n°1221 juin 2010
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Santé POLEMIQUE Comment vivre sans parabens ?
 Les parabens ont été bannis de nombreuses formulations. En l’absence de ces conservateurs jusque-là omniprésents, quelles solutions ont recueilli les faveurs des laboratoires ?
Tout commence en 2004, lorsqu’une étude conduite par l’équipe du Dr Philippa Darbre, de l’université de Reading (Royaume-Uni), fait état de la présence de parabens dans des biopsies de tumeurs mammaires chez l’homme. La publication de ces résultats alerte l’opinion publique et l’Afssaps, qui demande à ses experts de se prononcer sur leur dangerosité. Ces substances sont au nombre de cinq, réunies sous le vocable international de « paraben » (voir encadré). L’Autorité statuera finalement sur l’absence d’effet « hormone-like » des parabens éthyl et méthyl, les plus utilisés. L’affaire semble donc entendue : les parabens les plus rencontrés dans les produits cosmétiques sont officiellement lavés de tout soupçon. Sauf que les consommateurs ne l’entendent pas de cette oreille et le font savoir. À la même période fleurissent les packagings arborant fièrement la mention « sans paraben » ; les esprits malicieux notent alors que même les produits n’en ayant jamais contenu affichent avec fierté leur « nouvelle » formulation. Marketing, quand tu nous tiens ! Débarrassés des molécules honnies, les cosmétiques doivent sélectionner de nouveaux conservateurs. Là, pas de miracle, les industriels vont opter pour deux solutions déjà éprouvées.  

Et le « plan B »…

Première option : l’alcool, qui peut même être certifié bio. Dans certaines formulations, il est présent en quantité non négligeable, mais c’est un composant irritant pour la peau. Paradoxal… Autre possibilité, l’ajout d’huiles essentielles bactériostatiques et/ou antifongiques. Problème : elles sont potentiellement allergisantes, parfois photosensibilisantes et généralement contre-indiquées chez les femmes enceintes, allaitantes ou chez le tout-petit. Autant dire qu’elles n’ont pas non plus le profil idéal, comme le confirme Laurence Coiffard, cosmétologue et enseignante à la faculté de pharmacie de Nantes : « Avec la multiplication des produits contenant des HE, nous risquons de constater des pics d’allergies dans les années à venir. » Et cette experte de lancer un pavé dans la mare : « Les parabens, au moins, n’avaient pas cette tare. » Certains laboratoires, pragmatiques, ont opté pour une troisième voie encore peu explorée, la conservation par un moyen physique : la crème est conditionnée de façon stérile dans un packaging technique l’isolant de tout contact avec l’air…et des doigts de l’utilisatrice! De l’avis de Laurence Coiffard, « cette option reste, de loin, la solution la plus intéressante pour l’avenir ».
 
Alexandra Chopard
Photo : Miguel Medina  

[ Nota bene ]
Deux gammes exploitent d’ores et déjà des packagings « conservateurs » en pharmacie :
• Avène Tolérance Extrême : deux produits – crème et lait nettoyant – exempts de tout conservateur et dotés d’un tube distributeur spécifique ;
 • Dermatherm à base d’eau thermale est elle aussi sans conservateurs ; ses produits sont stérilisés UHT et conditionnés en flacon airless. 
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La mention «sans paraben», nouvel impératif marketing.  

De la destinée des parabens…
Formés du même radical, les parabens diffèrent par la longueur de leur chaîne alkyle. Par ordre de grandeur, on distingue le méthyl, l’éthyl, le propyl, le butyl et l’isobutylparaben. Dans son rapport 2004, l’Afssaps recommande la désinscription de deux des parabens (ceux dont la chaîne est la plus longue, à savoir butyl et isobutyl) de la liste des ingrédients autorisés en cosmétique. Cette décision est notamment justifiée par l’intérêt limité que les industriels leur portent ainsi que par le manque de données établissant leur innocuité. Elle maintient l’autorisation d’utilisation de la forme propyl (et sa forme isopropyl), sous réserve que des études complémentaires viennent confirmer l’absence de risque. Quant à l’éthyl et au méthylparaben (et leurs formes iso), l’Afssaps se dit favorable à la poursuite de leur utilisation, sans réserve particulière.