n°1211 juin 2009
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Actualité Edito In-dé-pen-dants !
Rarement un jugement aura été attendu avec autant de fébrilité par les acteurs du médicament. Et rarement une décision de justice aura à ce point conforté les thèses que nous défendons, envers et contre tout. Nos convictions profondes quant au rôle des pharmaciens et aux principes qui les guident ont été entendues et comprises. La FSPF s’est battue sans relâche pour que soient préservés ce que nous avons coutume d’appeler « les piliers de l’officine ». Face à la somme sans cesse grandissante des apôtres de la libéralisation, nous n’avons rien cédé. Les cantiques libéraux entonnés ces derniers mois n’ont en rien affaibli notre détermination à défendre un idéal professionnel à l’opposé des combines juridico-financières imaginées et diffusées par certains confrères, à longueur de colonnes et de salons professionnels. Dans ce combat d’idées et de principes, les lignes de front sont partout : en dehors même de nos rangs, n’oublions pas que nous avons fort à faire pour contrer les fameux «libéraux de Bruxelles », dont Bolkestein et Mac Creevy furent les hérauts. Mais à combattre les dérives centralisatrices de l’Union européenne, on en aurait presque oublié qu’à Strasbourg, Bruxelles, Luxembourg, il y a aussi des Sages. L’arrêt rendu le 19 mai par la Cour de justice des communautés européennes fait partie de ces actes qui redonnent confiance en une Europe juste, raisonnable, respectueuse des spécificités nationales dès lors que ces dernières se conforment à la logique, au bon sens et à l’intérêt général. Nous n’avons jamais prétendu que notre modèle d’organisation était le meilleur en Europe : nous disons simplement qu’il est le meilleur pour nous, en France, et qu’il convient que, conformément au principe de subsidiarité en matière de santé, chaque pays puisse librement organiser son système de distribution des médicaments. Nous n’avons jamais prétendu que notre modèle était le meilleur en Europe : nous disons simplement qu’il est le meilleur pour nous, en France
Notre histoire, notre géographie, notre organisation sociale, le financement de notre santé, l’excellence de notre réseau officinal… tout plaide pour la préservation, en France, de principes aussi essentiels que la répartition démogéographique, le monopole de dispensation ou l’indépendance professionnelle du pharmacien. La Cour a entendu nos arguments, défendus à Luxembourg par la profession elle-même et par le ministère de la Santé, l’engagement sans faille de Mme Bachelot devant ici être salué. Conformément à nos positions, cette décision reconnaît que le médicament est un produit à statut particulier, devant faire l’objet d’une distribution sécurisée. Au-delà, la Cour insiste sur l’indépendance dont peuvent se prévaloir les pharmaciens d’officine, véritables professionnels de santé libéraux, dont les intérêts commerciaux ne prennent jamais le pas sur la formation, l’expérience et l’esprit de responsabilité. En confirmant le lien étroit entre la propriété du capital par un professionnel indépendant et la nécessaire sécurisation du circuit de dispensation des médicaments, la Cour voit juste et loin. Elle fixe un cap que la Commission européenne serait bien inspirée de suivre, elle qui a mis la France depuis deux ans sous le coup d’une mise en demeure. Les admirateurs hexagonaux des chaînes, enseignes et autres montages juridiques alambiqués gagneraient eux aussi à méditer ce jugement. Car il est indéniable que plus on éloignera le pharmacien libéral de son patient par une logique de capital, plus on prêtera le flanc à la contestation. Enfin, je salue le hasard ou, pour le dire autrement, cette heureuse convergence, qui voit ce jugement intervenir au moment même où le projet de loi HPST est examiné par le Sénat. Dans les deux cas, le pharmacien y est envisagé dans sa plus noble expression. La seule qui vaille, et qui mérite d’être défendue : professionnel de santé.

Philippe Gaertner
Président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France

Photo Miguel Medina
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