n°1221
juin 2010
Actualité
FINANCES
Le tourment de la rigueur
Le tour de vis des finances publiques est annoncé. Qu’on l’appelle rigueur ou austérité, il signale une énergique reprise en main des dépenses, qui n’épargnera pas la santé.
« Impossible n’est pas français. » C’est par cette formule bravache que Christine Lagarde a balayé, devant les micros de RTL, le scepticisme des économistes face aux promesses élyséennes. Il faut dire que la veille, le 19 mai, le président de la République a profité de la Conférence nationale sur les déficits pour afficher un objectif partagé par un nombre croissant de pays européens : la réduction drastique des dépenses. Après Athènes et Madrid, ce sont désormais Rome, Londres et Paris qui ressuscitent le thème de l’urgence budgétaire.
La santé concernée
L’effort d’économie demandé pour les années à venir est impressionnant, et n’épargne aucun domaine, à commencer par les dépenses de santé. Le fameux Objectif national des dépenses d’Assurance maladie – plus connu sous son acronyme Ondam – est ainsi sommé de diminuer pour franchir la barre des 3% d’évolution des dépenses. Une baisse assortie d’un mécanisme d’alerte renforcé en cas de dépassement, et qui devra, pour advenir, compter sur des économies de l’ordre de 2 à 3 milliards d’euros. La progression des dépenses est actuellement de l’ordre de 3,5%, et l’Ondam, hormis l’année de sa création en 1997, n’a jamais été respecté. Interrogé dans les colonnes du Monde, le député UMP du Bas-Rhin Yves Bur, spécialiste de ces questions, s’en désole : « Malgré tous les efforts demandés aux Français et au secteur de la santé depuis 1995 et le plan Juppé, nous sommes revenus à la case départ des déficits. »
Un Ondam sous surveillance
Ce qui va changer, outre l’abaissement du taux d’évolution de l’Ondam sous la barre des 3%, c’est le caractère désormais impératif des objectifs fixés. « La qualité du suivi statistique et comptable de l’Ondam sera renforcée afin de donner au comité de pilotage la possibilité de réagir dans les meilleurs délais face au risque de dépassement », précise l’Élysée. Une décision qui n’est pas pour effrayer les officinaux… à la condition qu’ils soient jugés sur l’évolution des dépenses liées à la seule dispensation du médicament. La FSPF demande en effet que ce poste soit dissocié de l’enveloppe globale du médicament – qui inclut le prix du produit – et plus encore de l’enveloppe générale « soins de ville ».
Laurent Gainza
Photo : Miguel Medina
[ Nota bene ]
Le déficit du régime général de la Sécu s’est établi à 20,2 milliards d’euros en 2009, soit 3,2 milliards de moins que prévu dans le dernier budget. Pour cette année, on prévoit un nouveau déficit record à plus de 30 milliards d’euros.
Et si la France copiait la Grèce ?
Les mesures mises en oeuvre pour sauver la Grèce de la faillite sont assorties d’un plan de rigueur draconien. L’objectif affiché par le premier ministre hellène est, c’est le cas de le dire, herculéen : faire passer le déficit de 14% du PIB en 2009 à 3% en 2014. À titre de comparaison, le plan de réduction des déficits annoncé le 19 juin par Nicolas Sarkozy consiste à passer d’un déficit de 7,2% du PIB en 2009 à 3% en 2013. Hausse de la TVA, réforme à la hache du régime de retraites, baisse drastique des salaires des fonctionnaires…Que se passerait-il si la France devait adopter de telles mesures ? Hypothèse peu probable, mais que les journalistes de lexpansion.com ont néanmoins essayé d’imaginer. « Six points de PIB, pour la France, cela représente quelque 120 milliards d’euros », estime le site du mensuel économique.
Pour atteindre une telle somme en un an à peine, il faudrait :
• doubler l’impôt sur le revenu (50 milliards d’euros de recettes supplémentaires) ;
• tripler, voire quadrupler l’impôt de solidarité sur la fortune (10 milliards) ;
• baisser le salaire des fonctionnaires de 20% (40 milliards) ;
• augmenter la TVA de deux points (15 milliards d’euros).
« L’effort demandé à la Grèce, appliqué à la France, reviendrait à faire trois fois plus que ce qui doit être fait, et six fois plus que ce qui a déjà été fait », conclut l’étude. Un scénario cauchemardesque.
