n°1231
Juin 2011
Pratique
INVESTISSEMENT
L’automatisation en question
En une dizaine d’années, robots, automates et plus récemment les « robomates » ont déjà investi près de 1 500 officines. À qui s’adressent-ils vraiment, quels sont leurs intérêts respectifs et à quelles conditions ? Retour sur les fondamentaux.
En matière d’automatisation de l’officine, cinq leaders se disputent le marché : Pharmax, Mekapharm, ARX, Mac4 et Technilab. Un marché encore assez circonscrit puisqu’on estime que moins d’une officine sur dix est automatisée, toutes solutions confondues. Des « grosses » structures la plupart du temps, mais pas toujours. À titre d’exemple, Pharmax a équipé des pharmacies réalisant 1,2 million d’euros de CA et Mekapharm compte parmi ses clients des officines affichant un CA de 700 000 euros. Ce type de machine, qui permet de mieux gérer son stock, procure un gain de temps important. Morosité économique oblige, les ventes ont tendance à marquer le pas pour les solutions les plus onéreuses (robots et robomates) mais pas pour les automates, assure-t-on chez Mekapharm.
AUTOMATES
• Principe
« Les automates représentent la moitié du total des machines vendues, toutes technologies confondues », indique Olivier Resano, directeur commercial chez Mekapharm. Contrairement au robot, il s’agit d’une structure inerte, bien adaptée pour de fortes rotations. Les produits sont stockés dans des canaux inclinés et chaque canal possède un éjecteur actif, permettant une éjection quasi simultanée des produits. « L’automate est vraiment axé sur la productivité », résume Patrice Bouquin, technico-commercial chez Pharmax.
• Avantages
Cette technologie permet une délivrance quasi simultanée de l’ensemble des ordonnances, à une vitesse très supérieure à celle des robots. Le système d’éjecteur par canal permet de délivrer une dizaine de produits en moins de trois secondes, auxquelles s’ajoute le temps de convoyage. « Les plus grosses pharmacies sont équipées d’automates, car c’est la technologie qui apporte le meilleur retour sur investissement. Les pharmacies équipées déclarent un ratio CA/employé supérieur à la moyenne », souligne Olivier Resano. Autre intérêt avancé : le fonctionnement par ordonnance. « L’expérience montre que les pharmaciens ne font pas de conseil au comptoir tant qu’ils n’ont pas l’ordonnance entière, ce qui leur permet notamment d’aborder les problèmes d’interactions. »
• Inconvénients
L’automate nécessite un rangement manuel.
• Prix moyen
Compter environ 40 000 à 70 000 euros pour s’équiper d’un automate. Il faut aussi prévoir le coût de la maintenance, très variable d’un contrat à l’autre (de 200 à 800 euros par mois). À noter : un automate ou un robot peut être financé en crédit-bail, ce financement concernant tous les équipements et matériels neufs.
• À savoir
La complémentarité entre la machine et le logiciel professionnel doit être optimale, particulièrement en ce qui concerne la gestion du stock.
ROBOTS
• Principe
Le robot peut être couplé à un automate. Il s’agit d’un (ou de) bras articulé(s) qui se déplace(nt) en X et en Y pour aller chercher les produits les uns après les autres. Au comptoir, l’ordre est envoyé à chaque ligne validée.
• Avantages
Le robot peut également ranger plus ou moins automatiquement les commandes en back-office, ce qui limite les erreurs de stock.
• Inconvénients
Si technologiquement, il s’agit de la solution la plus évoluée, le bémol est incontestablement sa lenteur, ce système ne délivrant en moyenne qu’une boîte toutes les 12 à 15 secondes, hors temps de convoyage. Dès que plusieurs postes de vente travaillent simultanément, le temps d’attente de la dernière boîte de l’ordonnance est plus aléatoire. « En multipostes, cela peut poser problème, car il est impossible d’envoyer plusieurs demandes de produits en simultané », précise Pascal Bouquin. À noter également : le robot, d’utilisation plus complexe que l’automate, demande davantage de réglages et de suivi.
• Prix moyen
Compter au minimum 100 000 euros, mais tout dépend de la taille de la machine. Les contrats de maintenance sont très variables : certains intègrent les pièces, d’autres non.
• À savoir
« Les pharmaciens qui s’équipent d’un robot raisonnent moins en termes de retour sur investissement que ceux qui optent pour un automate, constate Olivier Resano. Les acheteurs de robots “purs” sont plus âgés, ont moins de contraintes financières. »
ROBOMATES
Deux fabricants ont pour l’instant l’exclusivité de la distribution de robomates en France : Mach4 et Rowa, chacun ayant vendu environ 300 appareils à ce jour.
• Principe
Il s’agit d’un robot sur lequel viennent se greffer des modules additionnels de type automate, permettant de gérer les références à grosse rotation. Les produits sont collectés par un godet qui se déplace en X et en Y et vient se positionner devant chacun des canaux. Cet appareil propose a minima une porte de chargement (où les produits sont déposés après avoir été scannés) ou une option de chargement automatique : l’opérateur déverse le contenu de sa caisse dans la zone prévue à cet effet.
• Avantages
Les boîtes sont automatiquement séparées, identifiées, orientées et rangées par le robot. Ce dernier remplit aussi automatiquement les canaux, optimise et sécurise les phases de chargement, permet de délivrer les produits à faible rotation, inventorie le stock, assure une gestion des réserves. Le robot s’occupant des produits à faible rotation, il est possible d’automatiser la quasi-intégralité du stock des spécialités tout en conservant la vitesse de l’automate. Côté délivrance, la productivité est encore accrue par rapport à celle d’un automate.
• Inconvénients
Un coût et une maintenance plus élevés.
• Prix moyen
Sans chargeur automatique, compter environ 125 000 euros. Avec chargeur, le prix atteint les 150 000 euros. Chez Mach4, le coût de la maintenance est compris entre 400 et 550 euros par mois.
• À savoir
Au principe du « boîte par boîte » a succédé le multipicking. « En un seul mouvement, le robot rapporte trois boîtes, ce qui ouvre de nouvelles perspectives en vitesse de chargement à la délivrance », explique Bertrand Juchs, directeur général de Mach4. Par ailleurs, le multipicking a permis d’accroître énormément les capacités de stockage dans un même espace.
Fanny Rey
Photo : Miguel Medina
Notabene
Attention à l’emplacement retenu (sous-sol, rez-de-chaussée ou premier étage), celui-ci étant définitif. 
Datamatrix, l’enquête
L’entrée en vigueur du codage Datamatrix le 1er janvier 2013 impactant plus particulièrement les pharmaciens équipés de robots et d’automates, la FSPF a mené fin mars une enquête auprès des pharmacies « automatisées ». Voici les principaux enseignements des 137 réponses recueillies :
– sans surprise, les marques les plus représentées sont Arx Rowa (25 %), Apoteka (28 %) et Technilab (15 %) ;
– près des deux tiers (62 %) des titulaires interrogés se sont équipés récemment, entre 2005 et 2010 ;
– la quasi-totalité d’entre eux (96 %) ont souscrit un contrat de maintenance, dont le montant est inférieur à 600 euros dans 60 % des cas ;
– dans 58 % des cas, le fournisseur a proposé un passage au lecteur du code Datamatrix, proposant dans la moitié des cas du matériel complémentaire, notamment un lecteur (47 %), un ordinateur (32 %) ou un logiciel (31 %) ;
– dans 54 % des cas, le devis proposé s’élève à plus de 3 000 euros ; dans 25 % des cas, à moins de 500 euros.