n°1211
juin 2009
Santé
Grippe A
H1N1, le calme avant la tempête ?
Même si l’épidémie de grippe « porcine » marque le pas, la prudence reste de mise face à un virus susceptible de ressurgir à l’automne après une phase d’accalmie.
Face à un virus moins virulent que prévu, l’excitation médiatique est retombée et l’heure est à la nuance. Si le nombre de cas confirmés n’a pour l’instant pas explosé, les interrogations demeurent nombreuses concernant ce nouveau variant de la grippe.
■ Quelle est la véritable origine du virus et pourquoi a-t-il changé de nom depuis sa découverte ?
Découvert au Mexique mi-mars, le virus, dans un premier temps qualifié de « grippe porcine », a été rebaptisé « grippe A (H1N1) ». Si le porc a joué un rôle-clé dans la genèse de cette nouvelle souche virale, la dénomination de « grippe porcine » posait problème, laissant penser que le porc en était à l’origine et qu’il était potentiellement risqué d’en consommer. Après avoir relevé son niveau d’alerte de 4 à 5A le 30 avril, l’OMS a décidé de rebaptiser le virus, de façon plus scientifique et moins ambiguë.
■ Comment se transmet-il et quels en sont les symptômes ?
Le virus se transmet par voie aérienne de manière directe par le biais de la toux et des postillons ou de manière indirecte par contact, d’où la nécessité de se laver régulièrement les mains. Les symptômes sont les mêmes que ceux de la grippe saisonnière : fièvre élevée, fatigue, courbatures, maux de tête, toux, douleurs articulaires et/ou musculaires, baisse de l’appétit. Particularité de ce virus : il cible avant tout les adultes jeunes et en bonne santé.
Dans le cas de la grippe A, le porc a recombiné le matériel génétique provenant de souches virales circulant dans la nature, d’où l’appellation initiale de « grippe porcine ».
■ La perspective d’une pandémie est-elle écartée ?
Comme tout virus grippal, A (H1N1) supporte mal la chaleur, mais pourrait ressurgir à l’automne après s’être développé dans l’hémisphère Sud pendant l’hiver austral. D’où la nécessité de rester vigilants face à la perspective d’une seconde vague à la fin de l’année, sous une forme plus virulente. Bien que le virus soit en phase de stabilisation, l’OMS n’écarte pas la possibilité de porter son alerte pandémique à son degré maximal, le niveau 6, qui implique l’existence de nombreux foyers de contamination. Selon Margaret Chan, directrice générale de l’OMS : « Nous ne devons pas tomber dans l’excès de confiance, nous ne devons pas laisser la possibilité au H1N1 de se recombiner avec d’autres virus. »
■ Comment prévenir au mieux les risques ?
Comme le martèle la campagne d’information qui a débuté le 5 mai, il s’agit avant tout de se laver les mains régulièrement et de jeter à la poubelle les mouchoirs usagés. En cas de doute, il ne faut pas se rendre directement à l’hôpital mais commencer par contacter le 15.
■ La France est-elle prête à faire face à cette menace ?
Le passage en phase 5A implique la distribution progressive aux hôpitaux des stocks de masques chirurgicaux destinés aux malades, des masques FFP2 réservés aux professionnels de santé et des antiviraux. Des palettes de masques ont ainsi été livrées aux hôpitaux pour rafraîchir les stocks dispensés au cours des années 2004 et 2005 et ils seront réalimentés en fonction des besoins, a garanti Roselyne Bachelot. L’AP-HP a d’ores et déjà reçu 10 500 boîtes d’oseltamivir au dosage de 75 mg et des traitements à dosage inférieur pour traiter les enfants ainsi que deux millions et demi de masques.
■ Qu’en est-il de la distribution d’antiviraux ?
L’OMS et le CDC d’Atlanta (Centers for disease control and prevention*) ont reconnu l’efficacité du Tamiflu et du Relenza contre ce viru s . Le laboratoire Roche a d’ores et déjà fourni plus de 220 millions de traitements de Tamiflu à travers le monde, dont 23 millions au gouvernement français – auxquels s’ajoutent 10 millions de traitements de Relenza. Les stocks étant prioritairement réservés aux hôpitaux et aux autorités de santé, Roche a suspendu la livraison de son antiviral aux officines et aux grossistes, « ce qui est tout à fait conforme au plan de lutte contre une pandémie grippale », souligne Philippe Gaertner. Un approvisionnement des officines nous aurait mis dans une situation délicate sur des prescriptions qui auraient certainement été hors AMM ».
■ Et de la mise au point d’un vaccin ?
Depuis que Sanofi et Novartis ont reçu de l’OMS la souche de ce virus, les deux laboratoires s’activent pour produire en grande quantité un vaccin contre la grippe A (H1N1). La mise au point est censée avoir lieu dans les six mois, mais ce délai pourrait être divisé par deux. Grâce aux cultures cellulaires, le laboratoire suisse pourrait mettre sur le marché un vaccin en trois mois. De son côté, Sanofi Pasteur estime à quatre mois le délai nécessaire pour produire le sérum. Le prochain vaccin contre la grippe pourrait inclure le virus H1N1.
■ Pourquoi la prise en charge hospitalière est-elle systématique ?
Elle l’est en raison du nombre limité de cas. La stratégie d’identification rapide des cas et l’hospitalisation systématique visent à réduire et à freiner la circulation du virus. « En application du plan de lutte contre une pandémie grippale, dès que le niveau 5 de l’alerte est atteint, les patients sont orientés prioritairement vers les hôpitaux », rappelle Philippe Gaertner.
Un arrêté prévoit un dédommagement de 1 euro par boîte d’antiviral vendue
■ Une rémunération est-elle prévue pour les pharmaciens s’ils devaient dispenser des antiviraux ?
Un arrêté, pas encore paru au Journal officiel, prévoit un dédommagement de 1 euro par boîte d’antiviral vendue. Or pour délivrer des comprimés d’iode, les pharmaciens sont indemnisés à hauteur de 1,80 euro TTC. Face au mécontentement de la Fédération, Philippe Sauvage, directeur adjoint du cabinet de Roselyne Bachelot, a indiqué que cette indemnisation serait réévaluée en cas de nouvelle pandémie dans les années à venir. Pour le président de la Fédération, cette proposition est « inacceptable sur la forme et sur le montant ».
Fanny Rey
Photo Miguel Medina
* Organisme américain en charge de la surveillance sanitaire
POUR EN SAVOIR PLUS
Le ministère de la Santé et des Sports a mis en place un dispositif complet d’information, actualisé en permanence :
■ Une plate-forme téléphonique « Grippe », ouverte de 7 à 22 h, 7 jours sur 7: 0 825 302 302 (0,15 e/mn depuis un poste fixe).
■ Une plate-forme du ministère des Affaires étrangères pour les informations voyageurs : 01 45 50 34 60.
■ Un dossier spécial « nouveau virus de la grippe A/H1N1 » disponible sur le site du ministère de la Santé (www.santesports.gouv.fr).
■ Le « guide pratique de la vie quotidienne en situation de pandémie » est accessible sur le site www. grippeaviaire.gouv.fr.
■ Le site de L’Institut de veille sanitaire (www.invs.sante.fr) indique aux professionnels de santé la conduite à tenir en cas de suspicion d’infection au virus A (H1N1). Ces derniers sont incités à s’inscrire sur le site du ministère de la Santé pour bénéficier du système d’information DGS-Urgent

UN PHARMACIEN MEXICAIN TÉMOIGNE Javier Jacobo Laguna, titulaire à Mexico
Y a-t-il une plus forte affluence dans votre pharmacie depuis que l’OMS a déclenché son alerte, le 24 avril ?
Oui, clairement : tout le monde cherche désespérément à se protéger. Les gens réclament des « fortifiants » en prévention, des flacons de solution hydroalcoolique pour se désinfecter les mains et des masques, mais toutes les pharmacies sont en rupture de stock de masques. C’est le gouvernement qui les centralise et les distribue à la population par l’intermédiaire des militaires.
Quels conseils donnez-vous à vos clients ?
Nous leur conseillons de se procurer des masques, de se laver les mains fréquemment, de ne pas se toucher le visage ni de se frotter les yeux après avoir touché quelque chose. Les consignes des autorités sanitaires sont de sortir le moins possible dans la rue, de ne pas acheter ni consommer d’aliments dans la rue. Seuls ceux qui doivent aller travailler sortent.
Des antiviraux sont-ils prescrits à titre préventif ?
Non, car les pharmacies n’en ont pas en stock. On se contente donc de délivrer de l’acide acétylsalicylique et de l’acide ascorbique quand les gens en demandent. Dans ma pharmacie, nous n’avons encore été confrontés à aucun cas de grippe porcine. Mais si cela devait arriver, nous devons le signaler et l’orienter vers une institution compétente, à défaut d’avoir les médicaments pour les traiter.
Propos recueillis par Miguel Medina