n°1221
juin 2010
Santé
VETERINAIRE
Puces : les maîtres font de la résistance
Ce ne sont pas les puces qui résistent aux traitements antiparasitaires, mais les maîtres qui manquent d’expertise !
Tapies au fond du fauteuil, collées aux fibres du tapis ou sous les lattes du plancher, les puces attendent leurs proies, bien enveloppées dans leur cocon. Pendant des mois, s’il le faut. « 5% sont sur l’animal, 95% dans son habitat », rappelle le Dr Marielle Servonnet, vétérinaire chez Merial. Voilà qui explique nombre d’échecs dans la lutte contre ces insectes. « Il n’y a pas de résistance aux antiparasitaires modernes, affirme-t-elle, mais plutôt une résistance aux bonnes pratiques antiparasitaires ! Il faut connaître la biologie de la puce sinon, on risque de propager des choses fausses, en toute bonne foi. » Un chat ou un chien attrape des puces dans son habitat, ou à l’extérieur, en passant à côté d’un site d’éclosion. Les puces se nourrissent de son sang et se reproduisent dès le lendemain, avec une moyenne de trente oeufs par jour. Ces derniers glissent hors du pelage et se répandent sur le sol où ils évoluent en larves, qui se protègent ensuite dans des cocons tissés, pour devenir adultes en une dizaine de jours. La jeune puce sortira immédiatement du cocon, si les conditions sont favorables (chaleur et présence d’animaux), ou y survivra pendant de longs mois. La maison mais aussi la voiture vont alors pulluler d’oeufs, de larves et de cocons. La durée totale du cycle est en moyenne de trois à quatre semaines, mais peut être réduite à deux semaines, quand il fait chaud et humide. Et à la belle saison, des sites d’éclosion extérieurs s’ajoutent à ceux de la maison. « Des bombes à retardement », selon Marielle Servonnet.
La lutte intégrée
Il faut donc intervenir avec des produits offrant une bonne rémanence, car l’animal peut vite être réinfesté en passant à proximité de sites d’éclosion. Les produits les plus efficaces sont actuellement certains sprays rémanents ou les « spot-on », à déposer sur la peau (Advantage, Stronghold, Frontline…). Cependant, « une lutte chimique intégrée consiste à associer un adulticide et un inhibiteur de croissance des insectes afin d’agir sur tous les stades du cycle », préconise la vétérinaire. Il existe des inhibiteurs sous forme orale, qui n’agissent que si la puce pique l’animal traité, ou en association, par exemple sous forme de pipettes. Certaines marques comme Capstar + Program ou Frontline Combo réunissent ces deux molécules et fonctions. Pourtant la lutte ne s’arrête pas là : il faut aussi traiter l’environnement, en supprimant les larves cachées. Passer l’aspirateur tous les jours, désosser le vieux fauteuil, laver les couvertures de la voiture, appliquer un spray spécial habitat, suivi éventuellement d’un fumigène (Fogger…), conditionneront le succès. Enfin, la prévention médicamenteuse doit être systématisée. « Pour bien faire, conclut Marielle Servonnet, il faut traiter préventivement, toute l’année. » Soit, une pipette par mois… la paix est à ce prix.
Jacqueline Machu
Photo : Miguel Medina
[ Nota bene ]
Attention à l’Advantix !
Cet antiparasitaire commercialisé par les laboratoires Bayer, « spécifiquement développé pour les chiens », ne doit surtout pas être utilisé sur un chat ! En effet, ce dernier ne peut pas métaboliser correctement ce médicament, qui peut donc s’avérer toxique, voire dans certains cas mortel. Il faut donc éloigner des chats les chiens traités tant que le site d’application n’est pas complètement sec.

Contrairement aux idées reçues, les puces se concentrent à 95% dans l’habitat, à traiter donc en même temps que l’animal.
À RETENIR
• Traiter tous les animaux présents dans la maison.
• Les shampooings ne sont pas efficaces à long terme, les principes actifs disparaissant au rinçage.
• Les poudres n’offrent que peu de rémanence.
• Les colliers peuvent être utiles chez des animaux de petite taille vivant en appartement.
• Au quotidien, peignez les animaux à poils longs avec un peigne démêloir à dents métalliques et rotatives.