autorité de santé (ex-Anaes) sont très claires sur le recours à la CU2. La conduite à tenir en cas d’oubli de pilule devrait être bien expliquée lors de la prescription « et il ne serait pas aberrant d’envisager une co-prescription de CU, à utiliser en cas de risque de grossesse », avance Luc Massart. « " Les mineures restent mal informées ou oublient ce qui leur a été dit " Les mentalités évoluent lentement : la prescription de levonorgestrel est assez rare et représente moins de 5% des dispensations. Et vice versa : selon Jean Lamarche, les pharmaciens pourraient aussi prendre le relais et « sensibiliser à la CU lorsqu’ils délivrent la pilule ». Plusieurs études ont d’ailleurs montré qu’un accès simple et souple à la contraception d’urgence est plutôt bénéfique pour les femmes, qui contrairement aux idées reçues, n’en abusent pas. De plus, le dispositif contribue à une meilleure prise de conscience du risque de grossesse, de l’importance d’une contraception régulière et, surtout, de son observance. Pour Jean Lamarche, « il faut renforcer le faire- savoir », et c’est certainement la large diffusion des informations – notamment auprès des médecins... – qui pérennisera et améliorera ce dispositif. Car malgré les efforts, la France compte toujours près de 200 000 IVG par an, un chiffre qui n’a jamais baissé depuis près de trente ans !

Nathalie Le Goff
Photo Miguel Medina

1 Interruption volontaire de grossesse
2 Stratégies de choix des méthodes contraceptives chez la femme – décembre 2004 
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La CONTRACEPTION D’URGENCE en dates
• 16 avril 1999 : Norlevo obtient l’AMM.
• 27 mai 1999 : arrêté autorisant la vente libre de Norlevo en pharmacie.
• 13 décembre 2000 : loi autorisant l’administration par l’infirmière scolaire et la délivrance gratuite aux mineures en officine.
• 27 mars 2001 : décret d’application de la loi pour la délivrance de la contraception d’urgence dans les lycées et collèges.
• 9 janvier 2002 : décret d’application de la loi pour la délivrance gratuite de contraceptifs d’urgence aux mineures à l’officine.
• 2003 : passage de l’administration de 2 comprimés à 12 heures d’intervalle chacun à une prise unique.
• 5 avril 2004 : mise à disposition du Norlevo dosé en un seul comprimé à 1,5 mg.
• Juillet 2007 : Sortie de l’équivalent thérapeutique Lévonorgestrel Biogaran.  

UNE ÉTUDE ÉPINGLE LES PHARMACIENS
Publiée à l’automne 2008, une étude réalisée par un service de gynécologie-obstétrique de Nice met en lumière les manquements des pharmaciens dans la délivrance du Norlevo. Réalisée pendant l’été 2006 dans 53 officines de la ville, choisies au hasard, cette enquête anonyme souligne que l’espace de confidentialité n’a pas été assuré dans l’immense majorité des cas. Mais aussi que les refus de délivrance représentaient plus d’un tiers des cas, souvent pour de mauvaises raisons, dont une demande de paiement de la part du pharmacien. Quid dans ce cas de la gratuité ? Autre excuse parfois avancée par les potards : un manque en stock. Et même quand le pharmacien accepte la délivrance, certains ne jouent pas le jeu jusqu’au bout et demandent une pièce d’identité. En outre, seulement la moitié des mineures a été informée des modalités d’administration et des effets secondaires du médicament et aucune officine (sic) n’a fourni d’information sur la contraception, la prévention des IST ni sur les coordonnées du centre de planning familial le plus proche. Ces conclusions donnent un éclairage bien peu flatteur du respect par la profession de ses obligations légales. A contrario, on peut aussi arguer qu’il s’agit d’une étude locale vieille de trois ans et supposer qu’elle n’est pas représentative de l’engagement actuel des pharmaciens, globalement salué. A vous de jouer !  Comment vous former ? Lancée sur l’Ile-de-France en décembre 2006, une formation spécifique « Contraception d’urgence » élaborée par l’Utip en partenariat avec le laboratoire HRA-Pharma a été déployée sur tout le terr i t o i re. Aujourd’hui, environ 3 000 pharmaciens ont participé à cette formation entièrement conçue par des médecins et des pharmaciens et qui aborde tous les aspects théoriques, pratiques et réglementaires de la contraception d’urgence. Le programme se poursuit...
Pour plus d’informations : www.utip.fr