n°1231 Juin 2011
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Sant CONSEIL Le choc toxique, qusaco ?
Mentionné sur toutes les notices de tampons périodiques, il engage le pronostic vital. Mais qui connaît le syndrome du choc toxique ?
Il est tellement rare en clinique qu’il serait presque chimérique. Le syndrome du choc toxique (SCT) peut pourtant entraîner la mort s’il n’est pas détecté à temps. Entre 2003 et 2006, 55 cas ont été recensés en France, parmi lesquels seuls 21 sont survenus au cours des menstruations. Mais le SCT n’est pas réservé aux utilisatrices de tampons : il peut survenir en post-partum ou lors d’une infection cutanée suppurative. Son tableau clinique peu spécifique ne facilite pas le diagnostic. Il se caractérise par une fièvre soudaine et élevée (supérieure à 39 °C) associée à une hypotension artérielle, une éruption cutanée diffuse et au moins trois manifestations systémiques : digestives, musculaires, rénales… C’est donc la concomitance de ces symptômes qui doit alerter et orienter vers une consultation en urgence.

Adapter l’absorbance

Concernant le SCT menstruel, la colonisation vaginale par une souche de Staphylococcus aureus productrice de toxines est à l’origine de la maladie. Une fois libérées dans la circulation sanguine, les toxines entraînent un emballement des mécanismes de défense de l’organisme chez les femmes dépourvues d’anticorps ad hoc (5 à 10 % de la population adulte). Il en résulte l’état de choc toxique. Les utilisatrices de tampons périodiques, de diaphragmes et les porteuses de stérilet sont notamment plus exposées au SCT. Le Syndicat professionnel des fabricants de produits à usage unique pour l’hygiène, la santé et l’essuyage affirme néanmoins qu’« aucune étude scientifique n’est venue démontrer un lien de causalité entre le choc toxique et l’utilisation de tampons ».  Entre 2003 et 2006, sur 55 cas de SCT recensés en France, seuls 21 étaient d’origine menstruelle.
Le SCT est pourtant devenu tristement célèbre aux États-Unis lorsqu’en 1980, 813 cas ont été recensés au cours des menstruations de jeunes femmes en bonne santé, contre 161 un an avant. À l’époque, un facteur de risque majeur ressort très vite des premières études : l’utilisation de tampons superabsorbants, notamment le tampon Rely (Procter&Gamble). Son retrait du marché américain la même année s’est traduit par une forte réduction du nombre de cas menstruels (470 en 1981, 286 en 1982). Deux ans après, la FDA a imposé aux fabricants de tampons la notification du risque du SCT sur les emballages, ainsi que l’ajout d’une notice d’information sur le bon usage. Or, parallèlement à la mise en place de ces mesures et à la diminution des absorbances des tampons, l’incidence du SCT menstruel a diminué jusqu’à se stabiliser à quelques cas annuels depuis 1995. Enfin, plusieurs études du Center for Disease Control and Prevention * ont suggéré que l’augmentation du risque de SCT était liée à celle de l’absorbance. En Europe, les utilisatrices peuvent se repérer grâce au système de gouttelettes présent sur l’emballage, une classification décrite dans le Code de bonnes pratiques pour les tampons permettant de comparer les absorbances de toutes les marques disponibles.
Anaïs Bellan
Photo : Miguel Medina

* Agence gouvernementale américaine en charge de l’information en matière de santé.

Notabene
L’utilisation prolongée d’un tampon, quelle que soit sa capacité d’absorption, est à bannir. Il doit être changé quatre à six fois par jour, sans jamais rester en place plus de huit heures d’affilée.
Image
Des études ont prouvé que l’adaptation de la taille des tampons au flux menstruel participe à la prévention du SCT.

Des tampons aux probiotiques ?
Le laboratoire Iprad (Saforelle) a lancé il y a un peu plus d’un an le premier tampon périodique qui restaure la flore vaginale. Le premier aussi qui soit vendu dans un emballage ressemblant à une miniboîte de conserve Dénommé Florgynal, il renferme des probiotiques (trois souches de lactobacilles) dont l’action locale aurait, selon le fabricant, une efficacité cliniquement prouvée dans l’amélioration de la guérison de la vaginose bactérienne traitée par antibiotique et dans la réduction de l’inconfort vaginal. Or l’essai clinique censé justifier la première allégation présente plusieurs limites dont la très petite taille de l’échantillon : seulement 16 sujets. Quant au bénéfice potentiel des tampons Florgynal sur les démangeaisons et les irritations vaginales, l’affirmation découle des résultats d’une étude sur un échantillon de taille correcte (255 sujets) mais dont l’évaluation des symptômes est subjective puisqu’elle s’appuie sur le ressenti des patientes. En bref, rien de très solide scientifiquement pour ce tampon probiotique qui, rappelons-le, ne peut être utilisé que pendant les menstruations.