n°1211 juin 2009
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Santé Tabacologie L’étude qui met le feu aux poudres
La remise en cause de l’efficacité des substituts nicotiniques par une étude française suscite de vives réactions.
Le concept même de substitut nicotinique serait-il une fausse bonne solution ? C’est la question pour le moins polémique posée par une récente publication1 de l’Inserm. A l’origine de cette découverte, l’équipe de Jean-Pol Tassin avait déjà montré que la prise de certaines substances addictives provoque un « découplage » des systèmes sérotoninergiques et noradrénergiques chez le rongeur. En d’autres termes, un blocage de leur régulation mutuelle expliquant le phénomène d’addiction. La personne dépendante n’est alors soulagée que par une nouvelle prise de la substance, elle est devenue « accro ». Voilà pour la théorie.

La nicotine ne suffit pas


Jusqu’alors, la nicotine était considérée comme responsable des propriétés addictives du tabac. Or ces chercheurs ont montré qu’elle n’induit pas ce découplage et ne provoquerait donc aucune dépendance. Seule son association à des inhibiteurs de monoamine oxydase (IMAO), composés présents dans le tabac, permettrait d’en révéler le pouvoir addictif. La nicotine n’agit donc pas en solo ! Il n’y avait qu’un pas, franchi par les auteurs, pour en déduire que les substituts nicotiniques administrés pour le sevrage tabagique ne pouvaient être efficaces que tant que les effets des IMAO persistent, soit sur les quelques premières semaines du sevrage. La nicotine perd ensuite de son pouvoir « addictif ». Efficacité controversée Selon Jean-Pol Tassin, « ces travaux permettent de comprendre pourquoi, dans plus de 80% des cas, les utilisateurs de substituts nicotiniques recommencent à fumer après seulement quelques semaines». Des propos qui sont loin de faire l’unanimité : la riposte ne s’est d’ailleurs pas fait attendre. L’Alliance contre le tabac et la Société française de tabacologie rappellent d’une même voix que les substituts nicotiniques ont une efficacité démontrée, que leur utilisation augmente le taux de réussite du sevrage d’environ 60% et que les études chez l’homme ont plus de poids que les études expérimentales chez la souris pour la pratique clinique. Enfin, il est souligné que « la mise en cause du rôle de la nicotine dans la dépendance à la cigarette coïncide avec les intérêts de l’industrie du tabac ». Des accusations à peine masquées et peu constructives, qui amènent à se questionner sur le lobby le plus puissant : industrie pharmaceutique ou industrie du tabac ?

Nathalie Le Goff
Photo Miguel Medina

1 Lanteri C and al. Inhibition of monoamine oxida - ses desensitizes 5-HT1A autoreceptors and allows nicotine to induce a neurochemical and bevavioral sensitization  Passées les premières semaines, la nicotine perdrait de son pouvoir addictif
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