n°1211
juin 2009
Santé
HBD
Cancer, la santé passe aussi par la bouche
Les traitements de chimiothérapie ou de radiothérapie altèrent la muqueuse buccale, provoquant des mucites parfois très invalidantes. Comment aider les patients à passer le cap ?
En plus de lutter contre leur maladie, les patients cancéreux doivent souvent subir les nombreux effets secondaires de leurs traitements. Liée à une altération du renouvellement des muqueuses buccales, la mucite est un effet indésirable des chimiothérapies et radiothérapies. Elle débute par une inflammation des tissus des gencives (érythème stade 1), du palais, de la face interne de la joue, de la langue. Et peut s’accompagner d’aphtes ou d’ulcérations (stade 2) plus importantes, qui finissent par se multiplier (stade 3) voire se nécroser (stade 4). A ce stade extrême, la vie du patient est directement mise en danger.
Complications, souvent
Que peut-on craindre ? De gênantes à dangereuses, l’éventail des complications est large : au-delà des infections bactériennes et mycosiques, les douleurs parfois intenses surviennent et peuvent retentir sur l’alimentation. L’agueusie, la perte du goût, est également décrite. La perturbation de la salivation favorise à terme les caries ou le déchaussement des dents. La mucite s’accompagne également de mycose à Candida albicans communément appelée « muguet », généralement signalée par des brûlures, picotements et dépôts blanchâtres.
En l’absence de traitement standard de la mucite, tous les soins portent sur une bonne hygiène locale Le pire à craindre étant des ostéonécroses, parfois favorisées par les biphosphonates (acide zolédronique, pamidronate de sodium). L’Afssaps préconise d’ailleurs d’effectuer un bilan d e n t a i re complet avant d’instaurer un tel traitement chez des patients cancéreux et déconseille toute intervention chiru rg icale durant son déroulement.
Dépistage, toujours
Ces manifestations apparaissent généralement une semaine après la première chimio ou la première séance de «rayons» et peuvent persister dans le meilleur des cas pendant quelques jours mais parfois bien davantage. En l’absence de traitement validé, tous les soins portent sur une bonne hygiène locale, la suppression des aliments irritants ainsi que l’utilisation de médicaments anti-inflammatoires, désinfectants, cicatrisants et antalgiques. Mais avant tout, sachez qu’il est impératif d’aller voir son dentiste au moins deux semaines avant le début d’un traitement anticancéreux. Ce professionnel intervient à deux niveaux, à la fois pour dépister un cancer buccal et pour préparer la bouche aux traitements. « Avant de créer une immunosuppression, il faut supprimer l’infection, confirme Jacques Walfard, chirurgien- dentiste à Paris. Nous devons envisager les conséquences secondaires et surtout éviter l’ostéoradionécrose.» Au programme : détartrage, obturations, extractions, soins parodontaux...
Jacqueline Machu
Avec le concours du Dr Jacques Walfard, chirurgien-dentiste à Paris
Photo Miguel Medina

LES 10 BONS CONSEILS
■ En préventif
1 brossage des dents et de la langue avec une brosse douce préalablement trempée dans l’eau chaude pour en ramollir les poils. En remplacement, on pourra utiliser un coton-tige entouré de gaze ; pratiquer des bains de bouche au bicarbonate de sodium 14 % au moins trois fois par jour. Les sodas au cola – sans sucre ! – sont également recommandés ;
2 utiliser un dentifrice doux au fluor, sans menthol ni agents blanchissants ; nettoyer les prothèses dentaires avec ce même dentifrice ; Le patient pourra utiliser un hydropropulseur ou jet dentaire ;
3 maintenir la bouche humide, avec des pulvérisations d’eau (spray), des gommes à mâcher qui stimulent la salivation ou des bonbons durs sans sucre, voire des glaçons ; les lèvres, souvent desséchées, pourront être hydratées grâce à un baume.
■ En curatif
4 la poursuite des soins de bouche habituels, la salive artificielle (GC Dry Mouth Gel, Artisial...) ou des bains de bouche médicamenteux antisept iques, antifungiques, antibiotiques ou antalgiques, après avoir fait appel au médecin ;
5 un traitement général en complément : antibiotiques, antiviraux, antalgiques ;
6 de manière générale, pratiquer les soins buccaux 20 minutes après la prise d’aliments et toutes les quatre heures.
■ Alimentation
7 Supprimer les aliments durs ou croquants qui peuvent blesser (croûte de pain, bretzels...) ;
8 limiter la consommation d’aliments chauds et épicés et éviter les sucres, consommer des aliments riches en protéines ;
9 manger lentement ; prendre des repas légers et fréquents plutôt que des repas importants et consommer des aliments (viande, légumes, fruits) finement hachés ou mous, voire liquides ; 10 proscrire impérativement le tabac et l’alcool.